La
genèse de la bande originale de Troie a
tout pour devenir un cas d'école digne de celle du Treizième
Guerrier. Refusée par la production et le public
des projections tests un petit mois avant la sortie mondiale du
métrage, la partition de Gabriel Yared a laissé vaquante
l'une des illustrations musicales les plus attendues de l'année
2004. Un compositeur allait donc devoir accepter, mais surtout assumer
la tête haute une mission improbable : rédiger, orchestrer
et enregistrer un score épique de plus de cent vingt minutes,
sur une période de trois petites semaines...
Bien connu pour sa faculté
à déguiser savamment des photocopies de ses oeuvres
passées en nouvelles bandes "originales", le prolifique
James Horner (pas moins de quatre titres en 2003, trois en 2004
et déjà un prévu pour 2005 !) était
le sauveur idéal, l'homme de la situation. De fait, à
l'écoute du disque, un bon tiers de la partition découle
de précédentes compositions, notamment ce pattern
de quatre notes répété par les cuivres tout
au long de l'album (cf. Achilles Leads the Myrmidons ou
The Wooden Horse), hérité du thème
principal de Stalingrad, faisant lui-même
écho à une phrase musicale de Titanic
! Briseis and Achilles offre un autre exemple éloquent
en citant les moments intimistes de Braveheart,
mais aussi Lawrence d'Arabie de Maurice Jarre.
On pardonnera toutefois à Horner ce dernier réflexe,
l'imagerie de Troie comme la présence de
Peter O'Toole se prêtant favorablement à ce type d'hommage.
Tout
ceci étant dit, la partition de Troie s'avère
infiniment plus intéressante que les précédentes
signatures de Horner, et ce pour deux raisons majeures. En premier
lieu, le maestro parvient ici, pour la première fois depuis
Le Masque de Zorro, à créer des pièces
épiques parfaitement originales, voire pour certaines anthologiques
(The Greek Army and its Defeat et The Trojans Attack).
Sur ce point, Troie remplit haut la main son contrat,
sans avoir à singer à aucun moment Conan le
Barbare, Le Treizième Guerrier
ou Le Seigneur des Anneaux. Mûr, doué
d'une forte personnalité et d'un style reconnaissable parmi
cent, Horner est resté fidèle à lui-même,
jusqu'à livrer pour Achilles un thème échappant
au tout venant de la bravoure hollywoodienne.
En
second lieu enfin, Troie permet à son compositeur
d'exorciser ouvertement la frustration de La Passion du
Christ : écarté pour on ne sait quelle raison
du métrage de Mel Gibson au profit de John Debney, Horner
avait semble-t-il effectué des recherches en amont sur les
sonorités et chorales éthniques, et le fruit de son
labeur se retrouve logiquement au menu du film de Wolfgang Peterson.
Des morceaux tels que 3200 Years Ago ou Hector's Death
laissent ainsi entrevoir ce qu'aurait donné La Passion
sous la coupelle du compositeur de Braveheart et
apporte à Troie une dimension supplémentaire.
Certes, les détracteurs systématiques
de Horner trouveront toujours matière à condamner
(vue l'inanité de la chanson de clôture, pas forcément
à tort !), mais force est d'admettre, sinon le retour en
force d'un très grand musicien, le regain en passion du compositeur
et ses efforts thématiques évidents.
Généreux et souhaitant permettre
au public de faire son propre choix entre les deux partitions, l'auteur
du Patient Anglais vient de diffuser sur son
site Internet de nombreux extraits de son
score rejeté pour Troie. D'une durée
de 32 minutes, cette "bande originale" dépasse
selon nous en intensité celle, pourtant fort honorable, de
James Horner, en offrant une sonorité bien plus ancienne
et un thème principal holstien à se damner (Approach
of the Greek, partagée entre grosses percussions, choeurs
épiques et cuivres entêtants). Extrêmement percussive,
la composition recèle des trésors d'imagination et
de brutalité, comme en témoigne le combat entre Achilles
et Hector, bercé en contrepoint par un chant féminin
déchirant. Des envolées wagnériennes (A
Prince's Welcome, D-Day Landing) viennent en rajouter dans
la grandeur de l'ensemble. Ironie du sort : la partition ressemble
par moments énormément à celle, tout aussi
éthnique, que Graeme Revell avait dédiée aux
Mangeurs de Morts, avant que Michael Crichton et
John McTiernan ne fassent appel aux services de Jerry Goldsmith
et que le film ne soit rebaptisé Le Treizième
Guerrier...
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01 – 3200 Years Ago
02 – Troy
03 – Achilles Leads The Myrmidons
04 – The Temple of Poseidon
05 – The Night Before
06 – The Greek Army and its Defeat
07 – Briseis and Achilles
08 – The Trojan Attack
09 – Hector's Death
10 – The Wooden Horse and the Sacking of Troy
11 – Through the Fires, Achilles... And Immortality
12 – Remember (Josh Groban with Tanja Tzarovska)