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B.O. RAPIDOS
Par Alexandre Poncet

SPECIAL CINEFONIA

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CINEFONIA
Un label, Un Magazine, Un Projet

Il y a près de deux ans, Cinéfonia naissait des cendres de Dreams, fanzine spécialisé dans la musique de films. Passée la qualité du papier et la beauté de la couverture, une mise en page humble, un cahier critique en apparence fonctionnel et une iconographie se limitant à l'essentiel n'allait pas dissimuler longtemps une incroyable richesse de contenu, hissant la revue au sommet de genre.

On regrettera bien sûr un temps l'absence de prise de risque de nombreux articles analytiques, décrivant avec brio le labeur des compositeurs sans jamais vraiment remettre en question leurs choix, du moins dans le contexte de sortie d'un disque. Un parti pris éditorial atténué depuis lors et que l'on pardonnera aisément, la structure jeune, fragile et courageuse du magazine tenant en grande partie aux bons rapports vis-à-vis des labels et des services de presse.
Cinéfonia, depuis ses débuts, s'est surtout vendu sur la qualité de ses entretiens, tous gigantesques et couvrant l'actualité symphonique mondiale. John Williams, Hans Zimmer, James Horner (un habitué du mag’), Philippe Rombi et Bruno Coulais ont ainsi tous eu l'opportunité de se repencher sans langue de bois sur leur propre travail, la pertinence des question n'ayant d'égal que le pointillisme des thèmes abordés. Dès lors, les mélomanes ne sauraient bouder cette entreprise passionnée, laquelle s'est récemment métamorphosée en label de premier ordre. En attendant leurs prochaines sorties (du Horner !), un petit point s'imposait sur leur superbe catalogue.

Pour en savoir plus : www.cinefonia.com

 

Le Coût de la Vie - Une Employée modèle - Joe Pollox
Philippe Rombi - 74'

A la manière du disque de Swimming Pool qui rassemblait l'ensemble de la collaboration Rombi / Ozon, cette compilation offre de redécouvrir des partitions majeures de Philippe Rombi, trop courtes ou trop peu médiatisées pour faire l'objet d'une édition à part entière en leur temps.

Traitées, montées et mises en parallèle avec pertinence et respect par Jean-Christophe Arlon et Coralie Welcomme de Cinéfonia, dans un fourreau luxueux contenant biographie, filmographie complètes et notes des réalisateurs, ces compositions éclairent de note en note un talent dans le décalage et les contrastes hérité tout droit de Bernard Herrmann. Ecrit en un 7/8 impliquant une impression d'éternellement inachevé, le thème principal du Coût de la vie souligne l'obsession presque maniaque (allers et retours de notes piquées et répétitives) puis la relation quasi-viscérale des protagonistes vis-à-vis de l'Argent (explosion de violons sans la moindre noire, ni le moindre silence). En couplant les deux, Rombi livre donc un leitmotiv herrmannien en Diable, dont l'intelligence et l'attrait irrésistiblement menaçant renvoie à Psychose et Sueurs froides. Introduit par un piano fragile, puis décliné à la guitare, à la harpe et au violon, le second thème se double d'un humanisme romanesque, dont l'apparente simplicité dissimule des trésors de structure et de variations. Construit sur un postulat similaire, Une employée modèle accentue encore un peu ces contrastes en se concentrant sur un seul et unique thème, où le mouvement romantique découle directement de la menace et inversement. Une formidable réussite qui se conclura par un mariage surprenant, une guitare électrique, une basse et une batterie surgonflées venant soutenir l'orchestre dans ses ultimes envolées.

 

L'EXPEDITION JULES VERNE
John Scott - 116'

Le public du Festival Jules Verne de 2004 avaient pu savourer, depuis la scène du Grand Rex, un concert exceptionnel de John Scott organisé par Cinéfonia. Des extraits de L'Expédition Jules Verne, dernier bébé de l'auteur de Greystoke, Nimitz et King Kong 2, avaient été interprétés pour l'occasion par un orchestre de 80 personnes, et laissaient entrevoir un score brillant et épique, respirant dans chacun de ses mouvements le souffle de la Grande Aventure. Un sentiment d'autant mieux véhiculé par cette édition double-disques, sans doute la plus luxueuse du catalogue Cinéfonia.



IL CARTAIO
Claudio Simonetti - 71'

Leader de Goblin, groupe de musique électronique à l'origine des bandes originales de la plupart des Dario Argento de la grande époque, Claudio Simonetti retrouve le réalisateur sur son dernier giallo. Si l'on préférera juger sur pièce, un jour peut-être, la qualité réelle du film, la partition s'inscrit d'ores et déjà dans la droite continuité de l'oeuvre de Simonetti, troquant toutefois ses bidouillages analogiques des années 70 / 80 contre un vocabulaire techno profondément ancré dans les années 2000. Le résultat n'est pas toujours des plus probants, manque de souffle au-delà d'une maîtrise rythmique certaine, mais a au moins le mérite de ne jamais trahir son auteur.

 

DAEMONIA - Live... or dead
2003 - 69'

En ouvrant cet album sur des relectures rock de Halloween de John Carpenter et Tubular Bell (L'Exorciste) de Mike Olfield, Daemonia se place d'emblée dans l'ombre des géants du cinéma d'horreur, avec une humilité qui force le respect. La suite, interprétée live, retrace la carrière du groupe mythique Goblin, notamment à travers sa collaboration avec Argento : Inferno, Opera, Suspiria, Phenomena, Ténèbres ou encore Les Frissons de l'angoisse, qui constituent tous des morceaux de bravoure de l'épouvante des années 70 et 80. Pour les fans comme pour les profanes, cette anthologie vaut le détour.

 

PINO DONAGGIO et le Cinéma Italien
2004 - 66'

Maître incontesté du suspense cinématographique, qui trouva la consécration en illustrant les premiers pas de Joe Dante (Piranha, Hurlements) et Brian DePalma (Carrie, Pulsions, Blow Out), Pino Donaggio est récemment revenu sur le devant de la scène grâce à l'excellent score du Fils de Chucky, héritier autoproclamé du cinéma de DePalma. L'album rétrospectif ici présent joue l'inédit en proposant des partitions récentes et méconnues de l'auteur (Les Banquiers de Dieu, Un Héros ordinaire, La Gibecière), où la maîtrise des cordes, des rythmiques entêtantes et des textures jazzy brille comme à la grande époque.

 

GABRIEL YARED - Film Music Vol. 1
2004 - 46'

Avant d'être oscarisé en 1996 pour Le Patient Anglais de Anthony Minghella, Gabriel Yared n'avait guère marqué de son emprunte le petit monde de la musique de film. En présentant les débuts du maestro, à travers Sauve qui peut la vie (Jean-Luc Godard, 1980) et Malevil (Christian de Chalonge, 1981), ce premier recueil met en exergue l'expressionnisme expérimental des partitions de Yared, qui s'appuyaient alors sur des samples et des recherches synthétiques d'avant garde. A noter que le packaging diffère ici du reste de la collection Cinéfonia, avec deux panneaux uniques et un livret accessible de manière très conventionnelle.

 

GABRIEL YARED - Film Music Vol. 2
2004 - 50'

Centré sur la partition de Camille Claudel de Bruno Nuytten, ce second recueil revient sur le début de la consécration de Yared, avec à la clef une victoire de la musique et une nomination plus que méritée aux Césars en 1989. Tout en violons et en choeurs éthérés, le disque révèle une autre facette du compositeur, plus onirique, plus romantique, celle-là même qui séduira l'académie hollywoodienne. L'année où son score furieux et primal pour le Troie de William Peterson se voyait rejetée au profit de la soupe inimaginative de James Horner, Gabriel Yared méritait bien de la part de Cinéfonia cette petite haie d'honneur.

 

'O PATRONE D'O CANE
Carlo Silitto - 39'

'O Patrone d'O Cane (Le Maître du chien) est un bond en avant dans l'histoire de Cinéfonia, puisqu'il s'agit de la première production intégrale du label, de la composition à l'enregistrement. Partant d'un postulat sans détours, celui d'une expérimentation sur le mouvement autour de mélodies répétitives, le compositeur Carlo Silitto met en application, voire accède à l'aboutissement de son projet dès la seconde piste, morceau de bravoure rythmique de plus de dix minutes. Menée par la répétition de groupes de onze mesures, chacune découpées en quatre triolets, l'orchestration redouble et s'enrichit perpétuellement, tissant une toile texturale d'une rare opacité.

 

UNE VIE / LES AVEUX DE L'INNOCENT
Pierre Ardenot - 79' / 40'

Bien décidés à fournir du matériel rare, voire inédit, les passionnés de Cinéfonia relèvent le pari de rassembler sur deux éditions séparées la quasi intégralité de l'oeuvre de Pierre Ardenot. "Une Vie" réunit ainsi les partitions des films de Elisabeth Rappeneau, "Les Aveux de l'innocent", celles des métrages de Jean-Pierre Ameris. Soit dix oeuvres d'une renversante beauté, mettant en exergue le talent romanesque de Ardenot, artiste fidèle en amitié et également connu pour ses collaborations avec Sam Karmann (A la petite semaine). Une Vie, notamment, dépasse de très loin les limites orchestrales généralement constatées dans un contexte télévisuel.

 

UN COUPABLE IDEAL
Hélène Blazy - 79'

Dernier genre abordé par le catalogue Cinéfonia, le documentaire est aussi l'un des moins représentés dans les bacs des BOF. Bien qu'oscarisé en 2002, Un coupable idéal n'avait jusqu'ici fait l'objet d'aucun traitement de faveur. La bande de Jean-Christophe Arlon corrige cet oubli regrettable, en couplant l'excellente partition de Blazy, mariage ultra-moderne d'acoustique (violons massifs) et de numérique (basses, beats, etc.), avec trois autres oeuvres de l'artiste : Les Migrations de Vladimir, Paris selon Moussa et Qui a tué Cécile Bloch ?. Dans la lignée de ses éditions précédentes, Cinéfonia a de nouveau soigné le packaging, volets dépliables et livret de notes à l'appui.

 

LE LION
Serge Perathoner & Jannick Top - 39'

L'un des buts avoués de Cinephonia est de proposer dans des copies irréprochables des partitions oubliées d'oeuvres télévisuelles. Compositeurs attitrés de Pierre Jolivet (Filles uniques, Le Frère du Guerrier, Force majeure), Serge Perathoner et Jannick Top s'attaquaient en 2003, via Le Lion, à une superbe variation autour du vocabulaire musical africain, percussions et chants à l'appui. Le point de vue européen de l'intrigue leur imposera toutefois de s'accrocher à une orchestration identifiable et de voguer en terrain connu, avec des piano et violons trop polis pour être honnêtes.

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