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SWEENEY TODD
Le Diabolique Barbier de Fleet Street

(BLU-RAY)
USA - 2008

Genre : Horreur
Réalisateur : Tim Burton
Acteurs : Johnny Depp, Helena Bonham-Carter, Alan Rickman, Sacha Baron Cohen...
Musique : Steven Sondheim
Photographie :
Darius Wolszski
Durée :
105 mn
Image : 1.78 16/9 compatible 4/3
Son : français et anglais en DD 5.1, anglais en Dolby Digital TrueHD
S-T : français et divers
Editeur/distrib. :
Warner
Date de sortie : 27 août 2008

Film :
Technique :

Interactivité :

> Portfolio
> Liens Internet / bande-annonce

Synopsis :
Quinze années après avoir été exilé de Londres sous de fausses accusations, après s'être fait voler la tutelle de sa fille par le juge responsable de sa déchéance, et après que sa femme, violée par le même juge, s'est donné la mort, le barbier Benjamin Barker refait surface sous l'identité de Sweeny Todd et, aidé par la restauratrice Mrs. Lovett, entreprend de se venger de ses bourreaux...

Noir c'est noir

Douze ans déjà que Mars Attacks !, point culminant de la "première carrière" de Tim Burton, s'est sauvagement écrasé sur les écrans du monde entier. Douze ans que Tim Burton, libéré des ambitions qui l'avaient poussé au milieu des années 1980 à consacrer sa vie au Septième Art, semble méditer avec beaucoup plus de recul (donc beaucoup moins de spontanéïté) sur sa condition d'artiste.

Faite de hauts (Charlie et la Chocolaterie, Big Fish) et de bas (La Planète des singes, dont la nullité abyssale s'explique par la volonté du cinéaste, sortant alors d'un Sleepy Hollow artificiellement lié à son oeuvre passée, de se frotter pour la première fois aux conventions du blockbuster hollywoodien), la "seconde carrière" de Tim Burton aura été vécue comme une douche froide par des millions de fans, dévastés à l'idée de ne plus jamais retrouver le poète visionnaire d'Edward aux mains d'argent et Batman le défi. Il aura finalement fallu attendre que l'artiste assume une bonne fois pour toute sa place singulière dans l'industrie cinématographique hollywoodienne (questionnement entamé avec passion dans Ed Wood), puis qu'il règle définitivement ses comptes avec son père (un homme sévère et loin d'apprécier ses orientations de carrière, selon ses propres dires) à travers son triptyque Big Fish / Charlie / Les Noces funèbres pour que Burton revienne à ses premières amours. Et vu l'incroyable puissance évocatrice de Sweeney Todd, conte macabre adapté d'un musical culte de Stephen Sondheim, les déserteurs risquent aujourd'hui de se ronger les ongles jusqu'au sang.

En avant la musique

On insistera avant d'aller plus loin sur le fait que Sweeney Todd est effectivement une comédie musicale, dont les dialogues sont incorporés à plus de 80% au sein des mélodies. Burton, qui ne s'était jusqu'ici qu'indirectement frotté au genre (Charie et Les Noces funèbres ne contiennent qu'une poignée de morceaux chantés, et la mise en scène de L'Etrange Noël de M. Jack est signée Henry Selick) aurait aisément pu se casser les dents sur un tel parti pris. C'était son compter sur la passion que le cinéaste a toujours portée au show de Sondheim (il assistera à plusieurs représentations londoniennes en 1980, et restera marqué à vie par la noirceur du récit), et surtout sur la traduction inespérée du moindre tableau de l'oeuvre originale en termes purement cinématographiques. Adapté avec intelligence pour le grand écran, tant d'un point de vue rythmique que structural, le fabuleux opéra macabre de Sondheim s'adapte ici magistralement au contraintes du Septième Art ; mieux, épouse la logique d'un genre passé depuis trop longtemps en désuétude : le film d'épouvante gothique.

Le sang du châtiment

Nostalgique de Mario Bava, de la Hammer, de Vincent Price et de Lon Chaney Jr., Burton fonce tête baissée dans sa tragédie noire, et l'innonde d'un sang rouge-vif, dont la portée graphique ne fait que renforcer l'expressionnisme de l'ensemble. Ballet poétique brutal, excessif et d'une beauté indicible, Sweeney Todd convoque les fantômes d'un cinéma oublié, et puise dans l'expérience de ses modèles des tableaux tant inédits qu'inoubliables. Outre le plaisir de voir une production de studio patauger avec autant d'aplomb dans les thèmes du cannibalisme, de la pédophilie, du viol et du meurtre en série (le héros se transforme peu à peu en psychopathe sanguinaire digne du Pingouin de Batman le défi, et Burton l'accompagne avec la même compassion), l'oeuvre restera surtout dans toutes les mémoires pour une demi-heure finale glaçante et d'une émotion accablante, culminant en un tableau final à faire pleurer le Dario Argento de Suspiria. Tim Burton est bel et bien resté lui-même. Et bon sang, qu'est-ce qu'on l'aime !

Alexandre Poncet






Image :
Très largement supérieur au DVD standard, le Blu-Ray de Sweeney Todd propose une copie digne de la photographie crépusculaire de Darius Wolski. Les noirs sont abyssaux, les rues de Londres regorgent de détails crasseux, les contrastes sont puissants (la séquence d'ouverture avec l'arrivée du bâteau dans le port suffit pour convaincre) et même le grain parfois excessif (propre à la pellicule 35mm) contribue à donner du caractère à l'ensemble.

Son
Si les pistes Dolby Digital 5.1 anglaise et française (les chansons sont dans les deux cas présentées en VO) sont comparables techniquement au DVD standard, le mixage Dolby TrueHD dans la langue de Shakespeare propose une version non-compressée, donc quasiment identique à la bande sonore entendue en salles. Très enveloppante, riche de détails et s'appuyant sur une répartition intelligente des informations dans les différents canaux, cette version est bien sûr conseillée (si votre matériel vous le permet) pour apprécier Sweeney Todd à sa juste valeur. Petit détail pour les anglophones : les sous-titres anglais vous permettront de vous payer quelques séances de karaoké endiablées.

Interactivité :
De prime abord, impossible de ne pas regretter l'absence de commentaire audio (exercice sur lequel Tim Burton avait mis presque dix ans pour trouver son aise ; cf. les pistes de Batman et Batman le défi) ou d'option In-Movie-Experience, d'autant que le HD-DVD de Charlie et la chocolaterie incorporait déjà un bonus de ce type. Reste que l'exploration de l'interactivité comble rapidement ces manques, l'ensemble des documentaires atteingant une durée totale de plus de 2h30. Un programme riche en informations, très peu redondant et évitant tant que possible l'auto-promotion (seule la featurette First Look produite par HBO tombe dans ce piège), qui se montre surtout extrêmement varié dans les thèmes qu'il aborde. La genèse de la pièce de théâtre de Chris Bond et de la comédie musicale est évoquée en compagnie de Stephen Sondheim en personne, les transformations musicales depuis le musical jusqu'au film sont explicité, les défis que représentaient les diverses chansons sont détaillés par les acteurs (Depp, Bonham-Carter, Rickman mais aussi les seconds couteaux), l'auteur et les arrangeurs, Burton explique ses choix stylistiques et de direction d'acteurs (il demanda notamment à Bonham-Carter et Depp une interprétation un peu fermée, pour contrebalancer la grandiloquence des décors et des chants), le chef-maquilleur expose les secrets de fabrications des innombrables scènes d'égorgement (screen-tests à l'appui), Dante Ferreti et Coleen Atwood reviennent avec précision et passion sur la conception des décors et des costumes... Un panel bien complet donc, qui se double de featurettes historiques sur le théâtre du Grand-Guignol, la vérité sur le cas de Sweeney Todd (rien ne prouve réellement son existence, mais son importance populaire au début du XXème siècle fut déterminante) ou encore le contexte social et géographique du Londres de l'époque.

  • Burton + Depp + Carter = Todd (26')
  • Sweeney Todd existe : la véritable histoire du Diabolique Barbier (20')
  • Le Making of de Sweeney Todd / HBO First Look (24')
  • La Conférence de Presse à Londres (19')
  • Retouche musicale : le Sweeney de Sondheim (12')
  • Londres selon Sweeney (16')
  • Les décors du Diabolique Barbier (9')
  • Le Grand Guignol : une tradition théâtrale (19')
  • Une profession sanglante (9)
  • Le Refrain du rasoir
  • Galerie de photos


- Test du HD-DVD de Charlie & la chocolaterie
- Test du Blu-Ray des Noces funèbres

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