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SYMPHONIFILM
Près de l'open bar, justement (désolé, on
traîne où on peut), nous avons eu l'occasion de rencontrer
l'équipe de Symphonifilm, dont le projet s'avère étonnamment
inédit dans l'industrie de la musique de film hexagonale.
Il faut savoir avant toute chose qu'en France, sauf exceptions dues
au budget conséquent alloué à une bande originale
particulière (Rombi et son orchestre attitré, par
exemple, échappent à la règle), la plupart
des partitions sont enregistrées à Sofia, en Bulgarie,
par une formation symphonique locale. La communication difficile
(compositeur au traducteur au chef d'orchestre à l'orchestre,
et inversement) se montrant peu compatible avec un temps de production
plus que modeste (souvent moins d'une semaine de sessions), les
BOF obtenues correspondent rarement aux désirs originels
de leurs auteurs, et omettent quasi systématiquement les
idées d'orchestrations qu'ils auraient pu avoir durant l'enregistrement,
restées au stade de la théorie.
Dans
ce contexte, et dans une humble mesure, ce que propose Symphonifilm
est effectivement une première pour l'industrie française,
qui n'avait pas pensé jusqu'ici à monter un projet
comparable à l'Hollywood Orchestra de Los Angeles. Créée
il y a près d'un an et demi par trois compositeurs, Eric
Prados, Frédéric Prados et Steve Journé, qui
avaient quelques temps auparavant expérimenté eux-même
la galère bulgare, la société a rassemblé
autour de son chef d'orchestre Steve un ensemble de 45 musiciens,
afin qu'un orchestre de 17 personnes soit toujours disponible en
cas de besoin, pour un coût raisonnable, dans le cadre de
la création d'une bande originale. Se reunissant tous les
quinze jours pour répéter, les interprètes
sortis pour la plupart du conservatoire ont été formés
aux techniques d'enregistrement de la musique de film, et ont dû
passer par des tests assez insensés, comme s'atteler pendant
quelques heures à une version symphonique de Barbie Girl.
Tous les genres et tous les styles doivent être gérables,
à la simple demande du compositeur. "L'idée était
de monter, dans l'esprit, une espèce de groupe de rock, qui
se réunirait régulièrement pour le plaisir.
La différence tient seulement dans la nature des instruments,"
nous explique Frédéric Prados, co-fondateur de Symphonifilm.
Quelques questions persistent, cependant. Si les solutions du sampling
pour les percussions et du multi-tracking pour simuler un orchestre
trois fois plus nombreux semblent tout à fait cohérentes,
qu'en est-il des lieux d'enregistrements eux-mêmes ? "Nous
répétons dans un local d'environ soixante mètres
carré, où est entreposé notre matériel.
Pour les sessions d'enregistrement en elles-mêmes, nous louons
des audioriums, et l'installation des micros et de la table se fait
en moins d'une heure. On peut prétendre, dans ces conditions,
proposer des tarifs d'environ 5000 à 6000 euros pour trois
heures, soit beaucoup moins que la moyenne." Pas mal certes,
mais en discutant avec Armand Amar, auteur des partitions de Amen
et Va, vis et deviens, nous apprenons que le bougre a en projet
la construction d'un studio d'enregistrement de 500 mètres
carrés, qui servirait exclusivement à faciliter la
production des musiques de film en France. Celui-ci n'ayant, à
son grand regret, pas encore d'orchestre à sa disposition,
nous lui conseillons d'aller faire un tour du côté
du théâtre, et d'aller toucher quelque mot à
l'équipe de Symphony Films. Aux dernières nouvelles,
une collaboration pourrait aboutir d'ici six mois / un an. Besoin
d'une autre preuve que le MIMPI fonctionne ?
 
Petits préparatifs avant l'enregistrement
de quatre prises de quelques morceaux célèbres,
destinées à alimenter une juteuse bande promo
Bien curieux de connaître les us et coûtumes de Symphonifilm,
nous avons accepté d'assister, quelques semaines après
le Festival d'Auxerre, à une répétition générale
de l'orchestre. Dans un auditorium parisien, nous avons donc pu
profiter de l'enregistrement d'une bande promotionnelle sur une
durée de près de trois heures, en compagnie de compositeurs
venus tâter le terrain. Au programme, les 24 musiciens présents
(dont un saxophone, fait rare pour une formation de ce genre) auront
dû se familiariser à grande vitesse avec les partitions
de Star Wars Main Theme, Imperial March, The Simpsons, James Bond
ou encore 20th Century Fox Fanfare, toutes retranscrites d'oreilles
avec une grande précision par Steve Journé. Ce dernier,
en parfaite symbiose avec son jeune orchestre (moyenne d'âge
: 25 ans), parviendra à tirer après quatre lectures
systématiques autant de prises exploitables, si l'on considère
le travail de montage auquel s'attèlera en aval Frédéric
Prados. Un accord de la Fox ne sonne pas comme il le devrait ? Pas
grave, il sera réenregistré lors d'une prochaine séance
et recasé sur la bande, comme si de rien n'était.
Bien sûr, Symphonifilm n'a pas encore la maestra d'un London
Symphony Orchestra (les triples croches de La Marche Impériale
sont plus exigeantes qu'elles en ont l'air) mais l'ambition, l'enthousiasme
et le talent indéniable de chacun de ces musiciens laisse
augurer du meilleur pour la production de la musique de films en
France. Une initiative encourageante qu'on ne manquera pas de suivre
tout au long des mois à venir...
 
L'enregistrement proprement dit, effectué
dans une ambiance à la fois passionnée et studieuse
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