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Posant régulièrement un regard précis et acerbe sur l'histoire de son pays, Oliver Stone n'avait jamais attaqué un sujet aussi brûlant que la carrière du président George W. Bush. Un manque de distance qui limite peut-être le génie, même si on est loin du mauvais film annoncé par les oiseaux de mauvaise augure.
Américain contestataire, mais contestataire foncièrement américain, Oliver Stone a été marqué, comme tous ses compatriotes, par les attentats du 11 septembre. Une date traumatique autour de laquelle semble désormais tourner son cinéma. De l'alternative éclairée d'un Alexandre au drame humains sous les décombres de World Trade Center, l'acte monstrueux à changé la perception des américains, et Stone s'efforce d'en être le reflet. Une trajectoire qui se devait de croiser directement celle du président pré-Obama, chef d'état en forme de farce tragique que les bourdes et les mauvaises amitiés ont rattrapé au cours de son second mandat. Un personnage pathétique qu'Oliver Stone ne s'efforce pourtant jamais d'enfoncer dans la tombe. Sans condescendance, mais sans méchanceté non plus, ce portrait de Bush Junior ne se veut pas une charge facile sur un homme déjà fini. Amoureux des destins brisés et, d'une certaine façon, des loosers flamboyants (il est le scénariste de Scarface tout de même), Stone fouille donc dans le passé du 43ème président des Etats-Unis et en ressort le portrait d'un homme essoré par une jeunesse dorée, cannibalisé par la figure du père (quitte à des années plus tard retourner en Irak pour achever le travail de papou). En recherche constante de reconnaissance, cet être assez médiocre et beauf se perd dans l'alcool et ne démarre véritablement sa vie active qu'à une quarantaine d'années.
Un bretzel de travers
Sa rédemption n'est finalement pas beaucoup plus glorieuse, puisqu'après avoir trouvé sa voie par la rédemption évangélique, il va reprendre les trace du pater pour devenir un président passif, véhicule rêvé pour un parti républicain à la recherche de nouveaux marchés (pétroliers) pour leurs amis industriels. Une chronique pathétique qui ressemble à s'y méprendre à celle sur Richard Nixon tournée en 1995, même si depuis la forme est plus à chercher du côté d'une certaine simplicité, faite de très gros plans et de mouvement discrets. Une reproduction inspirée du langage télévisuel qui soutient logiquement le propos, et s'accorde surtout avec la proximité des évènements en appuyant la sensation de vérité d'une production où Josh Brolin (No Country for old Men) réussit avec justesse à se substituer au véritable W sans même lui ressembler. Bien entendu, le réalisateur ne prétend jamais donner ici la vérité sur le personnage, mais plus sobrement sa vision d'un destin qui restera certes dans l'histoire, mais pas forcément pour les bonnes raisons. Sans doute est-ce là que le métrage trouve ses limites. Explorant des pistes déjà maintes fois évoquées, enfonçant des portes ouvertes et ne surprenant qu'à de très rares occasions (dont une scène de dîner surréaliste entre Junior et Dick Chesney), W. n'a pas forcément la force de ses plus grandes œuvres.
Simon Gruber |