William Friedkin, auteur des incandescents French
Connection, L'Exorciste, Le Convoi de la peur et
Police Fédérale Los Angeles, aura mis près
d'une décennie à reconquérir un public déçu
par une succession de suicides artistiques scandaleux (La Nurse
et Rampage director's cut pour ne pas les citer). Miracle,
c'est aujourd'hui chose faite avec Traqué, un survival
incroyablement primal, affrontement quasi-muet de deux hommes des
cavernes dans un monde qu'ils rejettent. Moins porté sur la
signification que sur la sensation en elle-même, Traqué
ne nécessitait guère un score d'opéra, et Brian
Tyler a saisi les intentions de Friedkin au-delà de toute espérance.
Sourde mais loin d'être retenue, sa partition multiplie les
sonorités diaphanes, qu'elle étend sur un tapis de percussions
tribales qui expriment entre les notes toute la sauvagerie du film.
Plus qu'une uvre symphonique réelle (pas de véritable
thème, peu de phrases musicales au-delà des trois notes),
Traqué s'impose comme une expérimentation sur
l'atmosphère et le rythme, garants d'émotions instantanées
et indéfinissables. En attendant confirmation du talent mélodique
de l'auteur (écoutez pour cela Darkness Falls, plutôt
prometteur dans le genre), ce n'est déjà pas si mal
!