Quarante morceaux, soit 130 minutes
de musique. Trois mois de composition, plus de trois semaines d'enregistrement
en compagnie du London Symphony Orchestra. A une époque où
la moyenne de temps alloué à une partition de blockbuster
(écriture et sessions) dépasse rarement les vingt
jours, pour un résultat avoisinant les cinquante minutes
d'écoute, les chiffres de production du score de La
Revanche des Sith ont de quoi laisser rêveur.
Il
faut dire que, plus encore que La Menace fantôme
et L'Attaque des Clones, l'Episode III
de Star Wars apparaît comme un événement
majeur dans l'histoire de la musique de film, et la sortie de son
album "concert" (en attendant l'intégrale en double
CD) est une date à marquer d'une pierre blanche. Dernier
acte de la trilogie des préquelles, mais également
et surtout point culminant d'une saga en six épisodes, La
Revanche des Sith devait sonner l'apogée musicale
de La Guerre des Etoiles, en plus de corriger la
légère déception du précédent
opus.
Attendu par les fans depuis la fin des seventies, la fameux duel
entre Anakin et Obi-Wan au dessus d'une rivière de lave allait
en toute logique devenir le défi majeur de Williams de même
que le morceau "signature" de cet ultime épisode,
succédant à la Fanfare Rebelle d'Un
Nouvel Espoir, la Marche Impériale de L'Empire
contre-attaque, le Trône de l'Empereur du
Retour du Jedi, Duel of the Fates de La
Menace Fantôme et Across the Stars de L'Attaque
des Clones. Placée en troisième piste de
l'album, Battle
of the Heroes s'apparente à une version aboutie,
maturée et définitive de l'éblouissant Duel
of the Fates, qui avait en 1999 redéfini
l'ampleur et la texture musicales de la série. L'excitation,
le dynamisme et l'extrême virtuosité qui illustraient
l'affrontement de Qui-Gon Jinn, Obi-Wan Kenobi et Darth Maul (à
savoir le Bien contre le Mal) laisse cependant place ici à
un désespoir et un fatalisme évident, le duel Obi-Wan
/ Anakin ne pouvant connaître une issue heureuse. Plus lent,
plus noir et légèrement moins grisant que Duel
of the Fates (les basses vents et violons sont mises en retrait
par rapport aux accords cuivrés, la mélodie vient
des choeurs plutôt que des cordes), Battle
of the Heroes est bien le climax émotionnel que
l'on espérait, et le morceau de bravoure de ce dernier score.
Nouveaux Thèmes
On
aurait pu craindre que cet Episode III ne se résume
à une transition symphonique entre les thèmes déjà
établis en 1999 et en 2002, et ceux, légendaires,
de la trilogie originale. En un sens, c'est effectivement le cas
: les funérailles de Padmé répondent à
celle de Qui-Gon, l'affrontement Obi-Wan / Anakin (piste 9) annonce
le duel Vader / Luke de L'Empire contre-attaque
et le générique de fin introduit la Marche Rebelle
et le thème de Luke et Leia, qui ne retrouvera plus sa forme
définitive avant Un nouvel espoir. La complexité
narrative et la richesse spectaculaire de La Revanche des
Sith n'en sont pas moins édifiantes, John Williams
trouvant dans les scènes d'action (bataille spatiale, attaque
de Wookies, duels en pagaille) et les nouvelles planètes
(Kashyyk, Utapau, Felucia, Mustafar, Alderaan) matière à
enrichir considérablement la bibliothèque musicale
de Star Wars, dans un registre proche de la scène
des astéroïdes de L'Empire contre-attaque
et du début de la bataille spatiale d'Endor du Retour
du Jedi. Ce premier album n'en dévoile qu'une maigre
poignée, mais le maestro livrera pour Episode III
les variations les plus sombres de nombreux leitmotivs : les Droïdes,
Dooku, Vader, Yoda, l'Empereur...
Seul nouveau personnage majeur
introduit par l'Episode III, le Général
Grevious fera enfin l'objet d'une marche monumentale, mêlant
basses entêtantes, sombre mélodie militaire et contrepoints
chorals impressionnants. Un leitmotiv annexe de très haute
tenue qui, couplé à la puissance de Battle of
the Heroes, aux subtiles citations d'Across the Stars
(le mariage d'Anakin et Padmé est resté secret, et
cela s'entend) et à l'omniprésence du thème
de la Force (qui semble avoir été écrit pour
ce film !), souligne les contrastes inouïs
de
cette bande originale, capable de voguer des accords épiques
les plus massifs (Anakin's Dark Deeds) aux plaintes intimistes
les plus poignantes (Anakin's Dream, Anakin's Betrayal).
Une fois n'est pas coutume, le score profite d'une édition
réellement luxueuse, avec en bonus un DVD de 70 minutes narrant
chronologiquement en seize clips les grands actes de la saga. Une
manière comme une autre d'évaluer le gigantisme de
cette symphonie de douze heures qui, enfin complétée,
peut tranquillement rejoindre Le Seigneur des Anneaux
au panthéon des meilleures musiques de film jamais écrites...
et jamais achevées.
La
transition entre le Main Title et l'ouverture du film,
généralement constituée d'une montée
de flûtes et de violons énigmatiques, fait ici exception
: des accords de cuivres répétés (et joués
un ton plus haut que la partition habituelle) explosent sans crier
gare, plongeant d'emblée l'auditeur dans le chaos de la bataille.
Le thème de la Force (celui de Luke regardant le
coucher des deux soleils pour les deux du fond) est omniprésent
dans La Revanche des Sith, et semblerait presque
avoir été écrit pour cet épisode. Ses
multiples variations (martiale dans l'ouverture, ténébreuse
et chorale dans Battle of the Heroes, réminiscente
dans Anakin's Dream, aventureuse dans Grevious and
the Droids, tragique dans Padmé's Destiny,
douce-amère dans A New Hope) soulignent la fragilité
de la frontière entre les deux côtés de la Force,
et annoncent le basculement irrémédiable de Anakin
vers le côté obscur.
Across the Stars,
signature de L'Attaque des Clones, connaissait
lors de l'épilogue d'Episode II sa variation
définitive, comme son orchestration la plus puissante. Le
mariage d'Anakin et Padmé ayant été tenu secret,
le thème hante La Revanche des Sith comme
un fantôme. La piste Anakin's Dream le relaye notamment
au statut d'accompagnement musical, de ligne secondaire dissimulée
derrière une plainte intimiste au violon. Dès lors,
le leitmotiv ne fera que se dissoudre tout au long du métrage,
disparaissant définitivement lors du dernier acte.
Comme
l'a récemment noté John Williams lui-même, la
partition de La Revanche des Sith devait être
la plus poignante des six épisodes, à défaut
d'être la plus sombre. Il était question d'exprimer
compassion et tristesse face à l'échec des principaux
protagonistes, et non de noyer le spectateur dans l'horreur de la
naissance de Darth Vader. Simple, subtil, voguant de cordes mélancoliques
en choeurs tragiques (Anakin's Betrayal, à partir
de 2'55) avant de gagner une ampleur dantesque en dernière
bobine (Anakin's Dark Deeds, de 2'15 à la fin),
le thème de la Trahison d'Anakin imprègne ainsi le
score au même titre que Battle of the Heroes. Son
orchestration moins rassembleuse risque cependant d'en faire l'un
des leitmotivs les plus mésestimés de toute la saga.
Les Episodes I et II s'étant
fait un plaisir d'annoncer musicalement l'avènement de Vader
(quelques notes du thème d'Anakin et quelques mesures
étouffées lors de la conversation entre Yoda et Obi-Wan
dans La Menace fantôme ; une citation ouverte
du leitmotiv lorsque Anakin avoue le massacre des hommes des sables
devant Padmé dans L'Attaque des Clones,
sans compter la marche impériale lors de l'épilogue),
on s'attendait à ce que La Revanche des Sith
croule sous des mesures bien connues, et en oublie d'enrichir la
bibliothèque symphonique de la saga. La surprise n'en est
que plus grande, puisque le thème de Vader n'éclate
qu'au coeur du combat entre Obi-Wan et Anakin, renvoyant au duel
Vader / Luke sur Bespin et à la cultissime séquence
du "Je suis ton père".
Lucas
chérissant son concept de rimes cinématographiques,
il n'est enfin pas surprenant de retrouver d'autres renvois dans
la partition d'Episode III, vers La Menace
fantôme notamment. Par exemple, les dernières
mesures de Palpatine's Teachings répondent au départ
des héros de Coruscant vers Naboo dans le dernier acte d'Episode
I, tandis que l'enterrement de Padmé répète,
dédouble et enrichit l'orchestration de celui de Qui-Gon
Jinn. Si la gravité des choeurs sied parfaitement à
la situation, on regrettera que Williams n'ait pas substitué
à la citation du thème de la Force (logique
pour un maître Jedi, moins pour une Reine) un ultime renvoi
à Across the Stars. Bien que majestueux et tragique,
le morceau aurait gagné à être plus personnel.
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01
- Star
Wars and The Revenge of the Sith
02 - Anakin's Dream
03 - Battle
of the Heroes
04 - Anakin's Betrayal
05 - General Grevious
06 - Palpatine's Teachings
07 - Grevious and the Droids
08 - Padmé's Ruminations
09 - Anakin Vs Obi-Wan
10 - Anakin's Dark Deeds
11 - Enter Lord Vader
12 - The Immolation Scene
13 - Grevious Talks to Lord Sidious
14 - The Birth of the Twins and Padmé's
Destiny
15 - A New Hope and End Credits