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B.O. RAPIDOS
Par Alexandre Poncet

SPECIAL HOWARD SHORE

AVIATOR
Howard Shore - DECCA - 47'

Certains rapprocheront sans doute d'emblée la partition d'Aviator des accents épiques du Seigneur des Anneaux. Toutefois, une écoute un tantinet plus attentive dévoile des trésors thématiques aux antipodes d'un Retour du Roi, et le score s'impose vite comme l'illustration musicale ultime du phénomène des TOC.

Symétrique, répétitive et entêtante, la construction des morceaux reflète en elle-même l'essence de cette maladie, Shore privilégiant en premier lieu une écriture en mouvement perpétuel : peu de blanches, quasiment aucune ronde contre un déluge de noires et de croches. Conséquence directe de ce parti-pris : en dépit d'un thème impressionnant, la sonorité des notes compte moins que leur place au sein de la mécanique de la partition. D'une pureté maniaque, bâties sur des rythmiques carrées à souhait, les mesures se lient ainsi viscéralement à la personnalité multiple, complexe et torturée de Howard Hugues ; son génie émergeant d'une quête introspective constante (l'exceptionnelle The Mighty Hercules, où une superbe symphonie cuivrée trouve peu à peu sa place au sein de cordes atonales et entêtantes), la folie des grandeurs de ses avions prototypes (l'épique H-1 Racer Plane) ou encore sa perte de contrôle progressive vis-à-vis de la maladie (Screening Room, cauchemar obsédant mené par un orchestre de cordes) sont mis en musique avec un soin étourdissant, menant Aviator aux cimes de la carrière déjà bien fournie de Howard Shore. Faut-il rappeler alors que le maestro va s'atteler sous peu à la partition de King Kong ?

 

LA MOUCHE (1987)

Quatrième collaboration avec David Cronenberg, La Mouche apparaît comme l'une des partitions les plus gothiques de Howard Shore. Composé d'une descente d'arpèges d'une puissance phénoménale, le thème principal culminera en un final apocalyptique, soulignant le chemin de croix de Seth Brundle. Sans doute l'une des plus belles partitions du cinéma fantastique, que viendront rejoindre le bouleversant Faux-Semblants (en fausse légèreté puis en cordes plaintives) en 1989 et le schizophrène Le Festin Nu (orchestre halluciné couplé à un jazz expérimental) en 1992. A noter que Shore travaille actuellement à transformer le score de The Fly en opéra, en vue d'une série de représentations à travers le monde courant 2006.

 

LOOKING FOR RICHARD (1994)

Avis aux amateurs comme aux profanes : derrière une thématique certes inaboutie et quelques très légères longueurs, toutes les fondations du Seigneur des Anneaux prenaient vie dès 1994 dans le score faramineux de Looking for Richard, de ses mouvements de cuivres épiques annonçant le thème des Nazguls aux choeurs soutenant les grands moments de la partition. Ceux qui doutaient, avant 2001, de la légitimité du choix du compositeur pour la trilogie de Peter Jackson n'avaient sans doute jamais écouté ce disque, qui restera sans doute parmi les prises de risques les plus marquantes de la carrière de son auteur.


ED WOOD (1995)

Quelque peu en froid avec Danny Elfman après l'implication excessive de ce dernier sur L'Etrange Noël de M. Jack (composition, co-production et interprétation vocale, tout de même), Tim Burton confiera à Howard Shore le soin d'illustrer l'un de ses films les plus personnels. Entre une variation autour du Lac des Cygnes (thèmes de Bela Lugosi) et une utilisation pertinente du theremin, ce fameux instrument à ondes très en vogue dans les années 1950, Ed Wood sera l'un des tout premiers scores à permettre au maestro d'explorer les facettes légères et naïves de sa personnalité, sans que sa maturité ne soit jamais remise en question. Du grand art.

 

SEVEN (1996)
Déjà auteur, via Le Silence des Agneaux, d'une partition de thriller définitive, alliant un humanisme mélancolique à des instants de grande terreur, Howard Shore rencontre David Fincher en 1995 et deviendra logiquement un maillon essentiel de son cinéma. Occasion d'approfondir ses recherches et expérimentations dans le registre de la peur, Seven reste encore aujourd'hui l'une des bandes originales les plus glaçantes jamais écrites. Atonal, oppressant, cousu d'accords répétitifs et de cordes agonisantes, le score trouve son apogée avec la légendaire scène du désert, un morceau de bravoure dont l'auteur saura se souvenir à l'heure du Retour du Roi, pour l'Antre d'Arachné.

 

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