Le nerf de la guerre
Les guerres agitant le monde ont régulièrement inspiré les cinéastes et les scénaristes. Première et seconde guerre mondiale, Viêt-Nam, guerre du Golfe, chacune a eu sa période faste de films qui en ont traîté. Peter Berg (Very Bad Thing, Bienvenu dans la jungle !) s’attaque aux événements récents en Arabie, mêlant terrorisme, pétrole et pays en tension guerrière dans The Kingdom.
Le pétrole est depuis presque toujours un nerf de la guerre comme on n’en fait plus. Il y a plus de trente ans, Les Trois Jours du Condor traitait déjà du sujet. Et The Kingdom se sert des crises pétrolières comme d’un cadre pour son propos.
Partant d'un postulat de politique-fiction pas si fictionnelle que cela (à travers un pré-générique remarquable remettant en place les enjeux politiques entourant les pays arabes), le film bifurque rapidement dans le polar (suite à un attentat qui fait directement écho à un attentat ayant eu lieu en 1996) avant de se conclure sur une scène d’action de haut vol. Pas étonnant quand on sait que Michael Mann est à la production du film, sa patte se faisant sentir à différents moments du métrage, que ce soit dans le filmage ou la mise en ambiance.
Choc des cultures
Mais The Kingdom se sert avant tout de l’ensemble de ses thématiques pour mettre en place son propos autour d’un sujet central : la confrontation entre ses personnages et leurs cultures. La rencontre, tout d’abord de confrontation, puis d’amitié, entre Ronald Fleury (un Jamie Foxx égal à lui-même) et le colonel Faris al Ghazi (très charismatique Ashraf Barhom), reflet des relations difficiles entre les Etats-Unis et les pays arabes, sous-tend l’ensemble du film. Offrant les quelques moments d’humour du film (via les questions d’emploi de la langue anglaise), qui se retrouvent à renforcer encore la tension palpable qui se dégage de la majorité du propos, cette relation est un des deux axes articulant l’ensemble de The Kingdom. L’autre axe est celui du thriller politique ancré dans la réalité, un regard sans concessions sur les rapports américano-arabes, sans complaisance. Reflétant la mouvance actuelle à laisser de côté les films pro-américains, Peter Berg met en scène des personnages avant tout. Nul méchant arabe, gentil américain. Simplement des individus, avec des volontés, des raisons d’agir, l’horreur de la réalité.
Ambiance viscérale
Le parallèle entre les situations américaine et arabe trouve son écho dans une dernière séquence qui, à l’instar de la première scène du film, fait froid dans le dos. Mais là où l'ouverture était un pur moment de violence visuelle, il suffit d’une poignée de mots pour clore le propos, bouclant la boucle d’un film construit sur ce postulat circulaire.
La qualité de la mise en scène de Berg est sans nul doute pour beaucoup dans la force qui se dégage du film. Que ce soit dans une scène de briefing, où la rapidité du montage reflète parfaitement l’afflux d’informations et le côté pressant des événements, dans les confrontations entre personnage, à deux doigts de l’incident diplomatique, l’ensemble de la mise en scène est pensée pour créer du sens. Si la maestria d’un Mann n’est pas encore présente dans le filmage de Berg, il ne fait nul doute que ce dernier suit ses traces, apportant sa patte personnelle à travers un montage nerveux. Celui-ci nuit peut-être à la lisibilité de l’action lors de certaines scènes, mais renforce sans coup férir le sentiment viscéral de la violence du moment.
Quoi qu’il en soit, The Kingdom confirme qu’il y a un nouveau réalisateur à suivre de prêt à Hollywood : croisons les doigts pour qu’il confirme, et que le projet de nouvelle adaptation de Dune à laquelle il est attaché profite de son talent !
Dimitri Pawlowski |