L'ECHINE DU DIABLE
Zone 2 - 2 disques - Espagne - 2002
Genre : Fantastique Réalisateur : Guillermo Del
Toro Acteurs : Edouardo Norriegua, Marisa
Paredes, Frederico Luppi
Durée : 105 mn Image : 1.85 16/9 compatible 4/3 Son : Anglais et Français
en Stéréo et Dolby Digital 5.1 S-T : Français
Editeur/distrib. : Studio Canal Date de sortie : Disponible
Film :
Interactivité / technique :
Synopsis
:
Tandis que la guerre d’Espagne fait rage, le jeune Carlos est
abandonné par son oncle rebelle dans une pension perdue en
plein désert. En ce lieu, un vieux couple d’instituteurs
s’occupe d’orphelins de son âge, un mystérieux
homme à tout faire convoite un trésor, et l’esprit
d’un garçon disparu quelques mois auparavant rêve
de vengeance. Le tout autour d’une ogive ayant heurté
la cour une nuit de bombardement et menaçant d’exploser
à tout moment…
La Mort dans l'Âme
«
Qu’est-ce qu’un fantôme ? Un événement
tragique condamné à se répéter indéfiniment
? Un instant de douleur peut-être. Quelque chose de mort qui
semble être encore en vie. Un sentiment suspendu dans le temps,
comme une photographie floue. Comme un insecte pris dans l’ambre…
»
En deux minutes de prologue syncopé, privilégiant
la charge émotionnelle des images à leur contexte
véritable, Guillermo Del Toro nous offre les clés
du film qu’il s’apprête à écouler
sous nos yeux. A l’image de cette introduction suspendue dans
le temps, séquestrée par un débat intérieur
en voix off, L’Echine du diable se dévoue
corps et biens à saisir l’essence de l’existence
humaine, dans un no man’s land qui mène inexorablement
l’âme à sa perdition.
Le Passe-murailles
Toute L’Echine
du diable répond d’un projet de mise en scène
rigoureux, que Guillermo Del Toro adapte aux plans les plus discrets.
Avouant dans son commentaire audio avoir voulu réaliser un
poème cinématographique composé de rimes, de
situations amenées à se répéter indéfiniment
(ça ne vous rappelle pas quelque chose ?), le cinéaste
multiplie consciencieusement chaque donnée visuelle par deux,
rejouant à quelques bobines l’un de l’autre les
mêmes mouvements d’appareil, en ne substituant que les
protagonistes et les émotions qu’ils ressentent. Jusqu’au-boutiste,
Del Toro ne s’arrête pas en si bon chemin. A l’affût
mais toujours lente, voire langoureuse, qu’elle glisse le
long des couloirs de l’orphelinat, frôle mur après
mur, traverse les cloisons, ou s’envole d’un jardin
à une fenêtre haut perchée, sa caméra
lie systématiquement le parcours d’un personnage à
celui d’un autre, et mêle intimement des enjeux dramatiques
a priori éclatés, incompatibles. Banni par la complexité
de l’histoire et sa multitude d’intrigues à l’importance
égale, le principe de linéarité ne frappe
pas la moindre séquence du film. Au contraire, Del Toro multiplie
les constructions parallèles,
et appelle chaque événement
à peser sur le destin d’un ou plusieurs personnages
extérieurs.
Ces partis pris narratifs ne relèvent d’aucun caprice
auteurisant. Adoptant
successivement les points de vue d’un enfant vierge de toute
expérience violente, d’un adolescent ayant vu la mort
en face, puis d’un mort condamné à errer sur
les traces de sa défunte existence, Guillermo Del Toro est
parvenu, par la seule force de sa mise en scène, à
signer l’exploit cinématographique envié par
tant de cinéastes depuis des décennies : marier, en
tant que finalité en soi, le monde des vivants et celui des
morts. Une date à marquer d’une sépulture blanche.
Image : Rien à redire, la copie s'avère
extrêmement fidèle à l'expérience en
salle, et rend hommage à la sublime photographie ocre et
bleue de Guillermo Navarro. La compression est elle aussi irréprochable.
Son :
Les pistes 5.1 sont d'une qualité indiscutable et permettent
d'apprécier à sa juste valeur la bande sonore exceptionnelle
du film, tout particulièrment la musique inoubliable de Javier
Navarrete. Des mixages 2.0 sont également disponibles, mais
l'on osera émettre quelques doutes vis-à-vis de leur
utilité...
Interactivité :
Patrie des cinéphiles ?
Il fut un temps question que L’Echine du diable,
en regard des maigres chiffres de l’exploitation salles, ne
fasse l’objet que d’une édition simple, dépourvue
de tout bonus, et distribuée directement en kiosques, à
bas prix, avec un magazine spécialisé dans le cinéma
fantastique. On remerciera donc le dit canard d’avoir refusé
l’offre, et au contraire offert des interviews fleuves de
Guillermo Del Toro et Edouardo Norriegua pour enrichir l’interactivité.
En l’état, cette édition collector miraculée
apparaît comme la plus riche au monde : la qualité
technique est irréprochable, rendant hommage à la
sublime photographie ocre de Guillermo Navarro et à la bande
sonore frémissante du film, et des suppléments pertinents
viennent appuyer une piste analogue déjà disponible
à l’importation.
Guillermo à l’honneur
Plus encore que sur l’excellent DVD de Blade 2,
tous les extra de L’Echine du diable convergent
en un rouage essentiel : le rôle de Guillermo Del Toro dans
la création de l’œuvre. S’ils évoquent
bien entendu leurs expériences personnelles et les enjeux
de leur travail respectif, Edouardo Norriegua et Marisa Paredes
s’attardent longuement lors d’interviews passionnées
sur les partis pris artistiques de Del Toro et ses méthodes
de travail chaleureuses. Ravie du tournage comme du résultat
à l’écran, Marisa Paredes s’empresse même
de proposer ses services pour les besoins du prochain long métrage
du cinéaste ! Ces témoignages transis amènent
logiquement aux propres récits du metteur en scène,
partagés entre un commentaire audio passionnant (pourtant
son baptême dans le domaine) et un entretien vérité
d’une demi-heure, qui l’amène à se remémorer
les prémices de son amour pour le Septième Art ainsi
que les événements de son enfance à l’origine
de L’Echine du diable. Le making of de 25
minutes, joliment bricolé à partir de nombreux documents
épars, offre enfin d’apercevoir Del Toro à l’œuvre,
à travers une multitude de B-Rolls pour la plupart enregistrées
entre les prises. Commentaire
audio de Guillermo Del Toro
Enregistré avant celui de Blade 2, le commentaire
de L’Echine s’avère passionnant
de bout en bout, en dépit de quelques digressions que Del
Toro oublie de conclure (« là, rembobinez le film et
essayez de voir ce qu’il y a sur la photo qu’elle est
en train de regarder »… On l’a fait, mais sorry
man, on a pas vu !). Visiblement à l’aise, le cinéaste
livre de nombreux souvenirs personnels pour expliquer la longue
genèse du film. Les propos du directeur de la photo Guillermo
Navarro appuient efficacement son argumentation.
Enfance malheureuse ?
« Je n’ai jamais été un enfant »,
déclare Guillermo Del Toro dans la longue interview (30’)
figurant sur le second disque de cette édition. Et le cinéaste
d’énumérer les actes de violence quotidiens
dont il fut témoin dans la pension où il passa de
nombreuses années de son enfance. « J’ai même
plus l’impression d’être un gosse maintenant qu’auparavant,
avec tous les jouets qu’on me prête pour faire mes films
», conclue-t-il. Vu la sincérité évidente
de l’homme, on ne saurait mettre en doute l’autobiographie
qui nourrit L’Echine du diable. Le film n’en
est que meilleur.
Effets Spéciaux
Commenté par le journaliste spécialisé Julien
Dupuy, dont les explications s’avèrent à la
fois claires et pointues, cette petite bobine dissèque la
création de quelques plans majeurs du film, tels le bombardement
du prologue, la chute de la bombe, ou les effets liés aux
apparitions du fantôme.