Confirmation
après Mimic et Blade 2
: Marco Beltrami n'est jamais aussi bon que lorsqu'il compose pour
Guillermo Del Toro. De fait, la partition de Hellboy
n'est, à l'image du film, pas le feu d'artifices auquel ont
pouvait s'attendre ; sa construction thématique et ses sonorités
d'outre tombe n'en restent pas moins passionnantes.
Hellboy, avant
tout une oeuvre d'exposition, s'évertue à installer
un climat, un univers, une mythologie, des personnages et les divers
liens qui les unissent. Intelligemment, Del Toro et Beltrami n'ont
pas opté pour un score à la Van Helsing,
à savoir thématiquement assez peu défini mais
dont l'enveloppe risque de faire chauffer les enceintes des amateurs
de son épique pour les cinq années à venir.
Au bulldozer symphonique attendu se substitue ici une pesante atmosphère
macabre, éclatant dans des morceaux imparables tels Oct
7th 1944 (trompette lugubre et cordes lancinantes), Snow
Walkers (choeurs étouffés, violons et flûtes)
ou Kroenen's Lied (violon, bariton et soprano).
Si Beltrami réveille
ses cuivres au détour de quelques instants d'action (Fireproof,
Nazis), le plus gros du score réside dans la construction
et l'évolution des divers leitmotivs, appliqués moins
à des personnages précis qu'à des relations
spécifiques entre les protagonistes. Ainsi, en changeant
progressivement de tonalité, le langoureux thème de
Liz Sherman évoquera tour à tour l'enfance maudite
du personnage, sa romance avec l'agent Myers, puis sa love story
avec Hellboy (Hellboy & Liz). Le thème du vieux
Broom, introduit dans le premier acte du film par un piano discret
(absent du disque), sera quant à lui donné en d'héritage
à Hellboy, son fils adoptif, au cours d'une scène
de funérailles (Father's Funeral). Une variation
pour cordes marquera cette transition douloureuse avant que le héros
ne s'approprie définitivement les notes, lors d'un affrontement
brutal au cours du dernier chapitre du film (passage honteusement
absent du CD). Le thème du père se mêlera dès
lors au leitmotiv original du grand rouge (celui du Main title),
imposant définitivement toute la complexité et l'héroïsme
du personnage (Stand By Your Man, superbe). Oeuvre réfléchie
et tout aussi sensible, Hellboy est ainsi une réussite
sur tous les fronts, dont l'apparente simplicité ne cache
pas bien longtemps une technique narrative sans faille. Chapeau
Marco, on attend la suite !