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Enorme succès de la licence Star… pardon James Bond, Moonraker est le 007 le plus souvent rediffusé à la télévision française. Pas forcément une bonne nouvelle d’ailleurs puisque cette aventure boursoufflée est clairement la plus foireuse des adaptations de Ian Flemming.
Les James Bond ont toujours fonctionné comme des éponges, comme des révélateurs des modes de leurs époques. Il faut donc se souvenir qu’en 1979 la plupart des spectateurs étaient encore sous le choc de Star Wars et Rencontres du troisième type. Deux réalisations qui auront ouvert la porte au nouvel Hollywood et à une nouvelle forme de science-fiction populaire. Le nez creux, Brocolli père n’hésita donc pas à plonger le meilleur agent secret de sa majesté en plein space opera… ou du moins c’était l’ambition première de ce Moonraker. Profitant d’un budget colossal pour l’époque (et en particulier pour un Bond), Moonraker nous joue donc la carte une nouvelle fois du Magna de la finance devenu fou et rêvant de conquête mondiale dans son repère luxueusement pas discret. Une nouvelle race humaine, qu’il nous annonce, et un virus rendant les hommes stériles, qu’il souhaite répendre sur la planète (il aurait attendu un peu…). On se croirait en pleine chanson de Benabar ! Rien de pire en somme que de voir un James Bond parodier lui-même les codes de la série. Consciemment lorsqu’il joue la carte de gros gags pour les moins de dix ans, involontairement lorsque Roger Moore use de femmes kleenex se faisant tuer dès qu’il ferme la porte de l’hôtel.
Pire que du Calogero
Pas grand-chose non plus à voir du côté des cascades, entièrement calquées qu’elles sont sur celles des films précédents. On a bien du mal à reconnaître ici le Lewis Gilbert de L’Espion qui m’aimait tourné deux ans plutôt, si ce n’est par le retour du fameux Jaws (Richard Kiel) transformé ici en crétin des alpages. Tourné dans l’urgence et entièrement conçus par un producteur passablement largué, ce James Bond part en sucette. Pas de rythme, humour calamiteux, érotisme au ras des pâquerettes, Moonraker s’étire laborieusement sur les deux heures syndicales avec en grand final l’attendue exploration spatiale. Une volonté de concurrencer les jalons du genre déjà bien ridiculisée par quelques clins d’œil aussi lourds qu’une otarie pleine (le code secret de l’une des portes de la base du méchant répond au message musical du film de Spielberg). Restent des combats en apesanteur profitant certes d’effets spéciaux aujourd’hui encore plutôt solides, mais constamment gâchés par une mise en scène pantouflarde et un sens du spectacle absent. Une farce atomique et navrante.
Nathanaël Bouton-Drouard |