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Chefs-d'oeuvre oubliés
Certains films marquent les esprits pour des raisons particulières. L'Avion de l'Apocalypse est de ceux-là : tandis que des titres richement budgétés, réalisés avec application et sans grande lacune narrative s'oublient dès la première vision, le métrage d'Umbert Lenzi, scénaristiquement indigent, lu plus qu'interprété, filmé plus que mis en scène, traverse les âges sans qu'on puisse ne serait-ce que caresser l'envie de s'en débarrasser.
Tourné au début des eighties par Umberto Lenzi, tâcheron légendaire du Z italien, hélas porté disparu depuis son indigente Maison du Cauchemar en 1988 (en fait, sa filmographie nous apprend qu'il a continué de tourné jusqu'en 1996, notamment à l'occasion d'un troisième épisode de Démons !), L'Avion de l'Apocalypse s'inscrit dans la mouvance zombiesque initiée par le tétanisant Dawn of the Dead de George A. Romero. Loin d'atteindre les sommets horrifiques, ni même partager les ambitions artistiques d'un Enfer des Zombies (n'est pas Lucio Fulci qui veut), le film s'avère d'autant plus agréalbe à redécouvrir aujourd'hui que la superbe copie 2.35 de Neo Publishing révèle des effets sanguinolents et des faux raccords d'anthologie, jadis masqués par les masters flous, pan & scannés et brumeux des VHS.
Valeur sociologique Le profane comme les fans ayant connu le film vont même se surprendre à réévaluer certaines idées de mise en scène de Lenzi, dont le cinémascope s'avère, en de rares instants, d'une efficacité évidente. Même la musique, présentée ici dans un mono extrêmement propre, parvient à retrouver sa dignité. Ce qui ne change guère en revanche est le manque d'implication généralisé de l'ensemble du casting, dont un Mel Ferrer responsable de quelques retentissants éclats de rire. Que ce soit en anglais, en italien ou en français (chapeau bas à l'un des plus mauvais doublages jamais enregistrés !), le dialogue est débité machinalement, avec la régularité d'un métronome, même (surtout) lor des rebondissements les plus dramatiques. Hallucinant.
Produit représentatif de son époque (allez, on va justifier l'intérêt que nous lui portons par sa valeur sociologique, si si), L'Avion de l'Apocalypse se permet enfin des digressions que l'on imagine déjà ringardes en 1980 (l'émission TV de danse, avec ses bimbos en gros collants, est à tomber), des pointes de sexe gratuites, occasionnellement liées au gore
(aïe l'amputation d'un sein en caoutchouc !), des scènes de peur incohérentes et des retournements de situation incroyablement téléphonés, juxtaposés la plupart du temps à un évident manque de thunes. Le résultat n'a bien sûr ni queue ni tête, passe du coq à l'âne, oublie des personnages en route, s'attarde sur les faciès maquillés à la va-vite de ses zombies qui, pour une raison qu'on ignore, brandissent machettes et gros guns, souvent en très gros plans et face caméra...
R Rated ?!
Sommet de cinéma Bis, le monstre de Lenzi connaîtra une exploitation plus large en nos contrées que Zombie Holocaust (ou La Terreur des Zombies) , pour cause de rééditions multiples dans les bacs promos des supermarchés, notamment sous le titre de L'Invasion des Zombies. Pourtant, le film de Marino Girolami (signé sous le pseudonyme Frank Martin) s'avère infiniment plus gore, trash et provocant que son compatriote, proposant une succession presque perverse d'amputations, égorgements, arrachages de coeurs et de globes oculaires, éviscérations, on en passe et des meilleurs. La réelle grande nouveauté de ce pur produit d'exploitation reste son affrontement entre trois figures légendaires du cinéma fantastique : le savant fou (campé par un Donald O'Brien sur le fil du rasoir), les zombies et les cannibales. Ajoutez à cette affiche des maquillages plutôt réussis, une pointe de sexe dans la plus pure tradition italienne, une musique soignée de Nico Fidenco et Walter E. Sears et une mise en scène plutôt soignée, et vous obtenez une série B d'horreur particulièrement efficiente qui, contrairement au film de Lenzi, ne prête pas à rire. A noter qu'en dépit de son ultra-violence, Zombie Holocaust fut seulement classé "R" aux Etats-Unis lors de sa sortie. Les temps changent...
Simon Gruber |