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Série B horrifique dissimulée sous les traits d’un blockbuster de SF, Event Horizon a depuis été immortalisé par le bouche-à-oreille et les multiples sorties vidéo. Près de dix ans après sa sortie, le troisième long-métrage de Paul W.S. Anderson sait encore nous retourner les tripes.
Réalisateur de Mortal Kombat, Soldier, Alien Vs Predator ou Death Race, Paul Anderson n’est pas un réalisateur qui donne dans la subtilité ou la demi-mesure. Artisan doué oscillant entre le sympathique et le laborieux (la répartition des dans chaque catégorie est vite fait), le producteur décrié des Resident Evil a pourtant signé dans sa carrière un authentique bijou, à l'ampleur et l'ambition quasiment improbables. On retrouve bien entendu son sens graphique de l’image dans la reconstitution d’un vaisseau spatial Low Technology, sorte de cathétrale errante plus sculptée que réaliste, ainsi que dans une photographie envahie de noirs inquiétants. Reprenant sans grande discrétion des éléments scénaristique d’Alien voire même du Star Trek de Robert Wise, Event Horizon ne fait pas longtemps illusion sur une quelconque motivation science-fictionnelle. Ici l’espace et le contexte mathématique (le voyage à travers les frontières de l’espace) ne sont travaillés que comme des éléments crédibilisant une exploration plus intime, celle de la psyché et du cauchemar personnel. Une version space opera de La Maison de l’Horreur de Robert Wise en somme (encore lui, tiens), où tout repose sur la maestria du réalisateur, ici plus habile que jamais pour donner vie à un Event Horizon (le vaisseau comme le film) organique et carrément flippant.
L'ultime frontière
Usant d’une caméra mobile mais toujours naturelle, Anderson installe un suspense implacable, les secrets de chacun prenant corps de la manière la plus horrible qui soit, entrecoupés de morceau de bravoure en apesanteur diablement excitants. Maîtrisé de bout en bout, cet exercice de style est aussi dû, une fois n’est pas coutume, à des contraintes imposées par la production. Censé montrer frontalement quelques visions de l’enfer ultra-gore et sincèrement inspirées du travail de Clive Barker (et en particulier d’Hellraiser), Event Horizon les voit réduits dans son montage final à quelques flashes spasmodiques bien plus troublants, laissant au spectateur une marge d’imagination dont la portée est largement plus puissante que tous effets de maquillage bluffants de réalisme. Porté par une interprétation psychotique de Sam Neill (L’antre de la folie, Jurassic Park), Event Horizon reste clairement la plus grande réussite d’un jeune réalisateur que l’on voyait à l’époque comme l’un des grands espoirs du film de genre moderne. Marrant comme parfois le temps peu nous donner tort.
Nathanaël Bouton-Drouard |