ajouter aux favoris (IE seulement) ajouter en page de démarrage
- Actu de la semaine
- Archives
- Films à l'affiche
- Avant-premières
- Critiques Zone 2
- Imports
- Bonus cachés
- Morceaux choisis
- Calendrier des sorties
- Séries en diffusion
- Bientôt sur les écrans
- Dossiers / reportages
- Interviews
- Bandes originales
- Livres
- Produits dérivés
- Jeux-vidéo
- Fonds d'écran
- Liens utiles
- Chat (dialoguez en direct)
- Forums de discussion
- Ecrire à la rédaction
 

 

 
 

DEAUVILLE 2002 :
Compte-rendu du 28ème festival du cinéma américain

Les avant-premières - Panorama

La sélection officielle - Le palmarès

A la demande générale (surtout du coté de Bois d'Arcy), vous saurez tout, absolument tout, sur la 28ème édition du festival de cinéma américain de Deauville. Une année pauvre en stars mais riche en films, avec notamment une sélection officielle d'une rare qualité. Mais Deauville, c'est aussi les avant premières des futures grosses machines hollywoodiennes, ainsi que l'occasion de découvrir quelques perles grâce à la section Panorama. Bref, une semaine de films, mais aussi une semaine de radiographie cinématographique de ce "beau" pays qu'est l'Amérique…


Les avant-premières

insomniaSi beaucoup de véhicules à stars furent présentés dans le cadre du festival, peu d'entre elles ont jugé bon de se déplacer afin de présenter leurs bébés. On regrettera principalement l'absence d'Al Pacino, qui avec Simone et Insomnia prouvent définitivement qu'il est LE plus grand acteur vivant. Nous ne nous étendrons pas sur le premier, puisque vous pourrez en lire une critique complète sur Cinextenso dans les jours qui viennent. Sachez toutefois que le réalisateur Andrew Niccol (Bienvenue à Gattacca, le scénario de The Truman Show) continue à disserter sur le virtuel et la manipulation, tout en dressant un portrait acide et drôle de la faune hollywoodienne. Si Pacino y est comme toujours impressionnant, il est au sommet de son art dans Insomnia de Christopher Nolan, remake d'un thriller finlandais, où il traque un tueur incarné par Robin Williams (qui lui non plus ne s'est pas montré sur les planches, malgré une double présence - voir section sélection officielle). L'occasion de vérifier si le metteur en scène de Memento est capable d'illustrer une histoire ne se fondant pas uniquement sur un gimmick narratif. La réponse est oui, et Insomnia annonce une brillante carrière pour Nolan, qui se révèle être un technicien hors pair en plus d'un exceptionnel directeur d'acteurs.

Créances de sangOfficiellement retenu sur le tournage du prochain Ridley Scott (des rumeurs font état de problèmes juridiques liés à son premier film en tant que réalisateur - voir section sélection officielle), Nicolas Cage n'a pu défendre son film ainsi que le Windtalkers (voir critique) de John Woo, que par satellite, lors d'une téléconférence. Et une star de moins. Pas non plus de Clint Eastwood, malgré la présentation de son nouveau polar, Créances de sang (Bloodwork en VO). Ceci dit, malgré un sujet malin et une réalisation solide, le film reste assez mineur dans la filmographie du grand Clint. On a presque l'impression de voir un nouvel Inspecteur Harry. Enfin, les deux derniers "grands absents" de cette section du festival ne sont autres que Robert De Niro et Mel Gibson. Le premier aurait pu venir présenter City By The Sea de Michael Caton-Jones, admirable drame policier qui offre à Bob sa première excellente prestation depuis des lustres. On ressort de la salle heureux de savoir que l'acteur est encore capable d'impressionner en une seule scène. En revanche, si Mel Gibson confirme une fois de plus son talent de comédien, il n'est pas franchement mis en valeur par Signes, le nouveau Shyamalan, plus grosse déception du festival (voir critique). Enfin, on déplorera l'absence de Vin Diesel, dont le xXx fut tout de même présenté par son réalisateur, Rob "Fast And Furious" Cohen, ainsi que par la délicieuse et énergique Asia Argento. Dommage que leur film ne soit qu'une mise à jour vulgaire et tapageuse des aventures de James Bond (voir critique).

Les Sentiers de la perditionMais n'allez pas croire que le festival n' été qu'un immense désert où seuls quelques journalistes désabusés traînaient dans de vides couloirs. Car si absences il y a eu, les chasseurs d'autographes ont tout de même pu remplir leurs carnets. Le plus grand événement fût bien sur la présence sur le tapis rouge d'Indiana Solo himself, Harrison Ford. Venu en compagnie de la belle Calista Flockhart (Ally McBeal), il a présenté K-19, le piège des profondeurs, aux cotés de la réalisatrice, la charmante Kathryn Bigelow. Acclamé comme il se doit, l'acteur n'a tout de même pas pu dissimuler la déception ambiante quant au film, une histoire de sous-marin pleine de bonnes intentions, mais trop mal agencée pour captiver le spectateur pendant plus de 2 heures (critique complète bientôt). Autre sensation sur le tapis rouge, la présence de Tom Hanks, qui en compagnie du réalisateur Sam Mendes, a présenté leur récente collaboration, Les Sentiers de la perdition. Une histoire de gangsters au potentiel visuel et dramatique évident, mais handicapée par un manque d'audace flagrant (voir critique). Puis, ce fut au tour des Matt de parader devant les objectifs des photographes. Matt Dillon, tout d'abord, venu soutenir son premier effort en tant que réalisateur, City Of Ghosts. Un effort un peu vain, d'ailleurs, car même si l'acteur possède indéniablement un don pour la mise en image, il n'a pas réussi à passionner les festivaliers avec son histoire de fuite en avant d'un escroc américain au Cambodge. La prochaine fois, peut-être…Le second Matt, c'est bien sur Matt Damon, présent à l'occasion de la projection de La Mémoire dans la peau, nouvelle adaptation du roman de John Ludlum. Réalisé par Doug Liman (l'épatant Go), cette histoire d'espionnage constitue une agréable surprise. Bien filmé, rythmé et parfois original, le métrage est d'ores et déjà voué à devenir une franchise, puisque ayant ramassé beaucoup de pépettes au box office US (on en reparle bientôt). Mais il n'est pas forcément obligatoire d'engranger les dollars au B.O. pour être aimé du public. Ignoré dans les salles obscures depuis un bon moment déjà, Sylvester Stallone a pourtant été l'acteur le plus ovationné du festival. Généreux avec ses fans, Sly a passé une demie-heure à signer des autographes à une foule en délire. Sympathique, comme l'est le film qu'il est venu présenter. Avenging Angelo est une gentille comédie policière où l'acteur, assisté de Madeleine Stowe, semble retrouver un peu de sa superbe passée. Il parvient en tout cas à faire oublier ses précédents échecs dans le domaine (Oscar et Arrête ou ma mère va tirer !).

Full Frontal Enfin, cette section fût aussi l'occasion de voir des œuvres moins "événementielles". Dans une veine purement hollywoodienne, a été projeté le Four Feathers de Shekhar Kapur, une fresque historique et romantique située en 1898, lors de la guerre entre l'empire britannique et le Soudan. Ce récit sur le courage et l'amitié, bien que parsemé de bonnes intentions, n'utilise pas assez le potentiel de son intrigue, et est de plus handicapé par quelques trous et raccourcis narratifs assez vertigineux. Une petite déception en soi. Un sentiment que l'on n'a pas éprouvé à la vision des deux comédies typiquement US présentées cette année. The Divine Secrets of Ya-Ya Sisterhood et The Banger Sisters sont des modèles de rythme et de dialogues ciselés, menés par des comédiennes expérimentés. Pour le premier, Ellen Burstyn (présente lors de la projection), Ashley Judd et Sandra Bullock déploient leurs charmes respectifs dans une histoire de guerre mère/fille, jolie réflexion sur les ravages du temps et les actes manqués. Des thèmes que le second reprend à sa manière, avec au générique un duo d'interprètes épatant : Susan Sarandon et Goldie Hawn. Les deux dernières œuvres de cette section se situent quant à elles dans un domaine plus expérimental, moins grand public. Spun, de Jonas Åkerlund, reprend certains des gimmicks visuels de Darren Aronofsky dans Requiem For A Dream, afin d'illustrer un sujet similaire : la drogue. Mais là où le réalisateur de Pi avait su provoquer l'empathie pour ses personnages, Åkerlund se contente d'enchaîner les scènes d'une vulgarité gratuite (caca sur le popo, en direct !), tout en étant persuadé que des personnages débiles et un montage épuisant pour les yeux et les oreilles suffiront à faire de son film une œuvre de qualité. Raté. Il n'y a guère que Mickey Rourke qui parvient à tirer son épingle du jeu dans un rôle de chimiste bien barré. C'est assez peu. Autre expérimentation, celle de Steven Soderbergh, avec Full Frontal. Le nouveau petit prince d'Hollywood, bardé d'Oscars et de dollars, tente après Ocean's Eleven de faire ressurgir son coté indépendant et bizarroïde. Mais le résultat, en plus de filer une migraine carabinée au spectateur (c'est filmé n'importe comment, avec un grain aussi épais qu'un brouillard londonien), n'aboutit qu'à une pochade entre potes, où David Fincher, Brad Pitt et autres viennent cligner de l'œil en pensant faire avancer la cause du cinéma. Creux, prétentieux, Full Frontal n'est pas la mise à nu que l'on attendait (celle de Julia Roberts, surtout…).

Panorama

CQLoin des "spot-lights" des médias avides de paillettes, la section panorama s'est attachée à nous faire découvrir des œuvres plus intimes et introspectives. Entre films de fiction et vrais/faux documentaires, le choix fût varié. On commence avec une excellente surprise : le premier film du fils de Francis Ford Coppola, Roman. Fraîchement accueilli l'année dernière à Cannes, CQ nous revient dans un nouveau montage, qui met en exergue les nombreuses qualités de l'œuvre. Véritable lettre d'amour au cinéma, le métrage alterne comédie, poésie et pur délire. Ce portrait d'un jeune réalisateur tiraillé entre ses aspirations artistiques et sa vie privée, dans le paris de la fin des années 60, laisse augurer du meilleur pour la suite de la carrière de Roman, qui comme sa sœur Sofia avec son superbe Virgin Suicides, a d'ores et déjà réussi à se faire un prénom. La suite fût beaucoup moins gaie, puisque Thirteen Conversations About One Thing, film choral à la Robert Altman réalisé par Jill Sprecher, dresse le portrait d'américains moyens plongés dans leurs doutes existentiels. De beaux numéros d'acteurs (notamment Matthew McConaughey et Alan Arkin) ne peuvent cependant pallier au plus gros risque de ce genre de métrage : que l'une des histoires prenne le pas sur les autres. Ce qui est malheureusement le cas ici. Entre ennui et émotion, Thirteen Conversations About One Thing reste tout de même une œuvre intéressante. Un qualificatif qu'on ne peut guère appliquer à The Laramie Project, de Moisés Kaufman, qui arbore un concept étrange. Prenant comme base des faits réels (une troupe théâtrale est venue dans une petite ville afin de recueillir des témoignages sur le meurtre d'un jeune homosexuel), le cinéaste se propose de reconstituer l'enquête avec de vrais comédiens, mais en gardant les atours d'un documentaire. Résultat : tout sonne faux. Si le message de tolérance véhiculé par le film n'est pas à remettre en cause, sa mise en image cinématographiquement bancale (valse-hésitation entre docu et fiction) empêche l'émotion de se dévelloper.

Bowling For ColumbineHeureusement, deux "vrais" documentaires ont su réjouir les festivaliers, chacun dans un domaine différent. Le premier, The Kid Stays In The Picture de Nanette Burstein et Brett Morgen, illustre le parcours singulier de Robert Evans, mythique producteur hollywoodien qui a su dans les années 60/70 hisser la Paramount au premier rang des studios américains. Initiateur d'œuvres marquantes comme Le Parrain I et II, Rosemary's Baby ou Chinatown, Evans a eu une vie marquée par des rencontres professionnelles et amoureuses peu ordinaires (Coppola, Ali McGraw…). Le documentaire, très rythmé, est raconté en voix off par Robert himself, qui se fend d'anecdotes savoureuses avec un ton irrévérencieux à souhait. Bref, une œuvre indispensable pour tous les amoureux du cinéma américain de cette période. Le second doc présenté à Deauville a peut-être été la plus grosse sensation du festival. Prix spécial du jury au dernier festival de Cannes, Bowling For Columbine, de l'iconoclaste Michael Moore, se veut une analyse tranchante du problème de la violence liée aux armes à feu aux Etats-Unis. Avec humour, ironie et bon sens, le réalisateur pointe du doigt les dysfonctionnements du système américain, qui prône la possession d'armes en pensant que cela peut assurer la sécurité de ses citoyens. Les chiffres sont sans appel : 11 000 morts par an liées à ce phénomène aux Etats-Unis, contre 600 maximum dans les plus grands pays européens. En mettant en cause non seulement les médias, mais aussi l'histoire et la culture profondément guerrières de son pays, Moore fait mouche. Mais c'est lorsqu'il parvient à interviewer Charlton Heston, président de la National Rifle Association (association des possesseurs d'armes à feu, on appelle aussi ça un lobby) que le cinéaste impressionne : il met littéralement la tête de l'acteur dans son propre caca. Heston ne peut s'empêcher de révéler ses idéologies racistes et bellicistes, ce qui laisse perplexe quant on se rappelle qu'il a incarné Moïse à l'écran... So long, Charlton… Bowling For Columbine sort sur nos écrans le 09 octobre. Un conseil : ne le ratez pas.

La sélection officielle

Photo obsessionVéritable cœur du festival, la sélection officielle a su faire oublier le manque de stars par sa qualité globalement indiscutable. On a tout d'abord pu y voir deux films de genre, d'une qualité diamétralement opposée. Le premier se nomme Emmet's Mark, un polar de Keith Snyder relatant la course contre la montre d'un policier qui, se sachant condamné par une maladie mortelle, engage un inconnu pour le tuer. Si sur le papier le film avait tout pour plaire, son exécution à l'écran est toute autre. De la mise en scène (mal) stylisée à la musique pompière, de l'acteur principal inexpressif au scénario plein de trous, rien n'arrive à nous sortir de l'ennui. Il aurait fallu au film de Snyder une atmosphère, une patte, une mélancolie, du genre de ce que l'on pouvait trouver dans le génial Dernières heures à Denver de Gary Fleder… Heureusment que le second film de genre de la sélection était là pour corriger le tir avec brio. Photo obsession, de Mark Romanek, est la seconde apparition de l'acteur Robin Williams sur les écrans du festival, à nouveau dans un rôle psychologiquement ambigu. Employé de supermarché, Seymour Parrish mène sa vie par procuration (devant son poste de télévision…) à travers les photographies qu'il développe chaque jour pour ses clients. Une famille en particulier l'attire, une famille selon lui idéale, et dont il aimerait beaucoup (trop) faire partie. Si le scénario nous donnait à craindre une énième histoire de psychopathe s'immisçant jusqu'à la folie meurtrière dans la vie d'autrui, il n'en est rien. Ou plutôt si, mais d'une manière beaucoup plus subtile que ce qui avait déjà été fait jusque là. En suivant presque exclusivement le cheminement mental de Seymour, Romanek dresse avant tout le portrait troublant d'un homme dont l'incapacité à communiquer a cloisonné l'univers. Servi par une interprétation impeccable de Williams (qui avec Insomnia vient de faire un joli double numéro d'acteur) et une réalisation clinique et élégante, Photo obsession répand insidieusement son poison, jusqu'au final surprenant de mélancolie. Une bien belle œuvre, et un cinéaste à suivre.

L.I.E. Ces deux premières œuvres vous le montrent, le reste le confirme : l'humeur dans la sélection officielle n'était pas à la gaudriole… A part 3 films assez drôles (voir plus bas), le reste était largement dominé par des thèmes basés sur le mal-être, l'incommunicabilité, et autres joyeusetés. Le plus sombre d'entre eux, L.I.E. (Long Island Expresway), est aussi le moins bon. Chronique désabusée d'une certaine jeunesse américaine à la dérive, entre prostitution enfantine et pédophilie, le film de Michael Cuesta nous propose de côtoyer des êtres viciés mais toujours (et inévitablement) humains. Un pari risqué, qui nécessitait forcément un peu d'amour et d'empathie de la part du cinéaste envers ses personnages. Elements malheureusement absents de L.I.E, qui en font une "glauquerie" certes élégante (jolie mise en scène), mais jamais touchante. Sur un thème presque voisin (une jeune fille déséquilibrée par la séparation de ses parents va s'attirer beaucoup de problèmes en voulant à tout prix participer à un concours de poésie), le Blue Car de Karen Moncrieff fait preuve de beaucoup plus de finesse, de tendresse et d'émotion pour un même message : les jeunes ont plus que jamais besoin de repères affectifs et familiaux pour pouvoir se trouver et s'accomplir. Comme quoi il y le message, mais aussi la façon de le faire passer… Un concept que le comédien Nicolas Cage semble, avec sa première réalisation, Sonny, avoir déjà partiellement compris. Son histoire de jeune gigolo, conditionné depuis son enfance par sa mère à gagner de l'argent en échange de faveurs sexuelles, est emplie de fureur, de mal de vivre, mais aussi de poésie et d'amour. Cage parvient à insuffler à son métrage sa propre personnalité, et confirme une sensibilité déjà évidente au vu de sa filmographie. Une seule ombre au tableau : une rumeur insistante voudrait que l'absence à Deauville du réalisateur/comédien soit motivée par une accusation de plagiat concernant le scénario de Sonny, officiellement écrit par John Carlen. La justice tranchera, mais le résultat à l'écran est, quoi qu'il arrive, un joli début derrière la caméra pour Cage.

The Safety Of ObjectsDeux œuvres ont plus particulièrement traité le malaise existentiel commun à tout être humain qui s'interroge sur le pourquoi de son existence. C'est tout d'abord Miguel Arteta qui s'y colle, avec The Good Girl, où une employée de supérette, marièe à un peintre en bâtiment, se demande si la vie n'a rien de plus à offrir. Sa rencontre avec un jeune homme dérangé mais passionné va l'amener à faire un choix décisif, et lui fera comprendre que le bonheur n'est pas forcément aussi intouchable qu'il n'y paraît. Porté par une Jennifer Aniston étonnante (à des lieues de la Rachel de Friends), The Good Girl se distingue par un ton très humain, réaliste et attachant, et parvient à lier comédie et drame en un tout harmonieux, lucide mais plein d'espoir. Des qualités partagées par ce qui restera l'un des meilleurs films du festival, le bouleversant The Safety Of Objects de Rose Troche. En décrivant les dérives existentielles de différentes familles liées par un drame passé, la cinéaste brasse quantité de thèmes (perte de l'être aimé, difficultés de l'adolescence, responsabilités familiales…) avec un égal bonheur. Animé par un casting en état de grâce (Glenn Close est magistrale), The Safety Of Objects bénéficie de plus d'une mise en image élaborée et sensible, toujours à l'affût des failles très humaines de ses personnages. Bref, une œuvre majeure, qui a su parfaitement décoder le malaise lié à la condition humaine et à notre époque moderne.

Kissing Jessica SteinAprès tant d'émotions salvatrices mais éprouvantes, il fût bon de rire, de sourire, ou tout simplement de partager un peu de bonheur avec les personnages projetés à l'écran. Les trois dernières œuvres de la sélection officielle ont en commun le fait qu'elles véhiculent des réflexions profondes tout en adoptant une forme plus légère que le reste des films en compétition. Long Way Home de Peter Sollet n'est pas par son thème si éloigné que ça d'un Blue Car, par exemple, puisqu'il traite de la difficulté pour de jeunes ados d'un quartier difficile de New York d'exprimer leurs sentiments, entre tradition familiales et dictature de l'apparence. Mais Sollet a foi en ses personnages, et montre avec humour et légèreté que l'innocence et la sincérité sont encore de mise en ce bas monde, et que ces notions permettent de développer une relation d'amour durable, quel qu'en soit le théâtre. Un joli message que font passer à merveille des acteurs non-professionnels, mais pleins de talent. Kissing Jessica Stein, de Charles Herman-Wurmfeld, parle lui aussi d'amour, mais d'une façon différente. En narrant l'histoire d'une belle hétéro qui, fatiguée de ne pas trouver l'homme de sa vie, décide de répondre à une annonce lesbienne et rencontre une femme plein de charme, le cinéaste réalise une jolie comédie romantique, drôle et touchante. Rempli de seconds rôles excellemment écrits et interpétés, SecretaryKissing Jessica Stein est de plus un pertinent plaidoyer pour la cause homosexuelle, mais aussi pour l'amour tout court, puisque Herma-Wurmfeld nous dit simplement qu'il faut vivre ses sentiments à fond, quelle que soit la façon dont ils se matérialisent. Un discours encore mieux explicité dans ce qui demeurera certainement la perle du festival, LE film différent des autres, Secretary. Comédie romantique sado-masochiste (!), le film de Steven Shainberg raconte la trouble relation qui s'instaure entre un avocat dominateur et une secrétaire fragile, qui s'auto-mutile afin de se persuader qu'elle est vivante. Croisement étrange entre un Cronenberg joyeux et un Billy Wilder sous acide, le métrage s'applique à nous décrire deux êtres meurtris (incarnés par James Spader et Maggi Gyllenhaal , tous deux stupéfiants) que leurs "déviances" vont rapprocher. Ne refusant jamais la comédie, mais sachant toujours expliciter ses thèmes, Shainberg allie beauté plastique et humour mordant pour ce qui constitue au final une jolie histoire d'amour certes étrange, mais d'amour quand même (surtout). Incontestablement, l'un des sommets du festival…

Si quelques œuvres (The Man From Elysian Fields, le dernier Frankenheimer…) ont malheureusement échappé à notre attention (pas assez d'yeux, d'oreilles et de cerveaux !), ce compte rendu nous semble rendre assez fidèlement les principales caractéristiques de cette 28ème édition du festival du film américain de Deauville : beaucoup de variété, beaucoup de qualité, peu de déchets. Et si le glamour en a pris un coup (peu de stars, on le répète), le cinéma a lui vécu une belle semaine. Quelque part, c'était le but, non ?

 

Laurent Duroche


 

Le palmarès:Long Way Home

Si l'on ne peut que déplorer l'absence dans le palmarès de l'excellent Secretary, on est heureux de voir qu'une oeuvre à cheval entre cinéma de genre et d'auteur comme Photo obsession puisse remporter autant de suffrages. La distinction suprème de Long Way Home récompense la fraîcheur et la sincérité bienvenues du film de Sollett ; un choix assez significatif de la part du jury. Enfin, si la présence dans le verdict final du très froid et un peu vain L.I.E. peut (nous) paraître surprenante, elle n'éclipse pas notre plaisir de voir The Safety Of Objects récompensé de si belle manière. Au final, le jury a su mettre en évidence la diversité de la sélection, même si quelques oubliés auraient mérité plus de faveurs...


 

Webmaster | Qui sommes-nous ? | Nous contacter Publicité | Conditions d'utilisation
(site optimisé pour un affichage sous Internet Explorer en 800x600 ou 1024x768) - CINEXTENSO.COM 2002