Intéressantes, enchanteresses et efficaces,
les bandes originales de L'Ecole des sorciers et
La Chambre des secrets comptaient parmi les réussites
récentes de la carrière de John Williams, sans pour
autant crever le plafond d'un Temple Maudit ou
d'un Empire contre-attaque. A en juger par l'originalité,
la personnalité et la fougue du Prisonnier d'Azkaban,
la présence fantomatique de Chris Columbus derrière
la caméra n'était pas totalement étrangère
au boulet qui retenait sur terre les envolées du compositeur.
Film
ravissant et magique succédant à deux épisodes
émotionnellement morts, Le Prisonnier d'Azkaban
doit toute sa réussite à l'implication jusqu'au-boutiste
de son réalisateur. Vraisemblablement, lorsqu'il ne chorégraphiait
pas des plans séquences improbables, dignes des expérimentations
les plus folles d'un Bob Zemeckis, Alfonso Cuaron poussait John
Williams jusque dans ses ultimes retranchements, lui commandant
des solos éthérés là où Columbus
implorait un traitement "London orchestral". Le résultat,
à l'écran comme à l'écoute, s'avère
éblouissant. De mémoire, on n'avait pas entendu Williams
aussi inspiré depuis La Menace Fantôme,
voire La Liste de Schindler. Refusant la notion
même de facilité, le compositeur le plus envié
d'Hollywood a pris des risques gigantesques, s'essayant à
la musique de chambre (Aunt Marge's Waltz), au jazz débridé
(The Knight Bus), à la chansonnette d'Halloween,
estampillée XVIème siècle (Double Trouble),
au monologue de flûte écossaise (A Window to the
Past), ou à la balade moyen-âgeuse (Hagrid
the Professor). Des choix systématiquement payants,
tant la partition invite à chaque nouvelle mesure au voyage,
non seulement géographique mais aussi et surtout temporel.
D'une
variété et d'une cohérence éreintantes,
Le Prisonnier d'Azkaban ajoute enfin pas moins
de six nouveaux leitmotivs à l'univers de Harry Potter,
de loin les plus beaux et les plus aboutis de la saga. Hérité
de ses parents, le nouveau thème de Harry (A Window to
the Past) illustre par exemple toute la mélancolie de
son existence, tandis que la majesté du vol de l'Hypogriffe
Buck (Buckbeak's Flight) inonde l'auditeur d'un sentiment
d'émerveillement rare. Si quelques pistes éparses
font honneur au style cuivré et épique de leur auteur
(The Whomping Willow et Quidditch, Third Year),
livrant leur lot de roulements de tambours et de sensations fortes,
c'est donc le calme, la sérénité et la magie
de l'album que l'on retiendra par dessus tout, et qui feront à
coup sûr de ce Prisonnier d'Azkaban une date
importante dans l'histoire de la musique de film. Mike Newell, réalisateur
de la prochaine Coupe de Feu, n'étant pas
reconnu pour être un grand directeur musical, il nous faudra
attendre l'adaptation de L'Ordre du Phoenix pour
assister à une nouvelle collaboration entre Cuaron et Williams
qui, espérons-le, n'en resteront pas à ce premier
coup de maître.
01 – Lumos (Hedwig's Theme)
02 – Aunt Marge's Waltz
03 – The Knight Bus
04 – Apparition on the Train
05 – Double Trouble
06 – Buckbeak's Flight
07 – A Window to the Past
08 – The Whomping Willow and the Snowball Fight
09 – Secrets of the Castle
10 – The Portrait Gallery
11 – Hagrid the Professor
12 – Monster Books and Boggarts
13 – Quidditch, Third Year
14 – Lupin's Transformation and Chasing Scabbers.
15 - The Patronus Light
16 - The Werewolf Scene
17 - Saving Buckbeak
18 - Forward to Time Past
19 - The Dementors Converge
20 - Finale
21 - Mischief Managed !