THE GRUDGE
Christopher Young – Varèse Sarabande – 50’
Christopher
Young compte parmi les compositeurs les plus talentueux de la musique
de film moderne. Une évidence qui imbibe chaque note de ses
premières partitions, de Hellraiser à
Hellbound en passant par La Revanche de
Freddy et son chef-d’œuvre méconnu, La
Mouche 2.
Les années 1990, pourtant riches en symphonies de qualité
(Jennifer 8 bien sûr, mais aussi La
Part des Ténèbres, Copycat,
La Mutante ou Mémoires suspectes),
tendent hélas à préserver l’anonymat
de l’artiste, faute de long-métrage réellement
marquant. On remerciera alors Sam Raimi de penser à lui lorsque
Danny Elfman, bloqué sur La Planète des Singes,
ne peut honorer le contrat d’Intuitions. La composition à
la fois glaçante et mélancolique de Young sur ce film
lui assurera une place au générique de Spider-Man
2 (musique additionnelle), et convaincra surtout l’auteur
de Evil Dead de lui confier les rênes de
The Grudge.
Grand retour de Christopher Young à la terreur pure, The
Grudge impose dès l’ouverture un thème
horrifique imparable, mariage de piano répétitif et
de cordes torturées. Toutefois, il faut bien admettre que
la majeure partie de la BO, particulièrement atmosphérique,
reste prisonnière des partis pris superficiels du film de
Shimizu, et de sa structure basée sur les sursauts et la
peur. Affublé d’un rôle trop illustratif, Young
fait de son mieux pour livrer une partition aux textures oppressantes
et évite de justesse de tomber dans les clichés du
genre (à l’inverse du Gothika de John
Ottman, par exemple, totalement inaudible sans les images de Kassovitz).
En attendant que ce génie hérite enfin du projet qu’il
mérite, c’est déjà mieux que rien.
24 HEURES CHRONO
Sean Callery – Varèse Sarabande – 60’
Après
trois années à ronger notre frein et à tendre
l’oreille à chaque nouvel épisode, voici enfin
venir sur platine la bande originale de 24 Heures Chrono.
L’occasion de répondre à une question fatidique
: l’efficacité rythmique de Sean Callery par-dessus
les images de Stephen Hopkins et Jon Cassar reste-t-elle intacte
à l’écoute seule ?
Faisant partie intégrante d’un renouveau de la musique
télévisuelle américaine, aux côtés
de Christophe Beck (Buffy, Angel),
Robert Duncan (Buffy, Tru Calling)
et Michael Giacchino (Alias), Sean Callery n’a
visiblement pas bénéficié du budget et des
moyens techniques de ses confrères. Orchestrées entièrement
sur ordinateur, ses compositions sonnent inévitablement «
artificielles » mais n’en restent pas moins riches et
percutantes. La construction du thème principal, proposé
pour la toute première fois dans sa version complète
(les trente secondes du générique de fin ne représentent
qu’une pièce infime du morceau), révèle
par exemple un vrai talent d’écriture, et il suffirait
tout juste d’une retranscription pour grand orchestre pour
apposer aux plus grands blockbusters certains segments majeurs (Revenge
at the Dock, Helicopter Chase et le brillant Season
2 Finale). Construit autour des scènes clés des
trois premières saisons, ce disque tant attendu effleure
donc de très près le potentiel de ses morceaux de
bravoure, lesquels n’ont aucun mal, même en l’état,
à emporter l’auditeur.
ELEKTRA
Christophe Beck – Varèse Sarabande – 45’
Cela
fait des années que l’on bave devant les saisons 1
à 5 de Buffy contre les Vampires, tendant
vaillamment l’oreille afin de grappiller une note ou deux
de la formidable partition que lui avait consacrée Christophe
Beck.
Tandis que la rédaction, à bout de souffle à
force de courir le Net à la recherche de pistes inédites
et de bootlegs miraculeux, s’approchait inexorablement de
la syncope, un événement est venu nous tirer d’affaire
in extremis. Après s’être fourvoyé dans
des entreprises indignes de son rang (Le Smoking,
Garfield, le remake de Taxi, American
Pie 3, Just Married… C’est
triste mais vrai), Christophe Beck reprend aujourd’hui du
poil de la bête et accepte d’assumer les fantasmes de
ses fans de la première heure. Car Elektra
n’est ni plus ni moins qu’un cadeau, une bénédiction
et une bouffée d’air frais pour qui a goutté,
ne serait-ce que du bout des lèvres, au score inoubliable
de l’épisode « Hush » de Buffy.
Tout en percussions, en expérimentations rythmiques, en textures
primales, Elektra évite de s’enfermer
dans un registre thématique, fuit même le moindre leitmotiv.
Ici, la sensation compte davantage que le sens, un parti pris que
le jeune maestro connaît sur le bout des ongles. En résulte
une partition sourde, lancinante, en acier trempé sans être
bêtement machinale. Une partition de chemin de croix qui,
logiquement, retrouvera sa mélodie et ses instruments acoustiques
en toute fin de parcours. Dire que certains ont mépris cette
narration musicale terriblement logique pour de la paresse d’écriture…
Lamentable, ennuyeux
et sans le moindre intérêt scénique, Anacondas
se rattrape fort heureusement sur platine. Loin des images de ce
bon vieux Dwight Little (lequel s’était trouvé
depuis 1992, pourtant, une once de talent pour le format télévisé),
la partition de Nerida Tyson-Chew s’avère fluide, mystérieuse
et planante. Si la thématique reste sommaire et l’orchestration
attendue (percussions boisées et flûte de pan en pagaille),
l’atmosphère travaillée nous rappelle que Tyson-Chew
a débuté dans le giron de Shirley Walker sur la série
animée Batman. On a connu pire école.
MEMOIRE
EFFACEE
James Horner – Varèse Sarabande – 60’
Largement en panne d’inspiration ces derniers temps (il
n’y a qu’à écouter Troie),
James Horner ne semble paradoxalement plus refuser aucune proposition.
Réalisé par Joseph Ruben, le très oubliable
thriller Mémoire effacée aurait pu
aggraver encore la situation, mais il faut bien admettre les efforts
consentis ici par le compositeur. Intimiste, éthéré,
porté par un piano et un violon, le score enveloppe l’auditeur
et se permet des textures dignes du James Newton Howard du Village.
Horner serait-il enfin décidé à remonter la
pente ?
On ne l’expliquera pas, mais la partition de L’Enlèvement
ressemble comme deux gouttes d’eaux à celle de Mémoire
effacée, d’une atmosphère planante
distillée par un vibrato de violon à un piano gracile
frôlant les marteaux à chaque note, en passant par
quelques sursauts de basses numériques. Une coïncidence
(on voit mal Armstrong épier Horner par-dessus l’épaule,
ni réciproquement) mise en exergue par le planning de sortie
de Varèse, qui sort les deux BO exactement en même
temps ! On notera juste une maîtrise légèrement
supérieure du côté de l’auteur de Braveheart,
mais tout ceci reste très subliminal.
ASSAUT
SUR LE CENTRAL 13
Graeme Revell – Varèse Sarabande – 43’
Les lecteurs de longue date de Cinextenso savent tout le bien que
l’on pense de Graeme Revell, papa de The Crow
et des Chroniques de Riddick. Alors quand celui-ci
se voit confiée la tâche de succéder à
Carpenter sur le remake de Assaut… On aimerait crier au génie
face à une telle rencontre, mais il faut bien admettre que
cette relecture se perd dans une soupe atmosphérique plus
ou moins digeste hors du contexte de l’image, si l’on
excepte une idée thématique passionnante : une double
boucle musicale, entre rap agressif, balade mélancolique
et violons libérateurs, encadrant le huis-clos claustrophobique
de l’intrigue.
LA
CARAVANE DE L'ETRANGE
Jeff Beal – Varèse Sarabande – 60’
Compositeur productif, Jeff Beal semble avoir trouvé, avec
La Caravane de l’étrange, le moyen
de s’échapper, enfin, de son anonymat. Au son d’un
violon pastoral, d’une sitar, d’une trompette, de cordes
sèches et de voix féminines mélancoliques,
les notes de Carnivale suivent dans l’intimité
les âmes errantes de la série, et projettent l’auditeur
dans leur perpétuel voyage. Les percussions légères
et la mélodie entraînante du thème principal,
contrastées par un piano désaccordé, contribuent
à l’atmosphère décalée et onirique
qui émane de la pellicule, et situe ce score quelque part
entre les œuvres de Elfman et Badalamenti.
TERREMER
Jeff Rona – Varèse Sarabande – 67’
Mini-série chapeautée par Sci-Fi Channell, Earthsea
surfe visiblement sur la vague heroic fantasy initiée par
Le Seigneur des Anneaux. Un genre propice aux plus
grandes extravagances orchestrales et aux thématiques les
plus variées, mais si l’on saluera la beauté
du leitmotiv d’ouverture, démonstration des talents
de Jeff Rona dans le registre ethnique, difficile de s’enthousiasmer
outre mesure pour le reste de sa composition, maelstrom peu impliqué
de cordes scandinaves et de cuivres moyenâgeux. Un album non
dénué de savoir-faire mais qui aurait nécessité
un traitement thématique autrement plus caractérisé
et fort.