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ANIMATRIX
Zone 2 - Japon/USA - 2003

Genre : courts-métrages de japanimation
Réalisateur : Andy Jones, Mahiro Maeda, Schinichîro Watanabe, Yoshiaki Kawajiri, Takeshi Koike, Koji Morimoto, Peter Chung
Acteurs : -
Durée :
89 mn
Image : 2.35 16/9 compatible 4/3
Son : français et anglais en DD 5.1
S-T : français, anglais, hébreu, arabe, néerlandais, roumain, bulgare
Editeur/distrib. :
Warner Home Video
Date de sortie : disponible

Film :
Interactivité / technique :

Synopsis :
Dernier vol de l'Osiris (9mn10) : un vaisseau humain découvre que les machines lancent une attaque massive sur Zion.
La Seconde renaissance parties I et II (8mn51 & 9mn04) : le récit de la guerre entre les robots et les humains, et de l'asservissement de ces derniers.
L'Histoire de Kid (9mn15) : un jeune garçon qui se doute de l'existence de la matrice est poursuivi par les agents.
Programme (6mn56) : Dans une simulation de combat située dans le Japon médiéval, deux humains se battent pour savoir s'il faut capituler devant la matrice.
Record du monde : (8mn21) : un coureur de 100 mètres bat le record du monde et dépasse ses limites physiques. Ce faisant, il prend conscience de l'existence de la matrice.
Au-delà (12mn28) : une jeune fille cherchant son chat découvre une maison hantée, en fait une zone buggée de la matrice.
Une histoire de détective (9mn26) : un détective privé est chargé de retrouver la pirate informatique nommée Trinity.
Matriculé (15mn37) : Un groupe d'humains capture un robot et le branche à une matrice visant à " humaniser " les machines.
 

Enter the animatrix

Le concept derrière Animatrix est simple : développer l'univers de la trilogie des frères Wachowski tout en rendant hommage à la japanimation, principale source d'inspiration de Matrix et de ses suites. Pourtant, derrière cette limpide déclaration d'intention, se cachent des enjeux et des contradictions multiples qui montrent bien les ambitions et les limites de l'œuvre des frangins W. L'évolution du jugement porté sur les deux premiers Matrix suffit pour saisir l'ampleur du " problème ". Lorsque le premier volet sort au cinéma en 1999, le public crie au génie et s'esbaudit devant des gimmicks visuels et narratifs " jamais vus auparavant ". Pour les initiés, ceux qui baignent depuis longtemps dans le bain de la japanimation, de la SF et du cinéma de Hong Kong, Matrix est un gigantesque (et habile) patchwork d'influences aussi diverses que Yoshiaki Kawajiri, Philip K. Dick, John Woo, Yuen Woo-Ping, Frank Miller, et on en passe. Rien de surprenant, donc, à ce que certains de ces noms se retrouvent dans les génériques des longs métrages (Woo-Ping les a chorégraphiés) ou d'Animatrix (Kawajiri réalise le segment Programme et scénarise Record du monde). Puis, les avis ont évolué, divergé, et Matrix est devenu un phénomène culturel, un jalon dans l'évolution visuelle du cinéma d'action. La maîtrise des frères, leur talent à modeler un fourre-tout gargantuesque pour en faire un tout cohérent et plutôt divertissant, ont réussi à faire passer la pilule, et à mettre tout le monde, fans comme détracteurs, dans l'expectative : que nous préparaient-ils pour la suite de Matrix ? Quelles surprises nous réservaient Animatrix, projet alléchant s'il en est ?

Première constatation : The Matrix Reloaded ne tient pas la route. Loin de la rigueur et de l'inventivité du premier film, ce second volet trahit toutes les attentes, perd son fil narratif dans des circonvolutions inutilement compliquées, recycle en plus grand et plus gras les séquences d'action et ne parvient pas à retranscrire toute l'essence d'un scénario pourtant diablement ambitieux. Là où Matrix nous laissait avec un sentiment d'infinies possibilités, Reloaded nous ramène sur terre avec du vieux déguisé en neuf. Et les citations philosophiques et autres débats sur la virtualité ne parviennent pas à cacher l'ennui et le déjà vu. C'est ici qu'interviennent les Animatrix. Si dans un univers aux infinies et multiples possibilités, les frères Wachowski ont choisi une linéarité narrative décevante et même parfois bancale, ils ont tenté d'explorer les pistes laissées de coté avec cette série de courts-métrages utilisant l'animation japonaise comme vecteur. Ce qui ne surprendra personne, c'est que les segments les plus faibles " conceptuellement " parlant sont ceux écrits par les deux frères. Seconde renaissance parties I et II raconte la genèse de l'univers de Matrix, le soulèvement des machines et la domination de l'homme par ces dernières. L'enchaînement des évènements décrits est convenu, et seule la mise en image de Mahiro Maeda (responsable de l'excellent Blue Submarine 6) parvient à rendre le tout relativement original. Encore que le recours à des images implantées dans l'inconscient collectif planétaire (Tienanmen, les charniers des camps de concentration, la " million man march ") et à des références visuelles précises (The Wall d'Alan Parker, Akira) apparaisse au final comme une ficelle plutôt épaisse. Mais l'essentiel est là, le décor est planté. En revanche, les deux autres segments écrits par les frères abandonnent toute ambition pour n'avoir qu'une utilité vaguement scénaristique, et sûrement commerciale, puisque Dernier vol de l'Osiris (de Andy Jones, qui a travaillé sur le film Final Fantasy) et L'Histoire de Kid (segment décevant de la part de Schinichîro Watanabe, créateur de la fabuleuse série Cowboy Bebop et du film qui en fût tiré) racontent des histoires qui trouvent de faibles échos dans Matrix Reloaded. En clair : si vous n'avez pas vu Animatrix, certaines " subtilités " du second film vous échapperont. Si la volonté d'entremêler les repères pour créer un tout cohérent est louable, le résultat n'amène aucune dimension supplémentaire, et apparaît vide de sens et d'intérêt. Dernier vol de l'Osiris devient une splendide démo technique (entièrement en synthèse) dans laquelle surnage tout de même la première séquence, une magnifique danse de séduction guerrière, que les frères Wachowski auraient mieux fait de garder pour les personnages de Neo et Trinity (au lieu de cela, ils passent leur temps à se réveiller et à se demander mutuellement s'ils ont rêvé). Le reste n'est qu'une redite de la poursuite entre le vaisseau des humains et les sentinelles du premier Matrix. Quant à L'Histoire de Kid, ce récit de l'extraction d'un jeune garçon hors de la matrice est un condensé de l'évasion de Neo, toujours dans le premier film. Bref, pour l'innovation, il faudra aller voir plus loin…

Les segments n'ayant pas été scénarisés par les frères Wachowski sont dans l'ensemble nettement plus intéressants. A l'exception de Une histoire de détective, toujours de Schinichîro Watanabe (vive le copier-coller !), qui même s'il revient à l'ambiance film noir/jazzy qui faisait la réussite de Cowboy Bebop, ne raconte rien de particulièrement excitant. Tout juste arrive-t-il à introduire dans le monde de Matrix ce que l'on désirait y voir : des univers différents, des concepts décalés. Une direction plus franchement empruntée par Yoshiaki Kawajiri, qui marque de son empreinte deux segments, parmi les plus réussis : Programme et Record du monde. Le premier utilise le concept de simulation d'univers introduit dans Matrix et se situe dans le Japon médiéval, période déjà brillamment illustrée par Kawajiri dans Ninja Scroll et Kamui. L'expérience est intense, et l'on commence à entrevoir ce que pourrait donner Matrix si ses créateurs poussaient leur délire à fond. A un autre niveau, Kawajiri expérimente allégrement, se jouant des dimensions, jonglant entre la 2D et la 3D avec une maestria confondante, se permettant même un " bullet time à plat ". Le réalisateur fait preuve d'autant d'originalité dans l'écriture du scénario de Record du monde (réalisé par Takeshi Koike, avec qui il a travaillé sur Ninja Scroll), et aborde le sujet de la matrice par le biais d'un axe sportif, et non guerrier. La mise en image de Koike est d'une grande originalité, rappelant autant les oeuvres de Kawajiri et de Peter Chung que les dessins de Frank Miller et Mike Mignola, et fait preuve d'une belle inventivité dans la représentation des corps et du mouvement.

Les deux derniers épisodes sont ceux qui poussent le concept le plus loin, chacun à sa façon, et avec des résultats qualitatifs variables. Au-delà, de Koji Morimoto (responsable d'un des segments de Robot Carnival, et superviseur de l'animation sur Akira), illustre une idée émise par le personnage de l'oracle dans Reloaded : les manifestations dites " surnaturelles " telles que les vampires ou les ovni sont en fait des bugs dans la matrice. Ici, Morimoto invente une maison hantée en plein cœur d'une grande ville, où l'instabilité du code informatique crée des particularités physiques incroyables : les bouteilles se cassent puis se reforment, on peut voler, etc. Ce concept aboutit même à des passages d'une poésie certaine, assez reposante et surprenante dans le cadre d'un projet comme Matrix. Dommage que la mise en scène de Morimoto soit à ce point horripilante, illustrant l'un des travers systématiques de la récente animation japonaise : l'imitation du réel. Non pas que ce procédé soit à bannir (le réveil de l'héroïne de Ghost In The Shell ou le générique du film Cowboy Bebop en sont des exemples positifs), mais lorsque cela se traduit par des (dé)cadrages approximatifs et des vues à la première personne "pour faire comme en vrai ", cela tient plus du gimmick visuel qui étouffe la narration plutôt que de la mettre en valeur. Comme dirait un estimé collègue " y z'avaient qu'à le faire en film, bordel ! ". Il n'en reste pas moins qu'Au-delà est l'un des segments les plus intéressants de cette anthologie. La palme revenant à Matriculé, mis en scène par Peter Chung (responsable entre autre de l'ovni télévisuel qu'est Aeon Flux), et qui met en abîme le principe même de la matrice, puisque ce sont ici des hommes qui tentent d'apprendre l'humanité à une machine. Chung délire à pleins tubes dans la représentation visuelle de cette matrice pour robots, et nous livre des images aux couleurs psychédéliques, à la géométrie variable et déstabilisante. Tout cet épisode est construit comme une suite de situations symboliques visant à montrer le cheminement de la machine vers l'humanité. Le dénouement sera cruel pour les personnages de chair et de sang, et montre l'artificialité d'une telle tentative.

On le voit, le bilan d'Animatrix est plutôt mitigé. L'ambition affichée des initiateurs du projet a abouti à une série d'épisodes à la cohésion plutôt " bâtarde ", où le meilleur côtoie le pire, où l'inspiration la plus folle se mêle à des maladresses ou des banalités artistiques décevantes. Mais on ne peut nier l'un des aspects les plus intéressants de cette anthologie de courts-métrages : rendre à César ce qui appartient à César. Les multiples emprunts tant décriés des frères Wachowski à l'animation japonaise sont ici clairement explicités par ces derniers. Le documentaire présent dans l'interactivité (voir plus bas) va aussi clairement dans ce sens. Et si Animatrix permet à des artistes comme Kawajiri (l'une des sources d'inspiration les plus flagrantes des deux frères) de rencontrer le succès qu'il mérite partout dans le monde, on ne pourra que s'incliner devant le fait que ce projet aura eu son mot à dire. Et même s'il est frustrant pour les fans de la première heure de voir qu'un tel accomplissement ne peut s'effectuer qu'au sein d'une gigantesque opération de récupération de l'animation japonaise par l'industrie cinématographique américaine, l'essentiel est que les lauriers reviennent à qui de droit.

Laurent Duroche


 

Image :
Tout simplement parfaite. Les noirs sont uniformes et très profonds, la définition et la compression ne font jamais preuve de faiblesse, et le piqué d'image est saisissant.

Son
Les deux pistes DD 5.1 sont très semblables au niveau du rendu et des effets. Les basses sont bien appuyées et les effets multiples. Un régal.

Interactivité :
Commentaires audio : 4 des 9 épisodes bénéficient d'une piste de commentaire. Les deux segments de Seconde renaissance sont analysés par leur réalisateur Mahiro Maeda, qui explique que le recours à des images faisant référence à des évènements historiques est surtout là pour nous secouer les tripes, tout comme les passages gores. Plus intéressante est son analyse des symboles disséminés cà et là, prouvant que sa mise en images est bien le fruit d'une réflexion artistique. Programme bénéficie du commentaire de Kawajiri et de son producteur. Le réalisateur explique surtout la façon dont il a abordé la mise en scène, et son utilisation particulière de la 2D et de la 3D. Passionnant. Enfin, sur Record du monde, Takeshi Koike, lui aussi accompagné de son producteur, nous dit que le réalisme le barbe, et que ce qui l'intéressait était surtout la représentation du corps et de ses mouvements, d'un point de vue cinématographique. Au final, des commentaires très complets où l'analyse de la mise en images est le principal sujet, ce qui nous change des anecdotes de tournage et des auto-conratulations de rigueur.

Documentaire "L'histoire et la culture du film d'animation" (22mn25) : Un documentaire concis mais riche en informations, retraçant les grandes lignes de l'histoire de l'animation japonaise. Si les aficionandos n'apprendront rien de particulier, le grand public y trouvera une solide base d'apprentissage. C'est d'ailleurs ce qui caractérise le DVD d'Animatrix : que ce soit les épisodes eux-mêmes ou ce doucmentaire, on y trouve une tentative de "vulgarisation" pédagogique de la japanimation, visant à mieux faire accepter ce médium au public occidental. De plus, il est clairement expliqué que les frères Wachowski s'en sont largement inspirés pour leurs films, notamment de la mise en scène de Kawajiri.

Making of (55mn24) : chaque épisode est présenté à travers un court making of, recueillant les réactions des divers participants (réalisateurs, musicien, producteurs, bruiteurs...). Rien d'extraordinaire à l'horizon, aucune révélation fracassante, mais quelques informations intéressantes valent le détour, comme par exemple l'essai réalisé par Square Pictures pour convaincre les Wachowski de leurs capacités à réaliser Dernier vol de l'Osiris.

La création du jeu vidéo : Enter The Matrix (2mn51) : On avait réussi jusqu'à maintenant à éviter l'auto-promo, mais c'était inévitable : voici donc un court segment sur le jeu vidéo tiré de Matrix Reloaded (fort décevant d'ailleurs), qui n'est là que pour en vanter les mérites, et ne vous apprendra pas grand chose sur la création du jeu en elle-même.

Biographie des réalisateurs et des producteurs : l'énigme de ce DVD : à part des listes de noms et l'Animatrix auxquels ils sont associés, rien à l'horizon. Pas de biographie ou de filmographie, nada, niet. Alors soit on est manchots de la télécommande, soit c'est un bug (de la matrice ?).

Un bon point, donc, pour cette interactivité qui parvient à allier l'intérêt analytique (les commentaires audio), historique (le doc) et informatif (le making of). Du tout bon.

Laurent Duroche

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  • Disque 1 :
  • 4 commentaires audio
  • Documentaire "L'histoire et la culture du film d'animation" (22mn55)
  • Making of (55mn24)
  • La création du jeu vidéo : Enter The Matrix (2mn51)
  • Biographie des réalisateurs et des producteur

- Site officiel de l'univers de Matrix
- Critique de la bande originale

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