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Dire qu’on l’attendait impatiemment serait mentir. Certes on aimait l’idée de retrouver le psychiatre cannibale Hannibal Lecter, mais certains choix sur le film avaient de quoi nous effrayer. Tout d’abord refaire une version du roman Dragon Rouge, 17 ans après le Manhunter de Michael Mann, en essayant de faire abstraction du passé. Deuxième gros problème : le choix de Brett Rainer comme réalisateur … Oui, l'auteur des Rush Hour, de Family Man, Argent comptant et quelques années plus tard du troisième X-Men… Ca fait peur hein ?
Dino De Laurentiis est un très grand producteur. Il a travaillé avec Ridley Scott, Michael Cimino, John Milius, Michael Mann, Sam Raimi, David Lynch et a souvent été à l’origine de films essentiels. Mais ce monsieur a une conception du cinéma toute particulière. Il pense avant tout au succès public et dans une moindre mesure (mais alors bien moindre) à la qualité du métrage. Son flair pour trouver les sujet à succès est d'autant plus incroyable. Ainsi en 1986 il déniche un livre, Dragon Rouge, et en fait réaliser l’adaptation par un Michael Mann tout juste sorti de 2 flics à Miami. Si le film ne fait pas d’étincelles au box office, sa suite Le Silence des agneaux fait un joli carton et le personnage d’Hannibal Lecter entre dans la légende sous les traits d’Anthony Hopkins. Jusque ici tout va bien. Chaque épisodes possède ses qualités, même si l’on peut trouver que Le Sixième Sens (titre français de Manhunter), malgré des tréosrs esthétiques, a du mal à faire oublier son côté 80’s (mais les 80's, c'est le sujet du film ! ndlr). De Laurentiis n’attend plus qu’une chose, que Thomas Harris écrive une nouvelle suite. Il devra patienter jusqu'à 2001 pour mettre en branle un Hannibal réalisé par Ridley Scott. Un film qui mérite d’être réévalué dans sa version DVD grâce à l’apport des scènes coupées. Car si le producteur avait plutôt laissé tranquille les réalisateurs jusqu’ici, la transformation de la série en franchise (poupées incluses) laisse entendre au mogul qu’il se doit de tout contrôler de A à Z. Scott va en pâtir (les différentes coupes lui ont été imposées) et Brett Rainer va carrément servir de vaisseau conducteur à l’idéologie De Laurentiis.
Manque de sens
Si l’ensemble du métrage n’a rien de foncièrement désagréable (euh, si, quand même, ndlr), il n’en reste pas moins un immense gâchis. Pas de doute, Dragon Rouge n’a été produit que dans le but de plaire au plus de spectateurs possible. Donc pour limiter les risques, le réalisateur (plus technicien que réalisateur d'ailleurs) a mis un point d’honneur à ne choquer personne. Sa réalisation pantouflarde passe donc plus de temps à cadrer les super acteurs méga stars au milieu du Cinémascope qu’à tenter de créer une ambiance adéquate. De la même façon, Rattner joue la sécurité en reprenant systématiquement, et ce pour chaque plan, une référence présente dans les précédents films (couleurs chaudes et compositions baroques pour le pré-générique ; image froide pour les scènes dans l’asile ; couleurs vives pour les scènes au domicile de Graham). Mais à force d’assurer ses arrières et de se limiter à fournir le strict minimum (un peu de frisson, un peu de sentiment, un peu d’humour), Dragon Rouge devient très vide fadasse, sans goût et, comble du comble, sans suspense. En somme une sorte de téléfilm bateau à très gros budget. Bien dommage quand on connaît les fulgurances dont avait fait preuve le film original et surtout l’intelligence et la sensibilité qu’aurait pu inspirer le roman de Thomas Harris. Si seulement ils l’avaient lu.
Nathanaël Bouton-Drouard |