A
l'occasion de la sortie DVD zone 2 de Windtalkers en mars dernier,
et en attendant l'arrivée imminente d'un zone 1 promettant
un director's cut plus long de vingt minutes (bientôt en test
sur Cinextenso), il nous semblait opportun de rendre hommage à
l'un des meilleurs films américains de John Woo, et indéniablement
l'un des plus personnels. Au programme donc, une analyse du film et
du DVD, suivie d'une dissection de quelques bonus piochés au
sein du collector de France Télévision. Parmi eux, nous
insisterons sur l'exceptionnel documentaire " Une balle dans
l'assiette ", dont la réalisatrice Caroline Vié-Toussaint
a bien voulu nous parler autour d'un thé et une salade niçoise.
Au
sortir d'A toute épreuve, on attendait de la nouvelle
carrière hollywoodienne de Monsieur Woo qu'elle recule les
limites du blockbuster populaire. On s'imaginait, naïf, que
les chefs-d'uvre afflueraient à une cadence hongkongaise,
et que les producteurs enfin libérés de leurs a priori
raciaux laisseraient l'homme s'exprimer en toute insouciance. Naïf,
effectivement. Chasse à l'homme sortit. Fin du rêve.
Broken Arrow suivit. Quel cauchemar ! On avait beau se dire
que Rome ne s'était pas faite en un jour, le divorce était
imminent, précipité encore davantage par deux téléfilms
formatés (Once a thief et Blackjack) à
s'évanouir d'effarement.
Puis vint le sauveur. Volte / Face. En un peu moins de 130
minutes, John Woo se réappropriait les plus hautes cimes
du cinéma d'action, imposait aux techniciens yankees une
leçon tant attendue de mise en scène et de découpage,
et nous assénait le coup de grâce avec une intrigue
à ce point intime, autobiographique entre les images, que
chaque larme versée à l'écran semblait caresser
la propre joue de l'auteur. Peu importe après un tel uppercut
que Mission : Impossible II se soit soldé par un échec
artistique cuisant. La raison en est limpide : l'absence d'enjeux
dramatiques qui puissent le toucher empêche systématiquement
le metteur en scène de s'impliquer à 100%. Amputé
de son instinct et de son inspiration, à savoir les bases
mêmes de son génie, le grand cuisinier se transforme
alors en artisan appliqué, assemblant des tranches de hamburgers
tant que la clientèle est là pour en commander.
Un repas entre amis Cette
évidence est au centre d'" Une balle dans l'assiette
", le formidable documentaire de cinquante minutes apposé
à Windtalkers au sein de sa miraculeuse édition
française, support inespéré et techniquement
irréprochable (DTS, copie parfaite, transfert impeccable)
d'une uvre injustement boudée à travers le monde.
John Woo est effectivement un grand chef, et se plaît à
mêler les ingrédients les plus divers pour susciter
une émotion plus ou moins immédiate du palais. Maître
de sa cuisine, Woo aime partager ses uvres avec son public,
qu'il s'agisse d'inconnus, de sa famille ou d'amis proches. Chez
lui, l'art est avant tout synonyme d'échange. Passionnant
de bout en bout, " Une balle dans l'assiette " insiste
sur l'humilité de cet homme tranquille, dont le seul dessein
est de transmettre à son prochain les traditions et les valeurs
auxquelles il croit fermement. Difficile dès lors de ne pas
reconnaître dans Windtalkers le reflet de ces ambitions.
Concerné au plus près par le sujet qu'il dépeint
(une minorité raciale intégrant une communauté
pour s'épanouir et l'aider dans sa mission), Woo signe un
retour en force bouleversant, un appel à la paix universelle
nourri de quelques unes des scènes de batailles les plus
meurtrières et les plus énormes jamais tournées.
Le sens du paradoxe, qui avait si bien servi Volte / Face
et qui manquait cruellement à M:I 2, confère
à Windtalkers un discours profondément humaniste,
car projection littérale de la dualité de l'homme.
Plutôt deux fois qu'une
Tout, chez John Woo, est affaire de reflet, de dédoublement,
de dilemme et / ou de collaboration. A l'effigie de ses meilleurs
films passés (The Killer, Une Balle dans la tête,
Hard Boiled, Volte / Face), Windtalkers repose
sur une démultiplication dramatique, une symétrie
qui frappe autant les rapports entre les personnages (Yahzee/Enders,
Enders/Anderson, Anderson/Whitehorse, Yahzee/Whitehorse) que la
psyché des protagonistes eux-mêmes
(Enders et son oreille blessée, Yahzee au bord de la folie
lors du grand final). A l'exact opposé, M:I 2 ne ressemblait
pas à John Woo parce qu'il sacrifiait la complexité
des rapports humains à l'iconisation d'un héros unique.
Peu étonnant alors que ses seules séquences inoubliables
fussent liées à une histoire d'amour, prétexte
à une avalanche de duos de danse influencés par les
circonstances et l'environnement (concert de flamenco, poursuite
en voiture, sauvetage de la belle en plein gunfight dévastateur).
Comme l'évoque " Une balle dans l'assiette ", Woo
ne peut pas s'en empêcher : même lorsqu'il cuisine pour
un cercle familial restreint, il s'en va dédoubler les parts,
chaque convive étant littéralement considéré
comme deux !
Le Poids de l'Autre Dans
la vie comme à l'écran, John Woo aime se projeter
dans l'autre. Durant le fabuleux commentaire audio qu'il a enregistré
spécialement pour ce collector (à quand celui de Volte
/ Face !), le metteur en scène explique qu'il lui arrive
régulièrement, en regardant ses acteurs travailler,
de singer inconsciemment leurs émotions les plus extrêmes.
Cette symbiose qu'il instaure naturellement entre son comédien
et lui est sans doute à l'origine de ses collaborations les
plus fructueuses, qu'il s'agisse de Chow Yun-Fat, John Travolta
ou Nicolas Cage. Mais par-dessus tout, son ouverture vers autrui
a permis à Terence Chang, producteur attitré, de devenir
son troisième il, sa raison, son frère et son
guide.
" Une Balle dans l'assiette " offre pour la toute première
fois l'occasion à Chang de parler librement de Woo. Fermement
ancré dans la réalité, le producteur explique
avec lucidité les réussites et les échecs de
son ami, se remémore de l'arrivée du cinéaste
à Hollywood, apporte des précisions amusantes quant
à la post-production de Windtalkers (" John avait
le final cut à condition de livrer un film d'une certaine
durée - Il 'l'avait', donc il l'a perdu ? - oui, il
l'a perdu ") et relativise sur les possibilités
(émises par Woo !) qu'il retourne un jour un film en Chine.
" John ne sait plus comment est la vie à Hong-Kong.
Il ne saurait simplement plus quoi raconter ! " La tête
sur les épaules, Terence Chang apparaît comme le protecteur,
la sagesse tapie dans l'ombre de Woo, de ces collaborateurs qui
contribuent à forger une carrière admirable sans jamais
chercher à attirer vers eux les lauriers de la gloire. La
complémentarité des deux hommes peut être ainsi
traduite : l'homme d'affaire et le rêveur ; l'objectif et
le passionné ; celui qui se bat pour influencer la parole
d'en haut et celui qui n'a à l'esprit que ses amis d'en bas.
Inévitablement, le duo Chang / Woo allait bien à un
moment ou un autre transpirer sur la toile, et c'est aujourd'hui
chose faite : Joe Enders n'est-il pas, après tout, l'officier
chargé par ses supérieurs d'exécuter Yahzee
en cas d'urgence, mais qui finira par donner ce qu'il a de plus
cher pour l'aider à accomplir au
mieux sa mission ? Son oreille n'est-elle pas alors une personnification
de sa culpabilité de servir des patrons qui se moquent de
l'art comme de l'an 40 (un comble pour un film sur la seconde Guerre
Mondiale) ? La métaphore est tentante, car après un
Volte / Face entièrement dédié à
l'évocation de ses douleurs personnelles, on aime à
penser que Woo a rendu hommage à l'homme qui fit d'un rêve
d'enfant (tourner des films aux Etats-Unis) une réalité.
Autant dire que ces deux garnements peuvent continuer sur leur lancée
pendant encore quelques décennies : qu'ils alternent des
chefs-d'uvre de cette taille et des blockbusters imparfaits
ne nous fera jamais perdre espoir en l'avenir ; qui sait, ils le
tourneront peut-être même un jour, ce satané
film en Chine !
Documentaire "une balle dans l'assiette" LE
clou du disque. Co-produit par Arkoz et MK2, " Une Balle dans
l'assiette " a l'originalité de mettre en retrait les
films de John Woo au profit de son existence à Hollywood,
et de son adaptation à la vie californienne. D'une escapade
dans un supermarché chinois à la dégustation
entre amis d'un repas longuement préparé par le réalisateur
gourmet, le métrage invite ses proches (femme, fille, neveu,
mais aussi amis journalistes ou collaborateurs) à dépeindre
sa personnalité le plus fidèlement possible. Intime
et passionné, " Une Balle dans l'assiette " réfute
ainsi le principe même de la langue de bois ; dans des effets
de montages savoureux, la réalisatrice Caroline Vié-Toussaint
oppose les rêves du réalisateur (rendre hommage à
Truffaut, tourner un nouveau film en Chine) au rationalisme de son
producteur Terence Chang (" sa façon de filmer coûte
cher " ; " il dit qu'il retournera en Chine mais le fera
jamais "). Les précieuses interventions de ce dernier
éclairent quasiment toutes les zones d'ombre qui pouvaient
envelopper certains choix de carrière du cinéaste
: comme il le dit si bien, " les seules limites qu'il s'impose
sont les siennes ".
Difficile de reprocher au metteur en scène quelque erreur
que ce soit après " Une balle dans l'assiette ".
En prétendant mettre sa filmographie en exergue d'un portrait
sobre et humain, Caroline Vié-Toussaint est finalement parvenue
à tourner le mode d'emploi ultime au cinéma de John
Woo, un document appelé à faire autorité au
sein des médiathèques des fans.
Commentaire
audio
John Woo ne nous avait pas habitués à ça ! Libéré
de la pression du studio (il a enregistré cette piste analogue
à la demande de France Télévision), le cinéaste
se livre comme jamais, ne s'arrêtant de parler qu'à l'apparition
du générique de fin. Valeurs, humanisme et croyances
sont bien entendu au programme, mais c'est surtout ses méthodes
de travail, l'analyse de son style, ses rapports avec son équipe
et ses relations houleuses avec le studio (écouter ce qu'il
pense des projections test est tout ce qu'il y a de plus jouissif)
qui passionnent, tel cet instant incroyable où il avoue avoir
payé de sa poche deux jours de tournage que lui refusait la
MGM. Les stock shots viennent donc de là ! En bonus, une anecdote
hallucinante, à voir bientôt dans les morceaux choisis
de Cinextenso.
Featurette
En guise de making of, France Télévision a pu mettre
la main sur une featurette qui, faute d'être longue ou passionnante,
révèle de nombreuses images du tournage. Nous ne verrons
probablement jamais de véritable documentaire sur la création
de Windtalkers, de la genèse à la post-production,
mais le commentaire audio est heureusement là pour combler
ces lacunes. L'absence de
scènes coupées (et des deux fins alternatives) est bien
plus regrettable, puisque Woo insiste quant à leur qualité
lors du commentaire, et avoue les avoir coupée suite aux pressions
du studio influencé par les projections tests.
INTERVIEW
Caroline Vié-Toussaint
Réalisatrice du documentaire "Une balle dans l'assiette"
Disponible sur le DVD zone 2 de Windtalkers
Journaliste (pour le magazine Brazil entre autres) et vraie
cinéphile, Caroline Vié-Toussaint avait déjà
signé pour Dark Star une excellente analyse du cinéma
de John Woo. Offert en supplément de l'incontournable DVD
zone 2 de Windtalkers, son documentaire Une balle dans l'assiette
aspire aujourd'hui à rapprocher le public de l'homme, en
mettant ses films en exergue d'une savoureuse réflexion sur
l'intégration, la famille, la liberté d'expression,
l'art et la cuisine chinoise.
Connaissiez-vous John Woo avant de tourner le documentaire ?
Oui
bien sûr. Je l'ai rencontré il y a dix ans à
Hong Kong, pour un festival qui s'appelait " les acteurs à
l'écran ". J'allais voir Chow Yun-Fat en réalité.
C'était à l'époque de Once a Thief.
C'était la première fois que j'allais en Asie, même
la première fois que je voyageais si loin, et je ne me rendais
absolument pas compte à quel point Chow Yun-Fat était
une superstar. Quand il est venu me chercher en voiture à
l'hôtel, j'ai trouvé ça super normal, alors
que c'était comme si Tom Cruise venait me chercher ! Il m'a
dit qu'il avait une obligation caritative - il posait avec des gamines,
vendait les photos et donnait l'argent à un orphelinat, quelque
chose dans ce goût-là. Il m'a alors poussé dans
une caravane où John et Terence imitaient sa signature sur
des affiches ! (rires) Et quand on est parti, on a été
submergé par les fans. J'ai vu arriver une nuée de
gamines complètement surchauffées. Je me voyais déjà
morte, mais John m'a attrappée par la main et poussée
dans la voiture. Il m'a sauvé la vie, c'est comme ça
que je l'ai rencontré.
John Woo apparaît dans le documentaire comme quelqu'un
de très chaleureux, ouvert aux autres, presque naïf
Ah oui, il a un côté naïf très net, et
qui se sent dans son cinéma d'ailleurs. Il suffit de voir
la fin de Volte / Face Ca m'a d'ailleurs beaucoup amusée
quand on a commencé à voir Volte / Face en
France : beaucoup pensaient que cette fin avait été
imposée par le studio, alors que j'étais persuadée
que c'était son idée. Il a un côté fleur
bleue, que j'aime bien d'ailleurs, et qui est très présent
dans le cinéma asiatique en général.
Le documentaire a-t-il été difficile à
financer ?
Absolument pas. C'était un rêve ! J'avais déjà
fait un livre sur John pour Dark Star et les gens de chez Arcoz
m'ont contactée pour me demander si ça m'intéressait
de faire un documentaire. Très sincèrement, je n'
avais jamais vraiment pensé, mais l'idée m'a amusée.
La seule chose que j'ai exigée, c'est d'avoir le contrôle,
pour éviter de faire quelque chose d'ennuyeux ou qui ne m'intéressait
pas. Ce ne m'intéressait pas de faire une énième
interview de John, vu qu'on se connaissait depuis très longtemps.
La ligne éditoriale était donc définie
dès le départ ?
Bien sûr. Je me suis posé la question de savoir ce
qui nous avait le plus souvent réunis avec John, et ce qui
me semblait lui correspondre le mieux, parce que son cinéma,
finalement, tout le monde connaît. Je me suis donc rendue
compte que les plus grandes discussions qu'on ait eues, c'était
à table. Il a un rapport avec la nourriture et la cuisine
qui est extrêmement passionnel. Cet angle a plu aux gens d'Arcoz,
il a plu à John, il a également plu à Terence,
ce qui était très important, parce que John écoute
beaucoup Terence. John était d'autant plus content qu'il
fait partie des réalisateurs qui aiment être montrés,
parler à la caméra Ca se voit.
Le doc a-t-il été difficile à vendre ?
Non. En fait, ce qui s'est passé, c'est qu'ayant investi
dans le tournage, Arcoz n'avait plus trop de sous pour le distribuer.
Ils ont donc fait un partenariat avec MK2, qui se sont occupés
de tout ce qui était post-production et qui se sont chargés
des ventes.
Combien étiez-vous dans l'équipe de tournage ?
On était cinq français, le neveu de John qui nous
a donné un sacré coup de main, ainsi qu'un de ses
meilleurs amis qui a travaillé avec l'équipe lumière.
On a tourné à deux caméras. Tout le monde a
été vraiment adorable.
Combien de temps le tournage a-t-il duré ?
Une semaine. On a dû finir avec une vingtaine d'heures de
rushes.
Vous avez monté une version longue ?
Non. Cinquante minutes, c'est bien, plus, ce serait gavant. On
peut se dire qu'on a vraiment fait le tour du sujet. Après,
ça devient laborieux. Cinquante-deux minutes, c'est ce qui
était prévu au départ. Je n'ai pas pensé
une seule seconde que ça pourrait donner un film de salles.
En plus, le rendu de la DV n'est pas du tout fait pour ça.
On a une image qui passe beaucoup mieux en vidéo.
Vous ouvrez le doc sur l'extrait le plus hollywoodien de M:I2,
le film le plus hollywoodien de John Woo, puis vous le clôturez
par une scène de Windtalkers, très représentative
du style HK de Woo
En fait on a fait ce qu'on a pu avec ce qu'on avait, parce qu'on
n'a pas eu les droits des films de Hong Kong, tout bêtement.
Ca, c'est un de mes grands regrets. J'aurais préféré
très largement avoir des extraits d'ou ou deux films de HK
plutôt que de mettre des images de Mission : Impossible
II, mais c'est un choix qu'on n'a absolument pas eu.
J'avais pris ça pour un choix thématique : Woo
a d'abord acheté sa liberté pour ensuite faire des
films plus personnels avec des moyens hollywoodiens
Oh, c'est très gentil ! Certes, il y avait une petite réflexion
derrière tout ça, mais la vraie grande obligation,
c'est qu'on n'a pas eu les droits des films HK. J'insiste beaucoup
sur ce point : c'est la SEULE raison pour laquelle ils n'y sont
pas.
Vous auriez montré quel extrait ?
Certainement
une séquence d'Une balle dans la tête. J'aime
énormément celle, dans les toilettes, où Luke
rencontre Tony Leung. J'aurais mis aussi une séquence de
The Killer, où Chow Yun-Fat débarque dans le
restaurant au ralenti pour tuer des gens. Enfin, j'aurais mis certainement
une des scènes dans l'hôpital de A Toute Epreuve.
Ces questions de droits ont été réglées
assez vite en fait, et ça n'est pas du tout la faute de Seven
Sept, qui n'y est absolument pour rien. C'est à cause des
producteurs de Hong Kong, qui ont refusé nos demandes parce
qu'ils estimaient que ça ne rapporterait pas assez de sous.
Ils n'avaient donc pas du tout envie de se casser les pieds à
chercher qui possédait les droits mondiaux. La Golden Princess
nous a envoyés aux fraises d'une façon extrêmement
claire, malgré l'intervention de John et Terence ! On aurait
pu avoir les droits français, mais ça ne nous suffisait
pas : l'idée était quand même de vendre le doc
à l'internationale.
D'ailleurs, est-ce qu'on verra Une balle dans l'assiette au
programme du nouveau collector américain de Windtalkers ?
Je n'en sais rien en fait. C'est sûrement en tractation.
J'espère ! Vous avez des détails sur cette édition
?
Oui, c'est un collector de 3 DVD, avec une version plus longue
de 20 minutes du film, plusieurs commentaires audio dont un de Woo
et Chang, et plein de featurettes sur le tournage.
Qui le sort ?
La MGM.
Je vais renvoyer MK2 sur le coup ! Ce serait un beau plan ça
! Mais il faut quand même avouer que la MGM a merdé
au-delà des mots sur ce film.
Justement, John Woo vous a-t-il parlé des fameux stock
shots ? Dans son commentaire audio, il affirme avoir mis de sa poche
pour finir la grande scène de bataille ; les images d'archives
de bateau viendraient de là.
Oui, ce n'est pas vraiment ce qu'il a fait de mieux C'est
un sujet sur lequel John n'est pas très bavard (rires) Il
faut savoir qu'en général, John écoute quand
on lui dit qu'il fait des bêtises. Mais pas toujours
Enfin, pour y revenir, j'ai mis Windtalkers parce qu'il me
fallait une scène grandiose, pour montrer à quel point
il était peu réaliste qu'il fasse un jour un film
intimiste. Quand il dit " ce n'est pas l'action qui me motive
" et qu'on voit Windtalkers
A ce sujet, votre documentaire donne énormément
la parole à Terence Chang, qui peut exprimer à l'écran
ses sentiments sur John Woo comme jamais auparavant.
Oui, c'est un choix absolument délibéré. Terence
a un éclairage extrêmement lucide sur le travail de
John, qu'il connaît mieux que personne. Et personnellement,
j'ai beaucoup d'affection pour Terence, qui est un type très
bien.
C'est un peu sa conscience, non ?
Oui. Je l'appelle Gemini Criquet. C'est le Gemini Criquet de John.
Tous les grands créateurs ont un collaborateur comme ça.
Certes, Terence tient John autant qu'il peut, mais il lui fait du
bien dans le sens où c'est une des rares personnes qui lui
disent la vérité. C'est très rare et c'est
très bien dans un milieu hollywoodien où tout le monde
lui dit : " John, tu es un génie, tu es merveilleux,
tu es le meilleur, le plus fort " Il y a plein d'autres
exemples d'adéquations entre un réalisateur et son
producteur. Ce sont des gens qui acceptent de rester relativement
dans l'ombre, qui sont brillamment intelligents et qui savent quand
il faut remonter le moral du réalisateur ou au contraire
lui dire de se calmer.
A voir Une balle dans l'assiette, on finirait presque par mettre
en parallèle l'histoire de Windtalkers et le duo Woo / Chang
: Joe Enders, alias Terence Chang, se bat avec ceux d'en haut pour
protéger le prodige Yahzee, alias John Woo, et le guider
du mieux qu'il peut dans sa mission
Absolument. Terence protège énormément John.
Sans lui, John ne serait pas ce qu'il est, mais il le reconnaît
d'ailleurs.
Vous pensez que Chang aurait conseillé à Woo d'accepter
M:I2, afin d'obtenir sa liberté ?
Je ne m'engagerai pas dans cette voie-là. Je pense que John
a fait un bon choix en acceptant Mission : ImpossibleII,
même si ça n'était pas évident au départ.
Ce
que beaucoup, moi y compris, ne comprennent pas, c'est que, Broken
Arrow ayant rapporté 70 millions de dollars au box-office
américain et Volte/Face plus de 100, John Woo était
supposé avoir sa liberté bien avant M:I2 Il
faudrait donc rapporter 250 millions pour être libre à
Hollywood ?
Terence le dit très bien : " les seules limites qu'il
s'impose sont les siennes. " Il ne faut pas aller chercher
plus loin. Bien sûr qu'il avait sa liberté après
Volte/Face. Mais John fonctionne à l'affectif. Il
a suffi que Tom Cruise vienne le voir en lui disant " John,
tu es un génie ". C'est pour ça que quand il
dit qu'il veut faire des petits films, il ne se rend pas compte
que la liberté est une notion extrêmement flottante.
C'est celle qu'on a et celle qu'on se donne. C'est ce qui est d'ailleurs
préoccupant pour la suite, parce que lorsqu'on voit les résultats
de Windtalkers, où il a eu sa liberté jusqu'à
un certain point
Jusqu'à un certain point : il a perdu le final cut !
Oui, et j'étais très contente de le faire dire à
Terence, parce que pour moi, c'est extrêmement révélateur.
Il a eu sa liberté et il l'a sciemment lâchée.
La liberté, il faut la supporter, c'est quelque chose de
lourd. Maintenant, il en est au stade où il s'est dit que,
Une balle dans la tête et Windtalkers ayant
été des échecs cuisants, les gens n'ont pas
envie de voir ses projets personnels. C'est comme ça qu'il
accepte de faire un film avec Ben Affleck, qui sera peut-être
très bien d'ailleurs.
Entre parenthèses, c'était vrai cette histoire
de Tortues Ninja ?
Oui et non. Il n'a jamais été question qu'il réalise
un film sur les Tortues Ninja, mais la compagnie de John
et Terence a un département animation ; ils ont effectivement
acheté les droits des Tortues Ninja, pour les développer
en animation 3D, à l'occasion. Mais John chapeaute tout ça
d'extrêmement loin et il n'a jamais été question
qu'il travaille dedans. Sur ce, ce n'était pas une mauvaise
idée, parce que c'est bien les Tortues Ninja.
A la base oui, mais l'image que tout le monde en a provient
du dessins animés pour enfants
Oui, et à la base, ça n'est pas du tout pour les
enfants, et eux avaient envie de faire quelque chose de plus noir.
Il y a des projets que John a vraiment failli concrétiser
mais qui sont tombés à l'eau, comme Le Fantôme
de l'Opéra.
Et il est toujours intimement persuadé qu'il retournera
à Hong Kong ?
Oui. Par moments. Mais John aime raconter des histoires.
Un petit détail qui a intrigué de nombreux fans
: on ne voit plus jamais John Woo avec Chow Yun-Fat depuis qu'il
sont à Hollywood
Chow Yun-Fat vit à Hong-Kong, même s'il tourne aux
Etats-Unis. C'est pour ça qu'on ne l'a pas eu pour le documentaire.
Il ne veut pas s'installer à Los Angeles. Mais John et Chow
Yun-Fat sont toujours amis. Ils devaient retravailler ensemble pour
ce projet sur la conquête du rail. C'est tombé à
l'eau, ce qui est dommage parce que le scénario était
vraiment bien.
Il faut savoir que Chow-Yun Fat tourne très peu. Il a eu
une boulimie pendant les années 80 / 90, quatre films par
an jusqu'à ce qu'il tombe vraiment malade. Maintenant, il
vit de ses rentes et ne ressent plus le besoin de tourner. Il se
laisse moins tenter. C'est dommage, parce que c'est un bon acteur,
qui ne rajeunit pas, et il serait temps de s'y mettre. Puis il a
des capacités. Il parle correctement anglais, il a un charisme
international
Il n'y a aucune langue de bois dans Une balle dans l'assiette.
John Woo a-t-il aimé ?
J'ai lu une interview où il disait qu'il l'avait fortement
recommandé pour l'édition américaine, donc
je suppose qu'il l'a trouvé bien. Je n'ai pas de nouvelles
de lui depuis quelques mois, ce qui doit vouloir dire qu'il est
en pleine production, parce qu'on se parle quand même très
souvent. La dernière fois que je n'ai pas eu de nouvelles
comme ça, c'était pendant qu'il tournait M:I 2
et que ça n'allait pas très fort.
En revanche, Terence Chang a adoré. Il m'a envoyé
des e-mails absolument dithyrambiques, c'était très
très gentil.
Votre film préféré de John Woo ?
Une balle dans la tête, suivi de très près
par Volte/Face. Une balle dans la tête est vraiment
son meilleur film. Ce n'est pourtant pas un film parfait, contrairement
à Volte/Face.
Vous êtes au courant de cette rumeur qui voudrait qu'une
version longue (40 minutes en plus) du film existe quelque part
?
C'est une rumeur ! C'est quelque chose que j'ai recherché
activement durant toute la préparation du bouquin, et Terence
m'a dit que ça n'existait pas, donc je le crois. Oui, il
y a eu une version plus longue, mais tout cela est perdu. Et pour
l'instant, la personne qui l'exhumera n'existe pas à ma connaissance.
Comme dirait l'autre, pas la peine d'en rajouter.
Sur le point d'échouer sur une île déserte,
vous ne pouvez prendre avec vous qu'un film. Votre choix ?