"Au royaume des aveugles..."
Clairement handicapé par un casting improbable où seuls les cabotins Colin Farrell et Michael Clarke Duncan tentent de rattraper le coup, Daredevil peut-il tenir le coup face aux nouvelles références super-héroïques sur grand écran (Spider-man 2, The Dark Knight…) ? Pas forcément mais à l’arrivée, ce film malade a tout de même réussi à survivre malgré des choix artistiques étranges.
Souvent considéré comme l’une de pires adaptations de super-héros de ces dernières années (et pourtant il y a eu X-Men 3 et Wolverine depuis), Daredevil était en 2003 l’un des premiers à se jeter dans l’arène. S’intéressant à l’un des personnages les plus romantiques et torturés de l’univers Marvel, transcendé dans les années 1980 par Frank Miller, le métrage affiche la plupart des tics agaçants de ce genre de film : image de synthèse à tout va, surenchère de poses iconiques, clins d’œil à outrance… et surtout erreur de casting flagrante avec Ben « baby face » Affleck dans le rôle titre et Jennifer « Alias j’ai disparu de la circulation » Garner dans celui d’une jeune femme d’origine grecque. Mais là où le bât blessait, c'était surtout dans le choix d’un scénario en forme de condensé de quarante années de comics, quitte à foutre en l’air toute logique et toute implication, notamment avec la mise en avant envahissante d’une Elektra qui n’a plus grand-chose à voir avec la magnétique ninja de la BD. Il faut dire qu’a la sortie en salle du film, le pauvre Mark Steven Johnson (fan boy par excellence) ne cessait de clâmer à qui voulait l’entendre que sa version du film était bien meilleure.
Rédemption
Dubitatif tout de même devant le résultat, one ne pouvait deviner l’étendue des dégâts. Car si le Director's Cut compte une trentaine de minutes supplémentaires, il révèle aussi de nombreuses petites variations dans le montage et certaines séquences, carrément handicapantes, ont tout bonnement disparu (dont une scène d’amour avec Elektra ou les dialogues avec le prêtre dans le confessionnal). Le changement le plus notable est sans aucun dans le rythme du métrage. Moins pressé, il prend le temps d’installer la jeunesse de Daredevil (les rapports avec son père), d’effectuer les parallèles avec son ennemi le Caïd, de faire vivre les personnages secondaires (Foggi Nelson, le collègue du héros, dans quelques séquences de comédies, Bullseyes encore plus fou...). Par-dessus tout ce montage réinstalle les priorités scénaristiques. L’histoire principale n’est plus une histoire d’amour, puis de vengeance avec Elektra, mais surtout la prise de conscience de Matt Murdoch du rôle qu’il doit jouer dans le quartier de Hells Kitchen. Une évolution qui se fait au travers d’une affaire de meurtre - totalement occultée dans le montage en salles ! - que doit résoudre Murdoch autant sous son identité d’avocat que sous celle du Vigilante. Plus approfondi, plus proche du comics et avec plus de Colin Farell dedans, Daredevil est donc désormais un honnête petit film, divertissant et bien moins stupide. Plus un fanboy qu’un réalisateur, Mark Steven Johnson n’a plus à rougir que de son calamiteux Ghost Rider…où là , il n’a vraiment aucune excuse.
Nathanaël Bouton-Drouard |