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B.O. RAPIDOS
Par Alexandre Poncet

SPECIAL VARESE SARABANDE

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THE GRUDGE
Christopher Young – Varèse Sarabande – 50’

Christopher Young compte parmi les compositeurs les plus talentueux de la musique de film moderne. Une évidence qui imbibe chaque note de ses premières partitions, de Hellraiser à Hellbound en passant par La Revanche de Freddy et son chef-d’œuvre méconnu, La Mouche 2.

Les années 1990, pourtant riches en symphonies de qualité (Jennifer 8 bien sûr, mais aussi La Part des Ténèbres, Copycat, La Mutante ou Mémoires suspectes), tendent hélas à préserver l’anonymat de l’artiste, faute de long-métrage réellement marquant. On remerciera alors Sam Raimi de penser à lui lorsque Danny Elfman, bloqué sur La Planète des Singes, ne peut honorer le contrat d’Intuitions. La composition à la fois glaçante et mélancolique de Young sur ce film lui assurera une place au générique de Spider-Man 2 (musique additionnelle), et convaincra surtout l’auteur de Evil Dead de lui confier les rênes de The Grudge.
Grand retour de Christopher Young à la terreur pure, The Grudge impose dès l’ouverture un thème horrifique imparable, mariage de piano répétitif et de cordes torturées. Toutefois, il faut bien admettre que la majeure partie de la BO, particulièrement atmosphérique, reste prisonnière des partis pris superficiels du film de Shimizu, et de sa structure basée sur les sursauts et la peur. Affublé d’un rôle trop illustratif, Young fait de son mieux pour livrer une partition aux textures oppressantes et évite de justesse de tomber dans les clichés du genre (à l’inverse du Gothika de John Ottman, par exemple, totalement inaudible sans les images de Kassovitz). En attendant que ce génie hérite enfin du projet qu’il mérite, c’est déjà mieux que rien.

 

24 HEURES CHRONO
Sean Callery – Varèse Sarabande – 60’

Après trois années à ronger notre frein et à tendre l’oreille à chaque nouvel épisode, voici enfin venir sur platine la bande originale de 24 Heures Chrono. L’occasion de répondre à une question fatidique : l’efficacité rythmique de Sean Callery par-dessus les images de Stephen Hopkins et Jon Cassar reste-t-elle intacte à l’écoute seule ?

Faisant partie intégrante d’un renouveau de la musique télévisuelle américaine, aux côtés de Christophe Beck (Buffy, Angel), Robert Duncan (Buffy, Tru Calling) et Michael Giacchino (Alias), Sean Callery n’a visiblement pas bénéficié du budget et des moyens techniques de ses confrères. Orchestrées entièrement sur ordinateur, ses compositions sonnent inévitablement « artificielles » mais n’en restent pas moins riches et percutantes. La construction du thème principal, proposé pour la toute première fois dans sa version complète (les trente secondes du générique de fin ne représentent qu’une pièce infime du morceau), révèle par exemple un vrai talent d’écriture, et il suffirait tout juste d’une retranscription pour grand orchestre pour apposer aux plus grands blockbusters certains segments majeurs (Revenge at the Dock, Helicopter Chase et le brillant Season 2 Finale). Construit autour des scènes clés des trois premières saisons, ce disque tant attendu effleure donc de très près le potentiel de ses morceaux de bravoure, lesquels n’ont aucun mal, même en l’état, à emporter l’auditeur.

 

ELEKTRA
Christophe Beck – Varèse Sarabande – 45’

Cela fait des années que l’on bave devant les saisons 1 à 5 de Buffy contre les Vampires, tendant vaillamment l’oreille afin de grappiller une note ou deux de la formidable partition que lui avait consacrée Christophe Beck.

Tandis que la rédaction, à bout de souffle à force de courir le Net à la recherche de pistes inédites et de bootlegs miraculeux, s’approchait inexorablement de la syncope, un événement est venu nous tirer d’affaire in extremis. Après s’être fourvoyé dans des entreprises indignes de son rang (Le Smoking, Garfield, le remake de Taxi, American Pie 3, Just Married… C’est triste mais vrai), Christophe Beck reprend aujourd’hui du poil de la bête et accepte d’assumer les fantasmes de ses fans de la première heure. Car Elektra n’est ni plus ni moins qu’un cadeau, une bénédiction et une bouffée d’air frais pour qui a goutté, ne serait-ce que du bout des lèvres, au score inoubliable de l’épisode « Hush » de Buffy. Tout en percussions, en expérimentations rythmiques, en textures primales, Elektra évite de s’enfermer dans un registre thématique, fuit même le moindre leitmotiv. Ici, la sensation compte davantage que le sens, un parti pris que le jeune maestro connaît sur le bout des ongles. En résulte une partition sourde, lancinante, en acier trempé sans être bêtement machinale. Une partition de chemin de croix qui, logiquement, retrouvera sa mélodie et ses instruments acoustiques en toute fin de parcours. Dire que certains ont mépris cette narration musicale terriblement logique pour de la paresse d’écriture…

 

ANACONDAS
Nerida Tyson-Chew – Varèse Sarabande – 61’

Lamentable, ennuyeux et sans le moindre intérêt scénique, Anacondas se rattrape fort heureusement sur platine. Loin des images de ce bon vieux Dwight Little (lequel s’était trouvé depuis 1992, pourtant, une once de talent pour le format télévisé), la partition de Nerida Tyson-Chew s’avère fluide, mystérieuse et planante. Si la thématique reste sommaire et l’orchestration attendue (percussions boisées et flûte de pan en pagaille), l’atmosphère travaillée nous rappelle que Tyson-Chew a débuté dans le giron de Shirley Walker sur la série animée Batman. On a connu pire école.

 

MEMOIRE EFFACEE
James Horner – Varèse Sarabande – 60’

Largement en panne d’inspiration ces derniers temps (il n’y a qu’à écouter Troie), James Horner ne semble paradoxalement plus refuser aucune proposition. Réalisé par Joseph Ruben, le très oubliable thriller Mémoire effacée aurait pu aggraver encore la situation, mais il faut bien admettre les efforts consentis ici par le compositeur. Intimiste, éthéré, porté par un piano et un violon, le score enveloppe l’auditeur et se permet des textures dignes du James Newton Howard du Village. Horner serait-il enfin décidé à remonter la pente ?

 

L'ENLEVEMENT
Craig Armstrong – Varèse Sarabande – 55’

On ne l’expliquera pas, mais la partition de L’Enlèvement ressemble comme deux gouttes d’eaux à celle de Mémoire effacée, d’une atmosphère planante distillée par un vibrato de violon à un piano gracile frôlant les marteaux à chaque note, en passant par quelques sursauts de basses numériques. Une coïncidence (on voit mal Armstrong épier Horner par-dessus l’épaule, ni réciproquement) mise en exergue par le planning de sortie de Varèse, qui sort les deux BO exactement en même temps ! On notera juste une maîtrise légèrement supérieure du côté de l’auteur de Braveheart, mais tout ceci reste très subliminal.


ASSAUT SUR LE CENTRAL 13
Graeme Revell – Varèse Sarabande – 43’

Les lecteurs de longue date de Cinextenso savent tout le bien que l’on pense de Graeme Revell, papa de The Crow et des Chroniques de Riddick. Alors quand celui-ci se voit confiée la tâche de succéder à Carpenter sur le remake de Assaut… On aimerait crier au génie face à une telle rencontre, mais il faut bien admettre que cette relecture se perd dans une soupe atmosphérique plus ou moins digeste hors du contexte de l’image, si l’on excepte une idée thématique passionnante : une double boucle musicale, entre rap agressif, balade mélancolique et violons libérateurs, encadrant le huis-clos claustrophobique de l’intrigue.

 

LA CARAVANE DE L'ETRANGE
Jeff Beal – Varèse Sarabande – 60’

Compositeur productif, Jeff Beal semble avoir trouvé, avec La Caravane de l’étrange, le moyen de s’échapper, enfin, de son anonymat. Au son d’un violon pastoral, d’une sitar, d’une trompette, de cordes sèches et de voix féminines mélancoliques, les notes de Carnivale suivent dans l’intimité les âmes errantes de la série, et projettent l’auditeur dans leur perpétuel voyage. Les percussions légères et la mélodie entraînante du thème principal, contrastées par un piano désaccordé, contribuent à l’atmosphère décalée et onirique qui émane de la pellicule, et situe ce score quelque part entre les œuvres de Elfman et Badalamenti.

 

TERREMER
Jeff Rona – Varèse Sarabande – 67’

Mini-série chapeautée par Sci-Fi Channell, Earthsea surfe visiblement sur la vague heroic fantasy initiée par Le Seigneur des Anneaux. Un genre propice aux plus grandes extravagances orchestrales et aux thématiques les plus variées, mais si l’on saluera la beauté du leitmotiv d’ouverture, démonstration des talents de Jeff Rona dans le registre ethnique, difficile de s’enthousiasmer outre mesure pour le reste de sa composition, maelstrom peu impliqué de cordes scandinaves et de cuivres moyenâgeux. Un album non dénué de savoir-faire mais qui aurait nécessité un traitement thématique autrement plus caractérisé et fort.

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