Genre : courts-métrages
de japanimation Réalisateur : Andy Jones,
Mahiro Maeda, Schinichîro Watanabe, Yoshiaki Kawajiri, Takeshi
Koike, Koji Morimoto, Peter Chung Acteurs :-
Durée : 89 mn Image : 2.35 16/9 compatible 4/3 Son : français et anglais
en DD 5.1 S-T : français,
anglais, hébreu, arabe, néerlandais, roumain, bulgare
Editeur/distrib. : Warner Home Video Date de sortie : disponible
Film :
Interactivité / technique :
Synopsis
: Dernier vol de l'Osiris (9mn10) : un vaisseau humain découvre
que les machines lancent une attaque massive sur Zion. La Seconde renaissance parties I et II (8mn51 & 9mn04)
: le récit de la guerre entre les robots et les humains, et
de l'asservissement de ces derniers. L'Histoire de Kid (9mn15) : un jeune garçon qui se doute
de l'existence de la matrice est poursuivi par les agents. Programme (6mn56) : Dans une simulation de combat située
dans le Japon médiéval, deux humains se battent pour
savoir s'il faut capituler devant la matrice. Record du monde : (8mn21) : un coureur de 100 mètres
bat le record du monde et dépasse ses limites physiques. Ce
faisant, il prend conscience de l'existence de la matrice. Au-delà (12mn28) : une jeune fille cherchant son chat
découvre une maison hantée, en fait une zone buggée
de la matrice. Une histoire de détective (9mn26) : un détective
privé est chargé de retrouver la pirate informatique
nommée Trinity. Matriculé (15mn37) : Un groupe d'humains capture un
robot et le branche à une matrice visant à " humaniser
" les machines.
Enter the animatrix
Le
concept derrière Animatrix est simple : développer
l'univers de la trilogie des frères Wachowski tout en rendant
hommage à la japanimation, principale source d'inspiration
de Matrix et de ses suites. Pourtant, derrière cette
limpide déclaration d'intention, se cachent des enjeux et
des contradictions multiples qui montrent bien les ambitions et
les limites de l'uvre des frangins W. L'évolution du
jugement porté sur les deux premiers Matrix suffit
pour saisir l'ampleur du " problème ". Lorsque
le premier volet sort au cinéma en 1999, le public crie au
génie et s'esbaudit devant des gimmicks visuels et narratifs
" jamais vus auparavant ". Pour les initiés, ceux
qui baignent depuis longtemps dans le bain de la japanimation, de
la SF et du cinéma de Hong Kong, Matrix est un gigantesque
(et habile) patchwork d'influences aussi diverses que Yoshiaki Kawajiri,
Philip K. Dick, John Woo, Yuen Woo-Ping, Frank Miller, et on en
passe. Rien de surprenant, donc, à ce que certains de ces
noms se retrouvent dans les génériques des longs métrages
(Woo-Ping les a chorégraphiés) ou d'Animatrix
(Kawajiri réalise le segment Programme et scénarise
Record du monde). Puis, les avis ont évolué,
divergé, et Matrix est devenu un phénomène
culturel, un jalon dans l'évolution visuelle du cinéma
d'action. La maîtrise des frères, leur talent à
modeler un fourre-tout gargantuesque pour en faire un tout cohérent
et plutôt divertissant, ont réussi à faire passer
la pilule, et à mettre tout le monde, fans comme détracteurs,
dans l'expectative : que nous préparaient-ils pour la suite
de Matrix ? Quelles surprises nous réservaient Animatrix,
projet alléchant s'il en est ?
Première
constatation : The Matrix Reloaded ne tient pas la route.
Loin de la rigueur et de l'inventivité du premier film, ce
second volet trahit toutes les attentes, perd son fil narratif dans
des circonvolutions inutilement compliquées, recycle en plus
grand et plus gras les séquences d'action et ne parvient
pas à retranscrire toute l'essence d'un scénario pourtant
diablement ambitieux. Là où Matrix nous laissait
avec un sentiment d'infinies possibilités, Reloaded
nous ramène sur terre avec du vieux déguisé
en neuf. Et les citations philosophiques et autres débats
sur la virtualité ne parviennent pas à cacher l'ennui
et le déjà vu. C'est ici qu'interviennent les Animatrix.
Si dans un univers aux infinies et multiples possibilités,
les frères Wachowski ont choisi une linéarité
narrative décevante et même parfois bancale, ils ont
tenté d'explorer les pistes laissées de coté
avec cette série de courts-métrages utilisant l'animation
japonaise comme vecteur. Ce qui ne surprendra personne, c'est que
les segments les plus faibles " conceptuellement " parlant
sont ceux écrits par les deux frères. Seconde renaissance
parties I et II raconte la genèse de l'univers de Matrix,
le soulèvement des machines et la domination de l'homme par
ces dernières. L'enchaînement des évènements
décrits est convenu, et seule la mise en image de Mahiro
Maeda (responsable de l'excellent Blue Submarine 6) parvient
à rendre le tout relativement original. Encore que le recours
à des images implantées dans l'inconscient collectif
planétaire (Tienanmen, les charniers des camps de concentration,
la " million man march ") et à des références
visuelles précises (The Wall d'Alan Parker, Akira)
apparaisse au final comme une ficelle plutôt épaisse.
Mais l'essentiel est là, le décor est planté.
En revanche, les deux autres segments écrits par les frères
abandonnent toute ambition pour n'avoir qu'une utilité vaguement
scénaristique, et sûrement commerciale, puisque Dernier
vol de l'Osiris (de Andy Jones, qui a travaillé sur le
film Final Fantasy) et L'Histoire de Kid (segment
décevant de la part de Schinichîro Watanabe, créateur
de la fabuleuse série Cowboy Bebop et du film qui
en fût tiré) racontent des histoires qui trouvent de
faibles échos dans Matrix Reloaded. En clair : si
vous n'avez pas vu Animatrix, certaines " subtilités
" du second film vous échapperont. Si la volonté
d'entremêler les repères pour créer un tout
cohérent est louable, le résultat n'amène aucune
dimension supplémentaire, et apparaît vide de sens
et d'intérêt. Dernier vol de l'Osiris devient
une splendide démo technique (entièrement en synthèse)
dans laquelle surnage tout de même la première séquence,
une magnifique danse de séduction guerrière, que les
frères Wachowski auraient mieux fait de garder pour les personnages
de Neo et Trinity (au lieu de cela, ils passent leur temps à
se réveiller et à se demander mutuellement s'ils ont
rêvé). Le reste n'est qu'une redite de la poursuite
entre le vaisseau des humains et les sentinelles du premier Matrix.
Quant à L'Histoire de Kid, ce récit de l'extraction
d'un jeune garçon hors de la matrice est un condensé
de l'évasion de Neo, toujours dans le premier film. Bref,
pour l'innovation, il faudra aller voir plus loin
Les
segments n'ayant pas été scénarisés
par les frères Wachowski sont dans l'ensemble nettement plus
intéressants. A l'exception de Une histoire de détective,
toujours de Schinichîro Watanabe (vive le copier-coller !),
qui même s'il revient à l'ambiance film noir/jazzy
qui faisait la réussite de Cowboy Bebop, ne raconte
rien de particulièrement excitant. Tout juste arrive-t-il
à introduire dans le monde de Matrix ce que l'on désirait
y voir : des univers différents, des concepts décalés.
Une direction plus franchement empruntée par Yoshiaki Kawajiri,
qui marque de son empreinte deux segments, parmi les plus réussis
: Programme et Record du monde. Le premier utilise
le concept de simulation d'univers introduit dans Matrix
et se situe dans le Japon médiéval, période
déjà brillamment illustrée par Kawajiri dans
Ninja Scroll et Kamui. L'expérience est intense,
et l'on commence à entrevoir ce que pourrait donner Matrix
si ses créateurs poussaient leur délire à fond.
A un autre niveau, Kawajiri expérimente allégrement,
se jouant des dimensions, jonglant entre la 2D et la 3D avec une
maestria confondante, se permettant même un " bullet
time à plat ". Le réalisateur fait preuve d'autant
d'originalité dans l'écriture du scénario de
Record du monde (réalisé par Takeshi Koike,
avec qui il a travaillé sur Ninja Scroll), et aborde
le sujet de la matrice par le biais d'un axe sportif, et non guerrier.
La mise en image de Koike est d'une grande originalité, rappelant
autant les oeuvres de Kawajiri et de Peter Chung que les dessins
de Frank Miller et Mike Mignola, et fait preuve d'une belle inventivité
dans la représentation des corps et du mouvement.
Les
deux derniers épisodes sont ceux qui poussent le concept
le plus loin, chacun à sa façon, et avec des résultats
qualitatifs variables. Au-delà, de Koji Morimoto (responsable
d'un des segments de Robot Carnival, et superviseur de l'animation
sur Akira), illustre une idée émise par le
personnage de l'oracle dans Reloaded : les manifestations
dites " surnaturelles " telles que les vampires ou les
ovni sont en fait des bugs dans la matrice. Ici, Morimoto invente
une maison hantée en plein cur d'une grande ville,
où l'instabilité du code informatique crée
des particularités physiques incroyables : les bouteilles
se cassent puis se reforment, on peut voler, etc. Ce concept aboutit
même à des passages d'une poésie certaine, assez
reposante et surprenante dans le cadre d'un projet comme Matrix.
Dommage que la mise en scène de Morimoto soit à ce
point horripilante, illustrant l'un des travers systématiques
de la récente animation japonaise : l'imitation du réel.
Non pas que ce procédé soit à bannir (le réveil
de l'héroïne de Ghost In The Shell ou le générique
du film Cowboy Bebop en sont des exemples positifs), mais
lorsque cela se traduit par des (dé)cadrages approximatifs
et des vues à la première personne "pour faire
comme en vrai ", cela tient plus du gimmick visuel qui étouffe
la narration plutôt que de la mettre en valeur. Comme dirait
un estimé collègue " y z'avaient qu'à
le faire en film, bordel ! ". Il n'en reste pas moins qu'Au-delà
est l'un des segments les plus intéressants de cette anthologie.
La palme revenant à Matriculé, mis en scène
par Peter Chung (responsable entre autre de l'ovni télévisuel
qu'est Aeon Flux), et qui met en abîme le principe
même de la matrice, puisque ce sont ici des hommes qui tentent
d'apprendre l'humanité à une machine. Chung délire
à pleins tubes dans la représentation visuelle de
cette matrice pour robots, et nous livre des images aux couleurs
psychédéliques, à la géométrie
variable et déstabilisante. Tout cet épisode est construit
comme une suite de situations symboliques visant à montrer
le cheminement de la machine vers l'humanité. Le dénouement
sera cruel pour les personnages de chair et de sang, et montre l'artificialité
d'une telle tentative.
On
le voit, le bilan d'Animatrix est plutôt mitigé.
L'ambition affichée des initiateurs du projet a abouti à
une série d'épisodes à la cohésion plutôt
" bâtarde ", où le meilleur côtoie
le pire, où l'inspiration la plus folle se mêle à
des maladresses ou des banalités artistiques décevantes.
Mais on ne peut nier l'un des aspects les plus intéressants
de cette anthologie de courts-métrages : rendre à
César ce qui appartient à César. Les multiples
emprunts tant décriés des frères Wachowski
à l'animation japonaise sont ici clairement explicités
par ces derniers. Le documentaire présent dans l'interactivité
(voir plus bas) va aussi clairement dans ce sens. Et si Animatrix
permet à des artistes comme Kawajiri (l'une des sources d'inspiration
les plus flagrantes des deux frères) de rencontrer le succès
qu'il mérite partout dans le monde, on ne pourra que s'incliner
devant le fait que ce projet aura eu son mot à dire. Et même
s'il est frustrant pour les fans de la première heure de
voir qu'un tel accomplissement ne peut s'effectuer qu'au sein d'une
gigantesque opération de récupération de l'animation
japonaise par l'industrie cinématographique américaine,
l'essentiel est que les lauriers reviennent à qui de droit.
Image : Tout simplement parfaite.
Les noirs sont uniformes et très profonds, la définition
et la compression ne font jamais preuve de faiblesse, et le piqué
d'image est saisissant.
Son Les deux pistes DD 5.1 sont très
semblables au niveau du rendu et des effets. Les basses sont bien
appuyées et les effets multiples. Un régal.
Interactivité : Commentaires
audio : 4 des 9 épisodes bénéficient d'une
piste de commentaire. Les deux segments de Seconde renaissance
sont analysés par leur réalisateur Mahiro Maeda, qui
explique que le recours à des images faisant référence
à des évènements historiques est surtout là
pour nous secouer les tripes, tout comme les passages gores. Plus
intéressante est son analyse des symboles disséminés
cà et là, prouvant que sa mise en images est bien
le fruit d'une réflexion artistique. Programme bénéficie
du commentaire de Kawajiri et de son producteur. Le réalisateur
explique surtout la façon dont il a abordé la mise
en scène, et son utilisation particulière de la 2D
et de la 3D. Passionnant. Enfin, sur Record du monde, Takeshi
Koike, lui aussi accompagné de son producteur, nous dit que
le réalisme le barbe, et que ce qui l'intéressait
était surtout la représentation du corps et de ses
mouvements, d'un point de vue cinématographique. Au final,
des commentaires très complets où l'analyse de la
mise en images est le principal sujet, ce qui nous change des anecdotes
de tournage et des auto-conratulations de rigueur.
Documentaire
"L'histoire et la culture du film d'animation" (22mn25)
:Un documentaire concis mais riche en informations, retraçant
les grandes lignes de l'histoire de l'animation japonaise. Si les
aficionandos n'apprendront rien de particulier, le grand public
y trouvera une solide base d'apprentissage. C'est d'ailleurs ce
qui caractérise le DVD d'Animatrix : que ce soit les
épisodes eux-mêmes ou ce doucmentaire, on y trouve
une tentative de "vulgarisation" pédagogique de
la japanimation, visant à mieux faire accepter ce médium
au public occidental. De plus, il est clairement expliqué
que les frères Wachowski s'en sont largement inspirés
pour leurs films, notamment de la mise en scène de Kawajiri.
Making of (55mn24) :chaque épisode est présenté
à travers un court making of, recueillant les réactions
des divers participants (réalisateurs, musicien, producteurs,
bruiteurs...). Rien d'extraordinaire à l'horizon, aucune
révélation fracassante, mais quelques informations
intéressantes valent le détour, comme par exemple
l'essai réalisé par Square Pictures pour convaincre
les Wachowski de leurs capacités à réaliser
Dernier vol de l'Osiris.
La création du jeu vidéo : Enter The Matrix (2mn51)
:On avait réussi jusqu'à maintenant à
éviter l'auto-promo, mais c'était inévitable
: voici donc un court segment sur le jeu vidéo tiré
de Matrix Reloaded (fort décevant d'ailleurs), qui
n'est là que pour en vanter les mérites, et ne vous
apprendra pas grand chose sur la création du jeu en elle-même.
Biographie des réalisateurs et des producteurs :l'énigme de ce DVD : à part des listes de noms
et l'Animatrix auxquels ils sont associés, rien à
l'horizon. Pas de biographie ou de filmographie, nada, niet. Alors
soit on est manchots de la télécommande, soit c'est
un bug (de la matrice ?).
Un bon point, donc, pour cette interactivité qui parvient
à allier l'intérêt analytique (les commentaires
audio), historique (le doc) et informatif (le making of). Du tout
bon.