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Petit champion de festival, premier film d’un réalisateur devenu maudit depuis son pourtant exceptionnel I Know Who Kill Me, The Lost aura dû passer directement par la case DVD en France. Encore un Direct-to-Video qui méritait bien mieux que cela, même si on ne peut que remercier Free Dolphin d’avoir eu le courage de le distribuer. Merci donc.
Si Jack Ketchum (The Girl Next Door) publie ses romans crus et violents depuis près de trente ans, il aura pourtant fallu attendre que le jeune Chris Sivertson (avec l'aide de son ami et producteur Lucky May McKee) s’intéresse à The Lost pour en connaître une adaptation sur grand écran. Un film à tout petit budget cependant, tourné en toute liberté mais aussi avec des acteurs et actrices débutants, voire non professionnels. Le jeu général n’est pas toujours idéal certes, mais on sent la volonté de cette jeune équipe de pousser le récit jusqu’au bout en particulier pour le personnage de Ray Pye, antihéros de cette tragédie du quotidien incarné par un Marc Senter tombant parfois dans le caricatural, mais exprimant parfaitement l’aspect séduisant de ce loubard d’un bled paumé et le psychopathe latent. Le portrait se fait cruel et franchement pathétique, alors que l’ersatz raté de James Dean cherche inlassablement le rapport de force et se persuade de son pouvoir de séduction sur les fans. Un tombeur certes, mais qui ne peut cacher sa colère devant tout refus.
Light my fire
Cette tendance à la violence gratuite, voire hystérique l’amène donc, dès l’ouverture, à assassiner deux jeunes femmes innocentes faisant un peu de naturisme au bord d’un lac. Un crime au paradis en somme qui contamine peu à peu l’intégralité du métrage, tout d’abord par la simple image d’une mouche signifiant la pourriture que le petit groupe tente d’oublier, jusqu’à un final presque apocalyptique, moins sanglant que perturbant, rejouant d’une manière plus directe celui de Twin Peaks Fire Walks With Me. Une connexion que l’on retrouve aussi dans l’exploration réussie de nombreux personnages secondaires (en particulier les « conquêtes » de Ray Pye) et un rapport particulier à la réalité d’une « petite ville ». Une inquiétante étrangeté comme dirait l’autre allemand, qui est largement due à la mise en scène impressionniste (et impressionnante) de Sivertson, savourant une moiteur hypnotique et des effets de filtre citant intelligemment l’école italienne. Un premier essai d’une réelle maîtrise donc, profondément perturbant. Et en prime, une excellente adaptation de Ketchum.
Nathanaël Bouton-Drouard |