Les douze
derniers mois promettaient un renouveau historique du cinéma
gothique hollywoodien, laissé à l'abandon depuis l'échec
commercial douloureux de Dark City. Hélas,
ni Underworld, ni La Ligue des Gentlemen
Extraordinaires, ni Van Helsing ne tiendront
une seconde la comparaison avec l'oeuvre de Proyas, chacun se reposant
avec plus (Van Helsing) ou moins (Underworld)
de moyens sur le simple "pitch" de son script. Loups-garous
+ vampires par-ci, homme invisible + Hyde + immortel + aventurier
légendaire par-là... Des associations fortes et fantasmées
de longue date, mais qui ne dépasseront jamais le stade des
intentions, aussi honnêtes soient-elles.
Le
constat est paradoxalement tout autre du côté des bandes
originales. Si Underworld ne brille pas plus musicalement
qu'à l'écran, le travail de Trevor Jones sur LXG
s'est avéré d'une maîtrise atmosphérique
inouïe, l'auteur y validant des expérimentations holstiennes
entamées sur Dark City (qui partageait sa
partition, quasiment note pour note, avec L'Enjeu).
Retrouvant Stephen Sommers quatre ans après Le
Retour de la Momie,
association qui n'avait pas, loin s'en faut, fait des étincelles,
Alan Silvestri avait fort à faire pour tenir la dragée
haute à Jones et définitivemnt reconquérir
son public. Le résultat n'en est que plus éblouissant
et les notes d'ouvertures sont éloquentes : libéré
de ses complexes et de ses regrets (dire que Bruckheimer lui a ôté
le contrat Pirates des Caraïbes pour le mettre
entre les mains de Klaus Badelt !), Silvestri nous revient dans
une forme olympique, nerveux, piquant, percussif, mystérieux
comme on le connaissait à l'époque de Predator.
Torturée
mais limpide,
bruyante mais captivante,
chorale sans noyer l'orchestre,
la
partition de Van
Helsing est une sorte de napalm sonore composé
"à l'ancienne", chaque
envolée épique se propageant en une nouvelle série
de crescendos (dignes d'un Predator, justement)
avant que le "Final Battle" ne vienne une bonne fois pour
toute assommer tout le monde. Epuisant dans le sens noble du terme
et donc volontairement court, le disque est un concentré
de barbarie symphonique comme on en entend que trop rarement à
Hollywood. Une bande originale puissante, massive, qui trônera
sans honte dans le même rayon que Le Treizième
Guerrier ou Conan le Barbare...