Genre : cartoon gore Réalisateur : Sam Raimi Acteurs :Bruce
Cambpell, Sarah Berry, Dan Hicks, Denise Bixler
Durée : 81 mn Image : 1.85 16/9 compatible 4/3 Son : anglais en Dolby Digital 5.1
et 2.0, français en Dolby Digital 5.1 et mono. S-T : français
Editeur/distrib. : Studio Canal Date de sortie : disponible
Film :
Interactivité / technique :
Synopsis
:
Venu passer un week-end en amoureux dans une cabane abandonnée
au fond des bois, un homme devra faire face à une entité
démoniaque capable de posséder le corps des êtres
humains et de les transformer en monstres malfaisants.
Dead
By Dawn
Tout cinéphile qui se respecte s’est sans doute posé
un jour la question : et s’il ne devait en rester qu’un
? Si le monde devait disparaître alentour, et le paysage se
conclure aux rives d’une île déserte, quel film
nous y accompagnerait ? Qu’est-ce qu’une île déserte
après tout, sinon une vallée où terreurs primales,
vide et solitude viennent hanter l’exilé qui en a pris
possession ? Ne pourrait-on pas dès lors exorciser le mal
à la source ?
Une
fois le groupe électrogène en place, l’écran
scintillant et l’ampli prêt à percer la nature
environnante de ses furieux décibels, une projection régulière
d’Evil Dead II apparaît comme le rituel
le plus efficace pour admettre l’existence d’un pire
isolement. C’est un fait, le cinéma n’aura jamais
torturé un personnage autant que Sam Raimi son héros.
On peut choisir de rire aux pitreries qui caractérisent ce
« second » épisode d’une trilogie dénuée
de toute continuité narrative. Impossible même de ne
pas sombrer dans un fou rire à la vue de gags invraisemblables
: d’une main tranchée narguant son propriétaire,
d’un œil fendant l’air pour se loger dans la gorge
d’une malheureuse victime ou d’une demoiselle fredonnant
une berceuse à une sorcière au cou de girafe. Dans
le registre du non-sens et de l’hommage 3-Stoogien, Evil
Dead II est un cas d’école. La pellicule n’en
dégage pas moins une démence rare, presque communicative,
transcendée par trois bobines dédiées en ouverture
aux périples solitaires de ce pauvre Ash.
Trente-six
plans. Il n’en faut pas plus à Sam Raimi pour introduire
ce qui s’imposera au fil des ans comme l’une des expériences
les plus extrêmes du cinéma claustro. Dans les limites
de ce montage calculé au millimètre et ne laissant
au spectateur aucune porte de sortie, le cinéaste parvient
à exposer en prologue l’essence de sa mythologie ;
quadriller l’espace réduit qui abritera l’action
; partager l’intimité d’un jeune couple ; introduire
des éléments fondamentaux de l’intrigue (la
maison, la danse, le piano, le médaillon) ; et même,
via une incroyable construction scénique en trois temps,
réveiller les morts. Trente-six plans pour effacer un à
un les repères quotidiens du public ; quatre minutes et cinquante-sept
secondes pour que le wagon n’atteigne le sommet de la côte,
et que le gérant du parc ne décide de lancer la longue
apogée de ses montagnes russes, qui ne prendront fin qu’une
heure vingt plus tard.
Contraint
de décapiter sa femme possédée en pleine forêt,
un homme se réfugie dans une cabane hantée, celle-là
même qu’il avait choisie comme décor à
un week-end amoureux. Seul face à l’inconnu, Ash tente
de s’échapper sans trouver d’issue ; est assailli
par la tête de sa dulcinée tandis que son corps décrépi
se dandine près d’une sépulture improvisée
; doit essuyer les affronts d’un spectre logé dans
sa propre main droite, qu’il amputera au ras du poignée
lors d’une libération imprégnée de douleur…
Lorsque tout semble se dissiper, s’éclaircir, Raimi
décide de resserrer l’étau, restreignant un
peu plus à chaque seconde Ash dans ses mouvements. Littéralement
collé à son fauteuil au réveil d’un cauchemar
ou provisoirement zombifié par un démon blagueur,
le personnage manquera de peu de sombrer dans la folie, avant que
l’arrivée de nouveaux hôtes imprudents, a priori
bienvenus, ne décuple en fait l’étendue de ses
misères. A côté, un ciel bleu, des espaces verts
et l’océan à perte de vue ne seraient pas pour
nous déplaire.
Image : Le
master a été débarrassé des plus infimes
scories. Résultat, l'image est d'une propreté virginale
qui tranche avec le souvenir que beaucoup gardent de la VHS usée
jusqu'à la corde qu'ils allaient louer une fois par mois
au vidéo club du coin. La définition est exemplaire,
les contours sont précis, et les couleurs sont admirablement
gérées, tout comme les contrastes. Aucune dénaturation
de l'image, le grain originel est bien présent. Bien sûr,
certains plans à effets spéciaux ou blue screen sont
moins "présentables", mais rien que de très
normal. En fait, le seul bémol à émettre concerne
la compression, pas toujours parfaite, qui rend les arrières
plans parfois aussi actifs qu'une fourmilière en ébullition.
Au début du film, certains visages sont également
instables. Mais tout de même, un joli boulot offrant un plaisir
de visionnage certain.
Son 4 pistes sont proposées : VO
en 2.0 et DD 5.1, et VF en 1.0 et DD 5.1. D'une manière générale,
les encodages français sont bien moins dynamiques, mais offrent
des dialogues plus clairs et mieux détachés (de plus,
la VF est assez jouissive, ce qui ne gâche rien). Cette comparaison
est aussi bien valable pour les pistes stéréo que
pour les DD 5.1. Pour ces dernières, si les dialogues de
la piste VO sont assez étouffés, les effets sont bien
plus efficaces. Il n'y a qu'à comparer les 2 pistes 5.1 lors
de la scène où l'esprit invisible du père se
déplace dans la pièce (45ème minute) : sur
la VO, le son évolue réellement d'avant en arrière
ou en diagonale : impressionnant. Sur la VF, l'effet est surtout
réparti sur les enceintes avant. Bref, malgré le petit
problème de dialogues, notre préférence va
directement au mixage 5.1 VO.
Interactivité : Commentaire
audio VOST de Sam Raimi, Bruce Campbell, Scott Spiegel (co-scénariste)
et Greg Nicotero (SFX) : Un commentaire (le même
que sur le zone 1 Anchor Bay) comme on les aime : fun, bavard et
informatif. Les 4 compères éprouvent une réelle
délectation à revoir le film ensemble, se marrant
à tout bout de champ, se chambrant mutuellement (surtout
Raimi et Campbell), racontant anecdotes sur anecdotes, et pointant
tous les défauts du film. C'est bien simple, il doit y avoir
en tout et pour tout 45 secondes de silence sur la piste ! Après
une entrée en matière mémorable ("Sam
devait filmer ce logo, n'est-ce pas Sam ?" "C'est exact,
ce n'est pas vrai"), on a droit à une fabuleuse imitation
du producteur Robert Tapert s'adressant à l'actrice jouant
la fiancée de Ash au début du film ("Si tu étais
une porte, je te dégonderais")… En revanche, il
faut signaler un gros problème de sous-titres : s'il est
normal que, vu le débit des 4 lascars, tout ne soit pas retranscrit,
les traducteurs ont quelques lacunes en anglais et en cinéma
: plusieurs expressions ont été mal interprétées
et traduites, et les puristes hurleront lorsqu'ils verront le nom
de Tom Savini orthographié "Savigny"…
Making-of
(31mn) : Le second disque s'ouvre avec ce making-of qui
est plus axé sur les SFX qu'autre chose, puisqu'il est entièrement
centré sur une interview de Greg Nicotero, Robert Kurtzman,
et Howard Berger, qui fondèrent après Evil
Dead II le célèbre studio KNB. Mais l'absence
de Raimi est largement compensée par les images de tournage
filmées par Nicotero (on apprend d'ailleurs qu'il existe
en tout 6 heures de vidéo !), qui montrent aussi bien l'aspect
technique des SFX que la décontraction qui régnait
sur le plateau (Raimi et Campbell passent leur temps à faire
le clown). Mais plus que les images des décilitres de sueur
versés par Ted Raimi dans le costume d'Henrietta, que la
mise en évidence des erreurs techniques du film (la séquence
de l'œil volant où l'on aperçoit la tige et le
fil, le plan séquence subjectif où l'on voit clairement
le toit du studio, le trou à l'entrejambe dans le costume
d'Henrietta), ou que la présence du gant de Freddy dans l'atelier,
on appréciera les images de scènes coupées
: un démembrement à la tronçonneuse et Ash
possédé dévorant un écureuil. Au final,
un supplément réellement passionnant.
Emission TV sur Sam Raimi (27mn) : Datant de
88, cette émission de télé anglaise offre un
excellent portrait de Raimi, entrecoupé d'interviews du bonhomme
et de ses collaborateurs (Campbell, Spiegel…) et d'images
de tournage d'Intruder, le film du co-scénariste
d'Evil Dead II où Raimi et Campbell tenaient
des petits rôles. Le metteur en scène de Spider-Man
y explique sa philosophie cinématographique (divertir avant
tout) et revient sur ses débuts, sa carrière, parle
de l'épreuve que fût le tournage de Mort sur
le grill… Un réel bonheur, aussi divertissant
qu'instructif. Dans la rubrique dédiée à Raimi,
outre ce doc figurent une filmographie et une biographie.
Interview
de Bruce Campbell (23mn) : Une interview spécialement
réalisée pour cette édition, où un Bruce
Campbell toujours aussi relax revient sur le tournage du film, sa
relation légèrement "physique" avec Raimi,
et sur ce que la trilogie des Evil Dead lui a apporté.
Il narre entre autre sa rencontre avec un jeune homme qui, un jour
de dédicace, l'apostrophe d'une façon agressive et
lui déclare s'appeler Ash, ce que Campbell entend tous les
jours. Sauf que le garçon rétorque "oui, mais
moi c'est mon vrai nom, mes parents me l'ont donné après
avoir vu votre film"… Enfin, sur l'hypothèse d'un
quatrième volet, l'acteur est bien pessimiste et cite Spider-Man
comme principal obstacle à la réalisation du projet.
Réjouis-toi, Bruce, Sam a très récemment évoqué
l'idée d'un nouvel Evil Dead… Comme
pour la section sur Raimi, bio et filmo sont de la partie.
Outre la bande-annonce obligatoire figurant sur le premier disque,
l'interactivité comporte également de courtes pages
de texte sur les autres collaborateurs de Raimi. Si l'on aurait
bien aimé voir figurer dans cette édition un portrait
plus complet du réalisateur qui prenne en compte les différents
tournants cruciaux de sa carrière (Darkman, Un plan
simple, Spider-Man), on ne peut que se
réjouir de la variété et de la qualité
des bonus de ce double DVD tout bonnement indispensable, d'autant
plus que le packaging en fait un objet de bon goût qui fera
forte impression lors de vos réceptions mondaines.