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L'INSPECTEUR HARRY
LA SAGA (BLU-RAY)

USA - 1971 / 1973 / 1976 / 1983 / 1988

Genre : Polar
Réalisateur : Don Siegel, Ted Post, James Fargo, Clint Eastwood, Buddy Van Horn
Acteurs : Clint Eastwood, Andrew Robinson, David Soul, Tyne Daly, Sondra Locke, Liam Neeson, Jim Carrey...
Musique : Lalo Schiffrin, Jerry Fielding
Durée :
5x120 mn
Image : 2.35 et 1.85 16/9 compatible 4/3
Son : Anglais en True HD et Français en DD 5.1
S-T : français et divers
Editeur/distrib. :
Warner
Date de sortie : 6 juin 2008

Films :
Technique :

Interactivité :

> Portfolio
> Liens Internet / bande-annonce

Synopsis :
1. : Une femme se fait tuer dans sa piscine par un tueur perché sur un toit. Il explique à la police, par téléphone, qu'il compte tuer une personne par jour, tant qu'une rançon de 100 000 dollars ne lui aura pas été remise. On confie l'affaire à l'inspecteur Harry Callahan, qui refuse dès le départ de verser la rançon. On lui adjoint Chico, une toute jeune recrue, contre son gré. Et alors que le tueur a donné rendez-vous à Harry, ce dernier se fait agresser par le tueur et est sauvé de justesse par Chico. Après avoir retrouvé la piste du tueur qui a réussi a blesser Chico, Harry mène la chasse tout seul...
2. : L'inspecteur Harry est chargé d'une étrange affaire. Des meurtres ayant pour cible des proxénètes, des trafiquants et des assassins sont commis dans la ville de San Francisco. Affublé d'un coéquipier antipathique, Briggs, L'inspecteur va comprendre pourquoi celui-ci ne l'apprécie pas...
3. : L'inspecteur Harry est assisté dans son enquête par une femme-flic. Ses comportements machos vont alors être passé à rude épreuve...
4. : L'inspecteur Harry Callahan n'a plus les faveurs de l'administration policière, irritée par ses méthodes trop personnelles. Elle décide d'envoyer l'inspecteur loin de San Fransisco, à San Paulo pour enquêter sur un meurtre. Il fera là-bas la connaissance de Jennifer, artiste peintre, qui a été violée dans sa jeunesse par des brutes. Elle a décidé de les retrouver et de les éliminer un par un...
5. : L'inspecteur Harry Callahan continue son chemin pour faire régner l'ordre et la justice. A présent, les médias s'intéressent à lui, après l'avoir dédaigné pendant très longtemps. Au même moment, de terribles meurtres ont lieu dans le milieu des films pornographiques, et une étrange liste survient où sont annoncés les noms des futures cibles. L'inspecteur Harry y figure aussi...

"Go ahead, make my day !"

Cinq films, deux décennies au cours desquels le sale flic Harry Callahan parcourt San Francisco afin de vider ses rues de toute la crasse qui s’y colle, symbolisant à sa manière le cauchemar américain. Loin de l'oeuvre facho souvent dénoncée par la critique bien-pensante, la saga Dirty Harry est autant le reflet de son époque qu'un jalon indispensable pour comprendre l’évolution du cinéma de Clint Eastwood.

L'Inspecteur Harry (Dirty Harry)

Projet au départ porté pour un Frank Sinatra trop classieux, le script tortueux du premier Dirty Harry tombe heureusement dans les mains d’un Clint Eastwood lassé des insipides grosses productions hollywoodiennes (Quand les aigles attaquent, La Kermesse de l’ouest…), et qu’il s’empresse de confier à son ami réalisateur Don Diegel avec qui il vient de boucler Un shérif à New York et Les Proies. Aimant tous deux tourner dans des conditions quelque peu précaires, voire à l’arrache, Eastwood et Siegel vont mettre en exergue le réalisme de l’histoire et accentuer la description d’une décrépitude complète de la ville de San Francisco, envahie de truands, clodos et laissés-pour-compte en tous genres et parmi lesquels le buté Harry Callahan va devoir faire le ménage. Moins un film sur l’autodéfense qu’une réaction épidermique à la fin des années peace & love, le premier Dirty Harry invoque ainsi les pires rejetons de l’Amérique sous l’apparence de Scorpio, un psychopathe largement inspiré par le fameux Zodiac, présenté comme un lâche patenté qui profite des faiblesses du système. Ne s’essayant jamais à la morale facile, laissant le spectateur seul juge de la vision manichéenne d’un flic désabusé, voire totalement dégoûté du tournant sociologique de son pays, les deux complères sont rapidement accusés de prôner fièrement une idéologie réactionnaire. Pourtant à bien y regarder, une séquence suffit à renvoyer ces critiques aux oubliettes : lorsque Harry met enfin la main sur Scorpio dans le stade où il le cache et se met à le torturer en appuyant méchamment sur sa plaie par balle à la jambe, Siegel renie clairement l'action de son personnage, la caméra opérant un long travail arrière aérien accompagné par les élans primitifs de l’un des meilleurs morceaux de Schiffrin. Une prise de distance salvatrice, placée en plein milieu du film, et qui ne fait que souligner l’intelligence de l’entreprise, sorte de Massacre à la tronçonneuse version polar, qui reste aujourd’hui encore l’un des meilleurs thrillers américains et un excitant témoinage de son temps.

Magnum Force

Produit deux ans après L'Inspecteur Harry, Magnum Force respecte les grandes règles des séquelles cinématographiques, en revoyant à la hausse les ingrédients de l'opus original. Harry est donc plus que jamais le flic buriné et brutal que le public a appris à aimer ou haïr, et est ici confronté à une série considérable de crimes en tous genres. Ecrit par John Milius et Michael Cimino, déjà ouvriers de l'ombre sur Dirty Harry, Magnum Force est ainsi l'épisode le plus généreux de la série en termes de péripéties, comblant les vides laissés par l'intrigue principale (des policiers décident de rendre leur propre justice expéditive, un concept annonçant le formidable La Nuit des juges de Peter Hyams) par des coups d'éclats annexes : Harry contre des pirates aériens, Harry contre des braqueurs de drugstore, Harry dans les bras de son entreprenante voisine asiatique... Plutôt que de frôler l'overdose, l'accumulation donne au métrage des allures de fresque policière, impression encore renforcée par des choix scénaristiques passionnants, notamment lorsque Milius et Cimino opposent deux frères ennemis dans le contexte d'un concours de tir a priori anodin. Le script se permet d'ailleurs une analyse brillante du protagoniste central, et se confronte directement aux accusations de fachisme qui fusaient de toute part en 1971 (Harry à un autre personnage : "vous ne m'avez pas compris."). Emballé par le téléaste Ted Post et son second Buddy Van Horn (futur réalisateur de La Dernière Cible et sans doute responsable ici de l'intégralité des scènes d'action), Magnum Force reste encore aujourd'hui le plus excitant des cinq films, offrant aux fans du personnage une quantité fantasmatique de fustillades et de poursuites en bagnoles à se mettre sous la dent, avec cerise sur le gâteau un climax s'étalant sur près d'un quart-d'heure.

L'Inspecteur Harry ne renonce jamais (The Enforcer)

Après les grandeurs de L'Inspecteur Harry et Magnum Force, The Enforcer devait enfoncer le clou en 1976 et ancrer définitivement le personnage dans l'inconscient collectif international. S'ouvrant dans les environs verdurés de San Francisco par un double-meurtre particulièrement sauvage, et graphiquement aussi sec qu'un coup de tric, L'Inspecteur Harry ne renonce jamais donne clairement dans la surrenchère : le sang coule à flots, les méchants sont toujours plus méchants (et, vêtus de cuir, roulent des yeux comme des personnages de cartoons) et Harry est plus psychotique que jamais dans son application de la loi, défonçant dès le premier quart-d'heure la vitrine d'une boutique avec sa voiture pour mieux dézinguer à grands coups de magnum de vils preneurs d'otages. La mécanique de l'ensemble, toute huilée soit-elle, commence sérieusement à se voir, et ce n'est pas un personnage de sidekick féminin qui va changer la donne, en dépit de quelques dialogues grâtinés dont la série a le secret. Réservant tout de même son lot de morceaux de bravoure callahaniens (dont deux scènes hilarantes dans un bordel et une église, sans compter le final à Alcatraz, clin d'oeil ouvert à un certain film de Don Siegel avec Clint), The Enforcer reste l'un des deux épisodes les plus faibles de la série, à quelques encâblures seulement de l'amusant mais vain La Dernière Cible. A noter enfin que Jerry Fielding remplace ici Lalo Schiffrin au score, pour un résultat beaucoup plus ostentatoire et paradoxalement moins accrocheur que la splendide partition de Magnum Force.

Le Retour de l'inspecteur Harry (Sudden Impact)

Tout juste échaudé par le manque de reconnaissance publique de l’un de ses projets les plus personnels, Honkytonk Man, Eastwood accepte à contre-cœur de revenir dans la défroque de Callahan. Mais il n’est pas homme à se contenter de cachetonner et laisser sa série s’enfoncer dans les méandres de la facilité commerciale. Il s’intéresse donc forcément à un scénario décalé, permettant de souligner le décalage de plus en plus évident entre Harry et son époque (nous sommes au début des années 80) et en profite même pour emmener son personnage dans un village un peu paumé de la côte, sur les traces d'une tueuse vengeresse. Confronté à une sorte de double de lui-même, Harry est obligé de se « féminiser » ou du moins de réfléchir sur sa cause, tout autant que Eastwood lui-même s’éloigne sérieusement des figures de héros viril qui ont fait son succès. Plus important encore, l’acteur passe même ici à la réalisation et souligne plus que jamais l’appartenance de la série au monde du western avec un cinémascope somptueux (sans compter que l’histoire et les personnages auraient pu habiter l’ouest sauvage), et montre une esthétique en clair-obscur d’une immense élégance. Film jalon dans la carrière du réalisateur, mais aussi dans le personnage de Harry (soyons honnêtes, cela aurait dû être le dernier), Sudden Impact est sans aucun doute le plus réussi de la série.

La Dernière Cible (The Dead Pool)

On ne le dira jamais assez, Eastwood croyait sincèrement en avoir fini avec les canardages de Callahan. Et c’est une nouvelle fois l’incompréhension devant l’un de ses films sur la musique, en l’occurrence le magnifique Bird, qui le pousse à accepter l’offre de Warner de remettre une dernière fois le couvert. Entièrement contrôlé par sa société Malpaso et confié à son amis Buddy Von Horn (réalisateur de second épique ou directeur des cascades sur quasiment toute la filmo de son mentor), pourtant peu enclins à créer une réelle dynamique sur grand écran, cet ultime opus n’arrive pas à cacher la lassitude de son interprète qui préfère se concentrer sur l’aspect vieillissant du personnage et affronter le futur maître Jedi Liam Neeson (on notera aussi la participation de Jim Carrey dans une scène totalement hallucinée). Accessoirement, la star se frotte indirectement au tout nouveau héros du cinéma ricain musclé, comme Schwarzenegger ou Stallone. Jamais désagréable, le métrage traîne hélas en longueur, présente un nouveau serial killer peu convaincant et caricatural, se complaît dans une poursuite au valium entre Harry et une voiture télécommandée (ridicule !) et s’achève sur notre flic harponnant son ennemi dans ce que l’on pourrait appeler l'enterrement en bonne et due forme d’un héros qui a fait son temps. Reste heureusement dans cette petite production de série la relation amoureuse entre Eastwood et Patricia Clarkson, très bien écrite, qui de façon amusante annoncerait presque le petit bijou à venir Sur la route de Madison. Nan là c’est sûr, notre gros dégelasse de Callahan à bien mérité sa retraite.

Alexandre Poncet & Nathanaël Bouton-Drouard




Image :
Ayant déjà profité d’une belle ressortie il y a quelques années en DVD standard, les Dirty Harry affichaient des copies relativement propres (du moins proportionnellement à leurs dates de sorties) où de nombreux défauts du temps avaient été discrètement gommés. Ce sont bien évidement les mêmes copies qui ont été reprises ici avec donc pour les trois premiers quelques plans de coupes vraiment abimés et une vraie excellence pour tout le reste. Mais format Blu-Ray oblige, les masters ont tout de même été revus à la hausse avec une définition bien plus poussée (on peut désormais lire des coupures de presse et des affiches disséminés au sein du décor), des contrastes mieux dessinés, un excellent piqué et des couleurs éclatantes aux teintes délicieusement saturés (les vers de Magnum Force : bon sang !). Au passage, Warner à réussi à préserver le grain poussé mais volontaire des trois premiers opus, à l’esthétique plus brute, ce qui permet de souligner justement le contraste avec les deux derniers épisodes, graphiquement plus années 80.

Son :
Une fois n’est pas coutume, c’est sans commune mesure que la version anglaise est largement privilégiée avec un mixage 5.1 True HD donnant une toute nouvelle dynamique à ces classiques du polar. Les effets restent surtout axés sur les enceintes frontales avec un bon équilibre entre les différents éléments sonores, sans jamais bouffer la lisibilité des dialogues. Ce sont donc les magnifiques compositions jazzy de Lalo Shifrin (et celles, un peu moins splendides, de Jerry Fielding) qui occupent les enceintes arrières avec un aspect enveloppant des plus agréables et une très belle clarté. De leur côté les pauvres petites versions françaises continuent avec leur petite stéréo d’époque au son étouffé et particulièrement daté. Autant pour les anglophobes.

Interactivité :
Lors de la première sortie de la série sur format DVD, seul le premier film avait profité d’une quelconque interactivité avec quelques documentaires revenant sur la légende du personnage (dont une petite featurette d’époque amusante) et une bobine particulièrement intéressante sur la carrière de Clint Eastwood via sa société de production Malpasso. L’intégralité de ces suppléments a bien entendu été reprise et continue d’habiller le Blu-Ray de Dirty Harry où vient s’ajouter un long documentaire, "Clint Eastwood sort de l'ombre" qui s’intéresse justement… à la carrière de Clint Eastwood. Un supplément vraiment passionnant mais qui commence à sentir la redite pour peu que l’on ait déjà regardé le doc précédent. Cette approche fourre-tout est d'autant plus frustrante que le disque laisse trop souvent la série des Dirty Harry de côté au profité de portraits de l’acteurs / réalisateur / producteur / compositeur, ou de thématiques plus générales que l’on retrouve dans les nouveau documentaires qui accompagnent les films suivants avec "Le flic héros : celui d'hier et d'aujourd'hui",  "L'évolution de Clint Eastwood" ou "Le savoir-faire de l'inspecteur Harry", le seul intérêt de ce dernier étant de donner enfin la parole à Lalo Schiffrin pendant les cinq dernières minutes. Tous très agréables et contenant quelques petites infos sympas, ces petits documentaires auraient mérité une meilleure construction journalistique et un regard plus neuf sur la série des cinq films. Ce n'est toutefois pas le cas de La Politique dans l'Inspecteur Harry (sur Magnum Force) ni de La Violence au cinéma (sur L'Inspecteur Harry ne renonce jamais) qui, à travers des entretiens inédits avec Joe Carnahan (Narc), Shane Black (Kiss Kiss Bang Bang), John Milius (Conan le barbare et le script de Magnum Force), David Ayer (scénariste de Training Day), Clint Eastwood bien sûr et bien d'autres encore, jettent un regard plus que pertinent sur les ramifications idéologiques de la série, sa réception publique et critique en son temps, ainsi que sur le perception et le rôle de la violence à l'écran. Ce dernier documentaire se montre même assez passionnant, puisqu'il oppose sans trop trancher dans les arguments du débat les avis mesurés des pour et des contre, avec des exemples qui font souvent mouche. Restent enfin de tout nouveaux commentaires audio, comme toujours chez Warner non sous-titrés, et reposant essentiellement sur les connaissances didactiques du biographe d’Eastwood Richard Schickel qui fait un peu office de remplissage à côté des pistes de John Milius (sur Magnum Force), du réalisateur James Fargo (sur Ne renonce jamais) et des producteur et cameraman sur La Dernière Cible, pas vraiment inoubliables non plus.

  • L’Inspecteur Harry :
    Commentaire audio de Richard Schiekel
    "L'inspecteur Harry : l'original" (30’)
    Featurette d’époque (7’)
    "Clint Eastwood sort de l'ombre"(87’)
    "L'ombre de l'inspecteur Harry" (26’)
    "Clint Eastwood : l'homme de Malpaso" (58’)
    Interviews supplémentaires

  • Magnum Force :
    Commentaire audio de John Milius
    "Ligne de conduite : la politique de l'inspecteur Harry" (25’)
    "Le flic héros : celui d'hier et d'aujourd'hui" (8’)

  • Ne renonce jamais :
    Commentaire audio de James Fargo
    "Comment clore une affaire : la violence au cinéma" (30’)
    « Harry Calahan et Clint Eastwood » (6’)

  • Le Retour :
    Commentaire audio de Richard Schiekel
    "L'évolution de Clint Eastwood" (26’)

  • La Dernière Cible :
    Commentaire audio du producteur David Valdes et du caméraman Jack N. Green
    "Le savoir-faire de l'inspecteur Harry" (22’)


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