Erotisme sauvage
Le courageux éditeur Le Chat qui fume continue son exploration du cinéma underground américain. Après avoir déterré The Forbidden Zone, ce sont désormais les œuvres dégénérées du photographe Richard Kern qui, après avoir fait les beaux jours du catalogue VHS d’Haxan, reviennent enfin en DVD accompagnés de quelques inédits, notamment du tout récent Extra Action.
Connu aujourd’hui pour autant pour ses photographies érotiques que ses clichés plus « people », Richard Kern, l’un des créateurs de l’esthétique porno-chic, s’est essayé au cinéma au début des années 1980. Il est alors un performeur parmi d’autres et parcourt les rues newyorkaises pour son fanzine. C’est cette rencontre avec les rues les moins reluisantes de la grande pomme, leur population bigarrée et les étals des sex-shops qui vont l’inspirer pour ses premiers courts-métrages. Commence une période des plus prolifiques qui s’étend sur presque dix ans avec pas moins de 19 bandes (sans compter des clips pour Sonic Youth ou Marilyn Manson), qui confrontent le spectateur à des âmes perdues n’arrivant à exister ou communiquer que par un sexe débridé, la drogue, la violence et le meurtre. Passant d’un noir et blanc granuleux à de la couleur baveuse, Kern ne se préoccupe que très peu des erreurs de montages, des sautes d’images, des dialogues sans relief et de l’interprétation hasardeuse ; ce qui manifestement lui plaît dans le cinéma, c'est l’image.
Sex in the city
L'oeuvre de Kern dégage une envie constante de déstabiliser la libido du spectateur, qui doit réussir à supporter des allers-retours soudains entre du porno-réalité et des effets gore ou autres extravagances. L'auteur explose également une fois encore la figure de la jeunesse américaine, et frappe souvent en plein plexus. Ce cinéma des sensations (pas vraiment agréable) étonne donc par sa liberté, sa puissance, voire par un grand sens de l’image proche de l’univers punk et glam rock. Cette esthétique, Kern semble l'abandonner aujourd'hui, plus concentré qu’il est à construire une collection photographique recherchant la beauté et l’érotisme chez la « girl next door ». Témoin de cette évolution, le récent Extra Action est ainsi le pendant en mouvement du travail photographique de l’artiste, le tout monté sur les musiques entêtantes de Thurstone Moore (Sonic Youth). Quelque part entre Helmut Newton et Andrew Black, Kern adresse un hommage à la beauté féminine grâce à de jolies jeunes femmes (voire pour certaines femmes-enfants) qui prennent de nombreuse poses lascives seules ou à deux, plus ou moins vêtues, sur un lit ou dans le bain. Comme quoi oui, la jeunesse ça a vraiment du bon.
Nathanaël Bouton-Drouard |