Problème de maintenance
Autre création indispensable du père de Ghost In the Shell, Appleseed a lui aussi le droit à sa série filmographique. Après un premier essai sorti voici quatre ans, la saga revient avec un divertissement calibré produit par un certain John Woo.
Après une première adaptation foireuse en animation traditionnelle, la version cinématographique d’Appleseed, autre chef-d’œuvre de monsieur Masamune Shirow avait connu une jolie petite carrière en France grâce au travail appliqué de Kaze qui, outre un DVD collector et une BO luxueuse, avait signé là sa première sortie sur grand écran. Un film imparfait, aussi excitant techniquement que décevant dans son approche scénaristique, qui offrait quelques beaux moments toutefois, en particulier dans son approche la plus intimiste, explorant agréablement les liens amoureux qui lient nos deux héros Dunan et Briareos. Trois ans plus tard et avec l’apport de moyens bien plus conséquents, on espérait fortement que le réalisateur Shinji Aramaki transformerait l’essai avec Appleseed Ex Machina. Mettant une nouvelle fois de côté les réflexions ultra-complexes du manga original (et que Mamoru Oshii, via ses deux Ghost in the Shell, avait abordé sous une forme métaphysique), le nouveau film choisit même de s’écarter de la trame de la BD en concoctant un scénario inédit, comme un nouvel épisode et non une suite, montrant la mise en place d’un système de surveillance à l’échelle mondiale par l’utopique cité d’Olympus et les attaques terroristes d’un étrange groupe usant du contrôle mental.
Intéligence artificielle
Un thème vu des millions de fois à l’écran (et on ne parle même pas de la littérature) mais où le combat de la liberté contre l’esprit de la ruche se perd dans des dialogues faciles et sans envergure, et des non-dits au mystère facilement éventé. Un script qui manque cruellement d’originalité et oublie même de s’intéresser à ses personnages, malgré l’arrivée d’un « clone » de Briareos avant qu’il ne soit transformé en machine. Mais une nouvelle fois, ce qui aurait pu devenir un triangle amoureux pertinent est vite expédié pour se transformer immanquablement en franche camaraderie. Reste qu’une nouvelle fois Aramaki montre son talent pour fournir des scènes d’action purement spectaculaires et des gunfights ambitieux (certains s’amuseront à déceler quelques clins d’œil du producteur John Woo), mais qui prennent trop souvent un tournant habituellement propre au blockbuster américain, en particulier dans un grand final bardé de sacrifices et de tragédies poussives. Un final qui s'achèvera sur l’arrivée d’une créature inappropriée, mélange sans saveur entre la reine des Borg de Star Trek et un boss de Final Fantasy. Là ou Ex Machina réussit néanmoins à marquer le coup, c'est bien entendu du côté de la technique, avec un « toon-shading » (sorte de cell-shading amélioré) bluffant dans la richesse des matières, le naturel des mouvements et surtout la beauté des décors. Beau donc, mais tellement vide.
Nathanaël Bouton-Drouard |