Genre : Drame historique Réalisateur : Ridley Scott Acteurs : Keith Carradine, Harvey
Keitel
Durée : 100 mn Image : 1.85 16/9 compatible 4/3 Son : Anglais Dolby Digital 5.1,
Français, Allemand, Espagnol et Italien Dolby Surround 2.0 S-T : Français, anglais,
allemands, espagnols, italiens, danois, norvégiens, suédois,
hollandais
Editeur/distrib. : Paramount Date de sortie : Disponible
Film :
Interactivité / technique :
Synopsis
:
En plein Empire napoléonien, le capitaine D’Hubert est
chargé de mettre aux arrêts son homologue Féraud,
qu’un sens de l’honneur un peu trop aiguisé a convaincu
d’embrocher en duel le neveu du maire de Strasbourg. Passant
sa haine sur le messager de la sentence, Féraud attaque D’Hubert,
une première confrontation qui se soldera par un match nul.
Obsédé à l’idée de régler
son « différend », Féraud passera les quinze
années suivantes à provoquer D’Hubert, l’emprisonnant
dès lors dans sa conception tragiquement ironique de l’honneur.
Lames
de fond
Plus qu’un ! Lorsque Blade
Runner daignera enfin sortir (annoncé depuis près
de cinq ans, le collector devrait voir le jour cette année),
nous serons en possession de toutes les réussites de Ridley
Scott. Car si l’on exclura volontiers GI Jane
ou Hannibal de ce cercle privilégié,
Les Duellistes est bel et bien à ranger
aux côtés de Alien, Legend et consort.
Les
premiers films reflètent généralement une envie
irrépressible chez leur auteur, soit de marquer le Septième
Art de leur emprunte en faisant valser aux quatre vents les règles
les plus antiques de la dramaturgie et du cinématographe
(non, M. Bay, vous ne pouvez pas aligner soixante plans par minutes
pendant plus de deux heures), soit au contraire d’intégrer
l’industrie en tournant l’œuvre la plus neutre
et la plus « appliquée » possible (non, M. Ratner,
vous ne pouvez pas illustrer un scénario uniquement en champs
/ contre-champs avec vos acteurs au milieu du scope !). La majesté
des Duellistes est ainsi d’autant plus rare qu’elle
échappe à chacune de ces catégories, Scott
ayant simplement pris la peine 1°/ de lire et comprendre son
script et 2°/ de le mettre en scène, en traduisant par
l’image ses enjeux narratifs et humains.
Prison de fer
Aussi vaste soit-il, prétexte à de grandes batailles
et une avalanche de points de vue, le contexte des Duellistes
n’égare pas Ridley Scott. Si, bien que nanti de 900
000 malheureux dollars, il fait passer son métrage pour dix
fois plus coûteux, le cinéaste ne trahit à aucun
moment une ligne de conduite rigoureuse et longuement réfléchie,
nourrie par la nature même de l’intrigue. Féraud
est effectivement en captivité, esclave de l’univers
barbare de son éternel opposant. Happé par une tempête
qu’il ne peut calmer, il lui sacrifie, passif, un quart de
son existence et ses moindres espoirs de quiétude. C’est
bien par ses yeux que l’objectif capte les événements.
Bannissant tout travelling, donc toute liberté de mouvement,
de son vocabulaire (excepté un plan suivant l’avancée
de D’Hubert vers un de ses supérieurs et traduisant
enfin une lueur d’espoir), Scott opte pour une illustration
du drame en deux dimensions. Comme échappé d’une
peinture, le cadre ne laisse guère de place au hors champs.
Nombreux et interminables, des zooms s’attardent sur certains
environnements, certains visages. D’Hubert aimerait les atteindre
mais ses jambes sont figées. L’ironie de la mise en
scène veut alors que les seuls instants de liberté
soient les duels eux-mêmes, perçus à l’épaule
pour mieux signifier toute la volonté du héros de
mettre fin à cet enfer (une nouvelle fois, on exceptera le
second affrontement, aussi statique et passif que le protagoniste).
Mûrs et pertinents, les partis pris narratifs des Duellistes
convergeront en un plan final bouleversant (voir ci-contre), sans
doute l’un des plus beaux travellings compensés (l’arrière
plan s’éloigne tandis que l’on s’approche
d’un personnage au premier plan, un effet obtenu en mêlant
à un zoom son travelling contraire) de l’histoire du
cinéma. Une image qui permettra à Scott d’effacer
littéralement l’un des protagonistes de la réalité
de l’autre, avec une humilité et une sobriété
forçant la plus sincère admiration.
Image : Paramount n’est
pas réputé pour la qualité technique et la
pertinence éditoriale de ses DVD, et il nous faut pourtant
applaudir aujourd’hui les efforts apportés à
la conception de ce collector. Techniquement, Les Duellistes
a fait l’objet d’un travail de restauration bien supérieur
à nombre de ses contemporains. Sans être parfaite,
l’image ne souffre que d’une poignée de taches
intempestives, ce qui n’enlève rien à la majesté
du panoramique. C'est bien simple, le film n'avait jamais été
présenté dans ces conditions depuis sa sortie en salles
en 1978 !
Son :
Présentée en 5.1, la piste anglaise s’avère,
comme d’habitude, bien plus percutante que ses consœurs,
mais celles-ci ont au moins le mérite de présenter
un mixage sonore d’époque. Les puristes pleureront
donc sur l'absence d'une VO 2.0, ce qui n'effraiera sans doute pas
les autres.
Interactivité : Commentaire
audio de Ridley Scott Ridley Scott est l’un des cinéastes les plus doués
dans l'exercice périlleux du commentaire audio, et il le
prouve une nouvelle fois à l'occasion des Duellistes.
Riche en anecdotes, en analyses scéniques complexes et en
précisions techniques précieuses sans que jamais l’auditeur
ne soit perdu dans quelque malheureuse digression, son discours
s’oriente énormément sur l’influence qu’a
eu sa carrière publicitaire (un bon millier de spots avant
le premier long métrage !) sur ses films. Passionnant jusqu'à
la dernière vibration du micro.
Interview de Ridley Scott par Kevin Reynolds (29mn)
Fervent admirateur de l’œuvre, à laquelle il tira
son chapeau entre les images de Robin des Bois
et du Comte de Monté Cristo, Kevin Reynolds
trépigne d’excitation à l’idée
de s’entretenir une demi heure durant avec son idole Ridley
Scott. Drôle, riche et passionnée, leur échange
apporte bien vite davantage d’informations sur la genèse
et le tournage du film que beaucoup de making of présentés
comme tels. Un complément idéal au commentaire audio.
Court-métrage "Boy & Bicycle" (26mn)
Le bonus le plus précieux de cette édition est sans
nul doute Boy & Bicycle, le premier court métrage de
Ridley Scott. Mettant en scène une journée d’école
buissonnière de son frère Tony, Scott y dévoile
déjà sa passion du décor, qu’il s’agisse
de l’océan de 1492 et Lame
de Fond ou des usines de Blade Runner.
Mené par les pensées vagabondes d’une voix off
monocorde, le film confère à une petite ville d’Angleterre
des allures de no man’s land crépusculaire, où
un jeune homme tente tant bien que mal de savourer quelques instants
de liberté. On savait les frères Scott obsédés
par l’enfermement (il n’y a qu’à voir les
films récents de Tony), et il nous faut admettre à
la vue de ce court que cette peur viscérale ne date vraiment
pas d’hier.
Galeries de photos, storyboards et bande-annonce :
Comme leur nom l'indique... A noter que, à l'instar de tous
ses films suivants, les storyboards ont été crayonnés
par Ridley Scott lui-même.