En dépit d'un premier disque essentiellement
promotionnel, où s'entrecroisaient des groupes underground
célèbres (joli paradoxe) dont les chansons n'apparaissaient,
pour la plupart, dans aucune scène du film, la bande originale
de Matrix Reloaded était une réussite
exceptionnelle. Techniquement, la suite techno "Mona
Lisa Overdrive" érigeait un nouveau standard d'électro-orchestral.
Thématiquement, "Burly Brawl" allait jusqu'à
absorber les enjeux mêmes du métrage, opposant dans
une bataille auditive effrénée synthétiseurs
et orchestre, numérique et analogique, programme et vivant
(d'où une signature "Don Davis Vs Juno Reactor"
on ne peut plus pertinente). Enfin, les quelques extraits proposés
du score de Don Davis laissaient évaluer toute la complexité
de ses compositions, partagées entre une science-fiction
Holstienne (l'arrivée du Nebbuchadnezzar à Zion) et
des leitmotivs privilégiant l'utilité thématique
des sonorités à leur impact immédiat (le désormais
légendaire Main Titles et ses très nombreuses déclinaisons).
On remerciera par conséquent Warner d'avoir mis en avant,
pour Revolutions, le travail titanesque de l'artiste,
les digressions FM se limitant ici à un seul titre, hélas
placé en milieu d'écoute.
Depuis le feu vert des suites, Don Davis a toujours affiché
son souhait de composer, à l'occasion de l'épisode
de clôture, son premier vrai score épique. Diffusé
en forme de teaser, fin septembre 2003, sur son site officiel, le
premier extrait de Revolutions dévoilait
une extension logique des oeuvres précédentes (accords
répétitifs de cuivres et dissonnances en pagaille,
sonorité métallique inchangée du thème
principal), autant qu'une orientation très prononcée
vers le tout choral. Ecrit en sanscrit et clamé par une armée
de voix masculines, le morceau phare de Revolutions,
"Neodämmerung", flirte effectivement avec les accents
d'un Conan ou d'un "Duel of the Fates",
voire de La Malédiction. La maîtrise
chorale de Davis, prometteuse dans En Territoire Ennemi,
s'avère certes bien inférieure à celle de Poledouris,
Williams et Goldsmith, l'auteur tendant à noyer sa partition
d'un trop plein de notes et d'instruments. Ce grand final déchaîné
(piste 12) aurait donc gagné à faire preuve de plus
simplicité, mais l'effet est bien là : les envolées
sont grisantes, rythmées et barbares, et ne trahissent jamais
le projet musical façonné par Davis depuis 1999. Souvent
atonale, bien que s'autorisant quelques échappées
lyriques et/ou intimistes via le love theme de Neo et Trinity et
l'hymne au courage des hommes de Zion, la partition de Matrix
Revolutions repose sur le poids des cuivres et des percussions,
et nous livre une succession de suites primitives à réveiller
un mort. Portée par un jusqu'au-boutisme rare (en tout cas
bien supérieur aux ambitions des frères Wachowski
sur ce dernier épisode), et de nouveau soutenue par les expérimentations
techno de Juno Reactor, l'oeuvre remue et fascine, clôturant
cette trilogie musciale dans le tumulte et la fureur. Seuls quelques
accents religieux en piste 14, jolis mais difficilement supportables
en apposition des images, viendront légèrement ternir
le tableau. L'orientation biblique des frères Wachowski rendait
de toute façon ce "choix" symphonique difficilement
évitable...
01 - Main Titles - Logos
02 - The Trainman Cometh (Don Davis & Juno Reactor)
03 - Tetsujin (Don Davis & Juno Reactor)
04 - In my Head (Pale 3)
05 - The Road to Sourceville
06 - Men in Metal
07 - Niobe's Run
08 - Women can drive
09 - Moribund Mifune
10 - Kidfriend
11 - Saw Bitch Workhorse
12 - Trinity Definitely
13 - Neodämmerung
14 - Why, Mr Anderson
15 - Spirit of the Universe
16 - Navras (Don Davis Vs Juno Reactor)