Du haut de son demi-siècle de carrière,
Elmer Bernstein est l’un des derniers rescapés du Hollywood
d’antan (lui et Jerry Goldsmith ont débuté dans
le métier à peu près au même moment) et
est plus apte que quiconque à traduire en phrases musicales
l’essence même des années 50 américaines.
La réussite de Loin du Paradis, drame intimiste
ancré dans les fifties, n’est donc pas un hasard. Sincère
et allergique pour l’occasion à tout m'as-tu vu orchestral,
Bernstein confie à ses pianos et violons des partitions limpides,
presque naïves, à l’émotion sans détour.
A l’évidence, ces partis pris auraient enfermé
la plupart des compositeurs actuels dans un bête exercice de
rigueur mélodramatique (il suffit de se souvenir de la soupe
servie par Mark Isham au Majestic de Frank Darabont)
; ils relèvent au contraire chez Bernstein d'une finesse rare
d’écriture et d’interprétation, où
d'innombrables nuances soulignent entre les notes la solitude de protagonistes
marginalisés par un monde de faux-semblants.