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Spectacle total
Alors
qu'il est dorénavant connu de par chez nous au travers de l'incroyable
Shaolin Soccer, l'acteur/réalisateur Stephen Chow (ou Stephen
Chiau Shing-Chi, son nom chinois complet) est l'une des plus grandes
stars hong-kongaises, et ce depuis belle lurette. Son film de "kung-foot"
n'est pas le premier projet pharaonique qu'il ait mis sur pied.
En 1995, il était la vedette de ce Roi singe (A Chinese
Odyssey) réalisé par Jeffrey Lau (les deux hommes avaient déjà
collaboré sur Fist Of Fury 2 en 91 et continueront après
Le Roi singe), une fresque comique de près de trois
heures divisée en 2 films. L'histoire s'inspire d'un célèbre
récit de la mythologie chinoise, "La Pérégrination vers l'Ouest",
qui fût la source de nombreuses autres adaptations populaires. Outre
un Da No Tien Gu, dessin animé réalisé par Wan Laiming en
1965 et ayant connu un succès international, on pourra aussi citer…
Dragon Ball ! En effet, le manga d'Akira Toriyama s'inspire
en partie de la même histoire, surtout en ce qui concerne le personnage
de San Goku, qui partage avec Le Roi singe quelques
points communs : il a une queue (poilue et située derrière, précisons
le !), se déplace sur un nuage, et possède comme arme un bâton capable
de s'allonger à l'infini.
La
version de Stephen Chow (qui a co-écrit le scénario avec le réalisateur
- qui joue aussi dans le film) est bien sur largement influencée
par la comédie cantonaise, dite "non-sensique", spécialité de l'acteur.
Et pourtant, cela ne l'empêche pas Le Roi singe d'être un
film en costumes fastueux, bourré de péripéties et de combats aériens
(réglés par Ching Siu-tung, réalisateur entre autres de la trilogie
des Histoire de fantômes chinois). Mais plus encore, derrière
la bouffonnerie et l'action, se cache un triangle amoureux bouleversant,
qui se joue du temps et des conventions filmiques usuelles. En effet,
pour un spectateur occidental habitué aux pantalonnades poussives
à la Jean-Marie Poiré ou à la Martin Lawrence (où la mention "comédie"
implique d'office que tous les autres aspects du film seront bâclés),
visionner un métrage hilarant réalisé avec soin, doublé d'un film
d'action et d'amour, a de quoi donner le tournis. Ce Roi singe
sait combiner les qualités des genres qu'il invoque, et en ressort
grandi, pour devenir un morceau de cinéma de divertissement purement
jouissif. Le film a un coté organique assez peu commun, lui permettant
en l'espace de 3 minutes d'enchaîner un combat dans lequel un drame
amoureux se noue, alors que le personnage de Stephen Chow fait le
pitre, le tout sans que le métrage ne perde de sa cohérence, et
sans que l'un des éléments ne soit désavantagé par rapport aux autres
! Impressionnant.
Alors
bien sur, de par son coté mutant, Le Roi singe n'est pas
dépourvu de quelques faiblesses, notamment dans la seconde partie
où une scène incroyable convie pas moins d'une demie-douzaine de
personnages, qui par un coup du sort voient leurs esprits intervertis,
chacun se retrouvant dans le corps d'un autre. La séquence qui s'en
suit est assez vertigineuse, tant on peine à savoir qui est qui.
Le film, lui, ne nous attend pas, et redémarre dans une autre direction
aussi sec, laissant les personnages en l'état ! Mais à coté de cela,
le film de Jeff Lau est rempli de séquences cultes, comme ce passage
hilarant où Chow veut sauver sa promise du suicide en remontant
dans le temps de quelques minutes, mais échoue à chaque fois. Une
autre retient particulièrement l'attention : lorsque le héros doit
choisir entre devenir un homme-singe vertueux - donc abandonner
les émotions humaines - ou vivre son amour pour la belle Zixia.
Un grand lyrisme romantique se dégage de cette séquence, sentiment
qui imprime la magnifique fin de la saga. Et lorsque le générique
final apparaît à l'écran, on reste quelques instants pantois d'avoir
été ainsi happé dans cette sarabande éprouvante, où le médium cinéma
se pare de ses plus beaux atouts pour provoquer l'émotion (tristesse,
rire, jubilation) chez le spectateur. Et de regretter cette époque
bénie où le 7ème art hong-kongais savait mieux qu'aucun autre manier
le populaire sans vulgarité, mais au contraire avec une candeur
et une sincérité qui allait droit au cœur.
Laurent
Duroche
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