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Les avant-premières
Si
beaucoup de véhicules à stars furent présentés dans le cadre du
festival, peu d'entre elles ont jugé bon de se déplacer afin de
présenter leurs bébés. On regrettera principalement l'absence d'Al
Pacino, qui avec Simone et Insomnia prouvent définitivement
qu'il est LE plus grand acteur vivant. Nous ne nous étendrons pas
sur le premier, puisque vous pourrez en lire une critique complète
sur Cinextenso dans les jours qui viennent. Sachez toutefois que
le réalisateur Andrew Niccol (Bienvenue à Gattacca, le scénario
de The Truman Show) continue à disserter sur le virtuel et
la manipulation, tout en dressant un portrait acide et drôle de
la faune hollywoodienne. Si Pacino y est comme toujours impressionnant,
il est au sommet de son art dans Insomnia de Christopher
Nolan, remake d'un thriller finlandais, où il traque un tueur incarné
par Robin Williams (qui lui non plus ne s'est pas montré sur les
planches, malgré une double présence - voir section sélection
officielle). L'occasion de vérifier si le metteur en scène
de Memento est capable d'illustrer une histoire ne se fondant
pas uniquement sur un gimmick narratif. La réponse est oui,
et Insomnia annonce une brillante carrière pour Nolan, qui
se révèle être un technicien hors pair en plus d'un exceptionnel
directeur d'acteurs.
Officiellement
retenu sur le tournage du prochain Ridley Scott (des rumeurs font
état de problèmes juridiques liés à son premier film en tant que
réalisateur - voir section sélection officielle),
Nicolas Cage n'a pu défendre son film ainsi que le Windtalkers
(voir critique) de
John Woo, que par satellite, lors d'une téléconférence. Et une star
de moins. Pas non plus de Clint Eastwood, malgré la présentation
de son nouveau polar, Créances de sang (Bloodwork
en VO). Ceci dit, malgré un sujet malin et une réalisation solide,
le film reste assez mineur dans la filmographie du grand Clint.
On a presque l'impression de voir un nouvel Inspecteur Harry.
Enfin, les deux derniers "grands absents" de cette section du festival
ne sont autres que Robert De Niro et Mel Gibson. Le premier aurait
pu venir présenter City By The Sea de Michael Caton-Jones,
admirable drame policier qui offre à Bob sa première excellente
prestation depuis des lustres. On ressort de la salle heureux de
savoir que l'acteur est encore capable d'impressionner en une seule
scène. En revanche, si Mel Gibson confirme une fois de plus son
talent de comédien, il n'est pas franchement mis en valeur par Signes,
le nouveau Shyamalan, plus grosse déception du festival (voir critique).
Enfin, on déplorera l'absence de Vin Diesel, dont le xXx
fut tout de même présenté par son réalisateur, Rob "Fast And
Furious" Cohen, ainsi que par la délicieuse et énergique Asia
Argento. Dommage que leur film ne soit qu'une mise à jour vulgaire
et tapageuse des aventures de James Bond (voir critique).
Mais
n'allez pas croire que le festival n' été qu'un immense désert où
seuls quelques journalistes désabusés traînaient dans de vides couloirs.
Car si absences il y a eu, les chasseurs d'autographes ont tout
de même pu remplir leurs carnets. Le plus grand événement fût bien
sur la présence sur le tapis rouge d'Indiana Solo himself, Harrison
Ford. Venu en compagnie de la belle Calista Flockhart (Ally McBeal),
il a présenté K-19, le piège des profondeurs, aux cotés de
la réalisatrice, la charmante Kathryn Bigelow. Acclamé comme il
se doit, l'acteur n'a tout de même pas pu dissimuler la déception
ambiante quant au film, une histoire de sous-marin pleine de bonnes
intentions, mais trop mal agencée pour captiver le spectateur pendant
plus de 2 heures (critique complète bientôt). Autre sensation sur
le tapis rouge, la présence de Tom Hanks, qui en compagnie du réalisateur
Sam Mendes, a présenté leur récente collaboration, Les Sentiers
de la perdition. Une histoire de gangsters au potentiel visuel
et dramatique évident, mais handicapée par un manque d'audace flagrant
(voir critique).
Puis, ce fut au tour des Matt de parader devant les objectifs des
photographes. Matt Dillon, tout d'abord, venu soutenir son premier
effort en tant que réalisateur, City Of Ghosts. Un effort
un peu vain, d'ailleurs, car même si l'acteur possède indéniablement
un don pour la mise en image, il n'a pas réussi à passionner les
festivaliers avec son histoire de fuite en avant d'un escroc américain
au Cambodge. La prochaine fois, peut-être…Le second Matt, c'est
bien sur Matt Damon, présent à l'occasion de la projection de La
Mémoire dans la peau, nouvelle adaptation du roman de John Ludlum.
Réalisé par Doug Liman (l'épatant Go), cette histoire d'espionnage
constitue une agréable surprise. Bien filmé, rythmé et parfois original,
le métrage est d'ores et déjà voué à devenir une franchise, puisque
ayant ramassé beaucoup de pépettes au box office US (on en reparle
bientôt). Mais il n'est pas forcément obligatoire d'engranger les
dollars au B.O. pour être aimé du public. Ignoré dans les salles
obscures depuis un bon moment déjà, Sylvester Stallone a pourtant
été l'acteur le plus ovationné du festival. Généreux avec ses fans,
Sly a passé une demie-heure à signer des autographes à une foule
en délire. Sympathique, comme l'est le film qu'il est venu présenter.
Avenging Angelo est une gentille comédie policière où l'acteur,
assisté de Madeleine Stowe, semble retrouver un peu de sa superbe
passée. Il parvient en tout cas à faire oublier ses précédents échecs
dans le domaine (Oscar et Arrête ou ma mère va tirer !).
Enfin, cette section fût aussi l'occasion de voir des œuvres moins
"événementielles". Dans une veine purement hollywoodienne, a été
projeté le Four Feathers de Shekhar Kapur, une fresque historique
et romantique située en 1898, lors de la guerre entre l'empire britannique
et le Soudan. Ce récit sur le courage et l'amitié, bien que parsemé
de bonnes intentions, n'utilise pas assez le potentiel de son intrigue,
et est de plus handicapé par quelques trous et raccourcis narratifs
assez vertigineux. Une petite déception en soi. Un sentiment que
l'on n'a pas éprouvé à la vision des deux comédies typiquement US
présentées cette année. The Divine Secrets of Ya-Ya Sisterhood
et The Banger Sisters sont des modèles de rythme et de dialogues
ciselés, menés par des comédiennes expérimentés. Pour le premier,
Ellen Burstyn (présente lors de la projection), Ashley Judd et Sandra
Bullock déploient leurs charmes respectifs dans une histoire de
guerre mère/fille, jolie réflexion sur les ravages du temps et les
actes manqués. Des thèmes que le second reprend à sa manière, avec
au générique un duo d'interprètes épatant : Susan Sarandon
et Goldie Hawn. Les deux dernières œuvres de cette section se situent
quant à elles dans un domaine plus expérimental, moins grand public.
Spun, de Jonas Åkerlund, reprend certains des gimmicks
visuels de Darren Aronofsky dans Requiem For A Dream, afin
d'illustrer un sujet similaire : la drogue. Mais là où le réalisateur
de Pi avait su provoquer l'empathie pour ses personnages,
Åkerlund se contente d'enchaîner les scènes d'une vulgarité gratuite
(caca sur le popo, en direct !), tout en étant persuadé que des
personnages débiles et un montage épuisant pour les yeux et les
oreilles suffiront à faire de son film une œuvre de qualité. Raté.
Il n'y a guère que Mickey Rourke qui parvient à tirer son épingle
du jeu dans un rôle de chimiste bien barré. C'est assez peu. Autre
expérimentation, celle de Steven Soderbergh, avec Full Frontal.
Le nouveau petit prince d'Hollywood, bardé d'Oscars et de dollars,
tente après Ocean's Eleven de faire ressurgir son coté indépendant
et bizarroïde. Mais le résultat, en plus de filer une migraine carabinée
au spectateur (c'est filmé n'importe comment, avec un grain aussi
épais qu'un brouillard londonien), n'aboutit qu'à une pochade entre
potes, où David Fincher, Brad Pitt et autres viennent cligner de
l'œil en pensant faire avancer la cause du cinéma. Creux, prétentieux,
Full Frontal n'est pas la mise à nu que l'on attendait (celle
de Julia Roberts, surtout…).
Panorama
Loin
des "spot-lights" des médias avides de paillettes, la section panorama
s'est attachée à nous faire découvrir des œuvres plus intimes et
introspectives. Entre films de fiction et vrais/faux documentaires,
le choix fût varié. On commence avec une excellente surprise : le
premier film du fils de Francis Ford Coppola, Roman. Fraîchement
accueilli l'année dernière à Cannes, CQ nous revient dans
un nouveau montage, qui met en exergue les nombreuses qualités de
l'œuvre. Véritable lettre d'amour au cinéma, le métrage alterne
comédie, poésie et pur délire. Ce portrait d'un jeune réalisateur
tiraillé entre ses aspirations artistiques et sa vie privée, dans
le paris de la fin des années 60, laisse augurer du meilleur pour
la suite de la carrière de Roman, qui comme sa sœur Sofia avec son
superbe Virgin Suicides, a d'ores et déjà réussi à se faire
un prénom. La suite fût beaucoup moins gaie, puisque Thirteen
Conversations About One Thing, film choral à la Robert Altman
réalisé par Jill Sprecher, dresse le portrait d'américains moyens
plongés dans leurs doutes existentiels. De beaux numéros d'acteurs
(notamment Matthew McConaughey et Alan Arkin) ne peuvent cependant
pallier au plus gros risque de ce genre de métrage : que l'une des
histoires prenne le pas sur les autres. Ce qui est malheureusement
le cas ici. Entre ennui et émotion, Thirteen Conversations About
One Thing reste tout de même une œuvre intéressante. Un qualificatif
qu'on ne peut guère appliquer à The Laramie Project, de Moisés
Kaufman, qui arbore un concept étrange. Prenant comme base des faits
réels (une troupe théâtrale est venue dans une petite ville afin
de recueillir des témoignages sur le meurtre d'un jeune homosexuel),
le cinéaste se propose de reconstituer l'enquête avec de vrais comédiens,
mais en gardant les atours d'un documentaire. Résultat : tout sonne
faux. Si le message de tolérance véhiculé par le film n'est pas
à remettre en cause, sa mise en image cinématographiquement bancale
(valse-hésitation entre docu et fiction) empêche l'émotion de se
dévelloper.
Heureusement,
deux "vrais" documentaires ont su réjouir les festivaliers, chacun
dans un domaine différent. Le premier, The Kid Stays In The Picture
de Nanette Burstein et Brett Morgen, illustre le parcours singulier
de Robert Evans, mythique producteur hollywoodien qui a su dans
les années 60/70 hisser la Paramount au premier rang des studios
américains. Initiateur d'œuvres marquantes comme Le Parrain I
et II, Rosemary's Baby ou Chinatown, Evans a eu
une vie marquée par des rencontres professionnelles et amoureuses
peu ordinaires (Coppola, Ali McGraw…). Le documentaire, très rythmé,
est raconté en voix off par Robert himself, qui se fend d'anecdotes
savoureuses avec un ton irrévérencieux à souhait. Bref, une œuvre
indispensable pour tous les amoureux du cinéma américain de cette
période. Le second doc présenté à Deauville a peut-être été la plus
grosse sensation du festival. Prix spécial du jury au dernier festival
de Cannes, Bowling For Columbine, de l'iconoclaste Michael
Moore, se veut une analyse tranchante du problème de la violence
liée aux armes à feu aux Etats-Unis. Avec humour, ironie et bon
sens, le réalisateur pointe du doigt les dysfonctionnements du système
américain, qui prône la possession d'armes en pensant que cela peut
assurer la sécurité de ses citoyens. Les chiffres sont sans appel
: 11 000 morts par an liées à ce phénomène aux Etats-Unis, contre
600 maximum dans les plus grands pays européens. En mettant en cause
non seulement les médias, mais aussi l'histoire et la culture profondément
guerrières de son pays, Moore fait mouche. Mais c'est lorsqu'il
parvient à interviewer Charlton Heston, président de la National
Rifle Association (association des possesseurs d'armes à feu, on
appelle aussi ça un lobby) que le cinéaste impressionne : il met
littéralement la tête de l'acteur dans son propre caca. Heston ne
peut s'empêcher de révéler ses idéologies racistes et bellicistes,
ce qui laisse perplexe quant on se rappelle qu'il a incarné
Moïse à l'écran... So long, Charlton… Bowling
For Columbine sort sur nos écrans le 09 octobre. Un conseil
: ne le ratez pas.
La sélection officielle
Véritable
cœur du festival, la sélection officielle a su faire oublier le
manque de stars par sa qualité globalement indiscutable. On a tout
d'abord pu y voir deux films de genre, d'une qualité diamétralement
opposée. Le premier se nomme Emmet's Mark, un polar de Keith
Snyder relatant la course contre la montre d'un policier qui, se
sachant condamné par une maladie mortelle, engage un inconnu pour
le tuer. Si sur le papier le film avait tout pour plaire, son exécution
à l'écran est toute autre. De la mise en scène (mal) stylisée à
la musique pompière, de l'acteur principal inexpressif au scénario
plein de trous, rien n'arrive à nous sortir de l'ennui. Il aurait
fallu au film de Snyder une atmosphère, une patte, une mélancolie,
du genre de ce que l'on pouvait trouver dans le génial Dernières
heures à Denver de Gary Fleder… Heureusment que le second film
de genre de la sélection était là pour corriger le tir avec brio.
Photo obsession, de Mark Romanek, est
la seconde apparition de l'acteur Robin Williams sur les écrans
du festival, à nouveau dans un rôle psychologiquement ambigu. Employé
de supermarché, Seymour Parrish mène sa vie par procuration (devant
son poste de télévision…) à travers les photographies qu'il développe
chaque jour pour ses clients. Une famille en particulier l'attire,
une famille selon lui idéale, et dont il aimerait beaucoup (trop)
faire partie. Si le scénario nous donnait à craindre une énième
histoire de psychopathe s'immisçant jusqu'à la folie meurtrière
dans la vie d'autrui, il n'en est rien. Ou plutôt si, mais d'une
manière beaucoup plus subtile que ce qui avait déjà été fait jusque
là. En suivant presque exclusivement le cheminement mental de Seymour,
Romanek dresse avant tout le portrait troublant d'un homme dont
l'incapacité à communiquer a cloisonné l'univers. Servi par une
interprétation impeccable de Williams (qui avec Insomnia
vient de faire un joli double numéro d'acteur) et une réalisation
clinique et élégante, Photo obsession répand insidieusement
son poison, jusqu'au final surprenant de mélancolie. Une bien belle
œuvre, et un cinéaste à suivre.
Ces deux premières œuvres vous le montrent, le reste le confirme
: l'humeur dans la sélection officielle n'était pas à la gaudriole…
A part 3 films assez drôles (voir plus bas), le reste était largement
dominé par des thèmes basés sur le mal-être, l'incommunicabilité,
et autres joyeusetés. Le plus sombre d'entre eux, L.I.E.
(Long Island Expresway), est aussi le moins bon. Chronique désabusée
d'une certaine jeunesse américaine à la dérive, entre prostitution
enfantine et pédophilie, le film de Michael Cuesta nous propose
de côtoyer des êtres viciés mais toujours (et inévitablement) humains.
Un pari risqué, qui nécessitait forcément un peu d'amour et d'empathie
de la part du cinéaste envers ses personnages. Elements malheureusement
absents de L.I.E, qui en font une "glauquerie" certes élégante
(jolie mise en scène), mais jamais touchante. Sur un thème presque
voisin (une jeune fille déséquilibrée par la séparation de ses parents
va s'attirer beaucoup de problèmes en voulant à tout prix participer
à un concours de poésie), le Blue Car de Karen Moncrieff
fait preuve de beaucoup plus de finesse, de tendresse et d'émotion
pour un même message : les jeunes ont plus que jamais besoin de
repères affectifs et familiaux pour pouvoir se trouver et s'accomplir.
Comme quoi il y le message, mais aussi la façon de le faire passer…
Un concept que le comédien Nicolas Cage semble, avec sa première
réalisation, Sonny, avoir déjà partiellement compris. Son
histoire de jeune gigolo, conditionné depuis son enfance par sa
mère à gagner de l'argent en échange de faveurs sexuelles, est emplie
de fureur, de mal de vivre, mais aussi de poésie et d'amour. Cage
parvient à insuffler à son métrage sa propre personnalité, et confirme
une sensibilité déjà évidente au vu de sa filmographie. Une seule
ombre au tableau : une rumeur insistante voudrait que l'absence
à Deauville du réalisateur/comédien soit motivée par
une accusation de plagiat concernant le scénario de Sonny,
officiellement écrit par John Carlen. La justice tranchera, mais
le résultat à l'écran est, quoi qu'il arrive, un joli début derrière
la caméra pour Cage.
Deux
œuvres ont plus particulièrement traité le malaise existentiel commun
à tout être humain qui s'interroge sur le pourquoi de son existence.
C'est tout d'abord Miguel Arteta qui s'y colle, avec The Good
Girl, où une employée de supérette, marièe à un peintre en bâtiment,
se demande si la vie n'a rien de plus à offrir. Sa rencontre avec
un jeune homme dérangé mais passionné va l'amener à faire un choix
décisif, et lui fera comprendre que le bonheur n'est pas forcément
aussi intouchable qu'il n'y paraît. Porté par une Jennifer Aniston
étonnante (à des lieues de la Rachel de Friends), The
Good Girl se distingue par un ton très humain, réaliste et attachant,
et parvient à lier comédie et drame en un tout harmonieux, lucide
mais plein d'espoir. Des qualités partagées par ce qui restera l'un
des meilleurs films du festival, le bouleversant The
Safety Of Objects de Rose Troche. En décrivant les dérives existentielles
de différentes familles liées par un drame passé, la cinéaste brasse
quantité de thèmes (perte de l'être aimé, difficultés de l'adolescence,
responsabilités familiales…) avec un égal bonheur. Animé par un
casting en état de grâce (Glenn Close est magistrale), The Safety
Of Objects bénéficie de plus d'une mise en image élaborée et
sensible, toujours à l'affût des failles très humaines de ses personnages.
Bref, une œuvre majeure, qui a su parfaitement décoder le malaise
lié à la condition humaine et à notre époque moderne.
Après
tant d'émotions salvatrices mais éprouvantes, il fût bon de rire,
de sourire, ou tout simplement de partager un peu de bonheur avec
les personnages projetés à l'écran. Les trois dernières œuvres de
la sélection officielle ont en commun le fait qu'elles véhiculent
des réflexions profondes tout en adoptant une forme plus légère
que le reste des films en compétition. Long
Way Home de Peter Sollet n'est pas par son thème si éloigné
que ça d'un Blue Car, par exemple, puisqu'il traite de la
difficulté pour de jeunes ados d'un quartier difficile de New York
d'exprimer leurs sentiments, entre tradition familiales et dictature
de l'apparence. Mais Sollet a foi en ses personnages, et montre
avec humour et légèreté que l'innocence et la sincérité sont encore
de mise en ce bas monde, et que ces notions permettent de développer
une relation d'amour durable, quel qu'en soit le théâtre. Un joli
message que font passer à merveille des acteurs non-professionnels,
mais pleins de talent. Kissing Jessica Stein, de Charles
Herman-Wurmfeld, parle lui aussi d'amour, mais d'une façon différente.
En narrant l'histoire d'une belle hétéro qui, fatiguée de ne pas
trouver l'homme de sa vie, décide de répondre à une annonce lesbienne
et rencontre une femme plein de charme, le cinéaste réalise une
jolie comédie romantique, drôle et touchante. Rempli de seconds
rôles excellemment écrits et interpétés, Kissing
Jessica Stein est de plus un pertinent plaidoyer pour la cause
homosexuelle, mais aussi pour l'amour tout court, puisque Herma-Wurmfeld
nous dit simplement qu'il faut vivre ses sentiments à fond, quelle
que soit la façon dont ils se matérialisent. Un discours encore
mieux explicité dans ce qui demeurera certainement la perle du festival,
LE film différent des autres, Secretary. Comédie romantique
sado-masochiste (!), le film de Steven Shainberg raconte la trouble
relation qui s'instaure entre un avocat dominateur et une secrétaire
fragile, qui s'auto-mutile afin de se persuader qu'elle est vivante.
Croisement étrange entre un Cronenberg joyeux et un Billy Wilder
sous acide, le métrage s'applique à nous décrire deux êtres meurtris
(incarnés par James Spader et Maggi Gyllenhaal , tous deux stupéfiants)
que leurs "déviances" vont rapprocher. Ne refusant jamais la comédie,
mais sachant toujours expliciter ses thèmes, Shainberg allie beauté
plastique et humour mordant pour ce qui constitue au final une jolie
histoire d'amour certes étrange, mais d'amour quand même (surtout).
Incontestablement, l'un des sommets du festival…
Si quelques œuvres (The Man From Elysian Fields, le dernier
Frankenheimer…) ont malheureusement échappé à notre attention (pas
assez d'yeux, d'oreilles et de cerveaux !), ce compte rendu nous
semble rendre assez fidèlement les principales caractéristiques
de cette 28ème édition du festival du film américain de Deauville
: beaucoup de variété, beaucoup de qualité, peu de déchets. Et si
le glamour en a pris un coup (peu de stars, on le répète), le cinéma
a lui vécu une belle semaine. Quelque part, c'était le but, non
?
Laurent
Duroche
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