| AVIATOR
Howard Shore - DECCA - 47'
Certains
rapprocheront sans doute d'emblée la partition d'Aviator
des accents épiques du Seigneur des Anneaux.
Toutefois, une écoute un tantinet plus attentive dévoile
des trésors thématiques aux antipodes d'un Retour
du Roi, et le score s'impose vite comme l'illustration
musicale ultime du phénomène des TOC.
Symétrique, répétitive et entêtante,
la construction des morceaux reflète en elle-même l'essence
de cette maladie, Shore privilégiant en premier lieu une
écriture en mouvement perpétuel : peu de blanches,
quasiment aucune ronde contre un déluge de noires et de croches.
Conséquence directe de ce parti-pris : en dépit d'un
thème impressionnant, la sonorité des notes compte
moins que leur place au sein de la mécanique de la partition.
D'une pureté maniaque, bâties sur des rythmiques carrées
à souhait, les mesures se lient ainsi viscéralement
à la personnalité multiple, complexe et torturée
de Howard Hugues ; son génie émergeant d'une quête
introspective constante (l'exceptionnelle The Mighty Hercules,
où une superbe symphonie cuivrée trouve peu à
peu sa place au sein de cordes atonales et entêtantes), la
folie des grandeurs de ses avions prototypes (l'épique H-1
Racer Plane) ou encore sa perte de contrôle progressive
vis-à-vis de la maladie (Screening Room, cauchemar
obsédant mené par un orchestre de cordes) sont mis
en musique avec un soin étourdissant, menant Aviator aux
cimes de la carrière déjà bien fournie de Howard
Shore. Faut-il rappeler alors que le maestro va s'atteler sous peu
à la partition de King Kong ?
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