Collaborateur de longue date de Steven Soderbergh (bien qu'on se souvienne
plus généralement de David Holmes, auteur des partitions
funky de Hors d'atteinte et Ocean's 11), Cliff Martinez
peut légitimement s'attribuer la principale, sinon unique réussite
artistique de Solaris. Aux contemplations muettes du réalisateur,
qui flirtent régulièrement avec une métaphysique
de festival, les partitions de Martinez façonnent une personnalité
touchante, voire même une réelle aura d'hypnose. Bâti
autour d'un dialogue étouffé entre basses et aiguës,
sur lesquelles viennent timidement danser quelques crescendos de cordes,
le score de Solaris s'approprie la raison d'être première
du projet : plonger le public au cur d'un microcosme où
l'homme se redécouvre par sa seule pensée, et où
l'émerveillement peut succéder à la peur en une
fraction de seconde. Confronté à des monologues nombrilistes
et fumeux, le spectateur ne pouvait pas réellement puiser de
la soupe de Soderbergh quelque émotion que ce soit. A l'opposé,
bercé par des nappes étranges mais familières
(on pense énormément à Ghost in the Shell,
dont James Cameron, producteur de Solaris, est un grand admirateur
; on doute qu'il s'agisse là d'une coïncidence), l'auditeur
trouvera en l'uvre de Martinez une expérience profondément
viscérale, visant moins ses tympans que son âme.