Circulez, y a tout à voir !
On se doutait que, même quatorze ans après son premier coup d’éclat, le réalisateur de Forbidden Zone pouvait mettre en scène un autre film frappadingue. Ce fut le cas, en 1994, avec Réducteur de têtes, comédie ado étonnamment sombre qui ne ressemble à rien de connu !
Le synopsis donne une vague idée de la folie de l’objet qui se dévoile sous nos yeux. Mais il faut voir les images s’animer, il faut voir ces trois têtes hautes de quelques centimètres flotter dans les airs, calées sur une transparence douteuse. Il faut voir une de ces têtes d’enfant, réduite et séparée de son corps, un couteau entre les dents, ou des décharges électriques auréolées autour d’elle, en train de foncer dans les airs pour assouvir une vendetta. Réducteur de têtes, c’est une histoire de vengeance plus que singulière. On pense un temps que la présence du sorcier haïtien Sumatra et de ses pouvoirs démentiels assureront à eux seuls le quota de surprises du récit. Mais le film de Richard Elfman ne cesse de déployer des idées inattendues. La tournure des évènements glissant vers le film de zombies surprend. Autre exemple, quelques scènes mettant en avant la sexualité d’un couple préado s’invitent sans crier gare. Cela va sans dire que lorsqu’une jeune fille de quinze ans offre sa poitrine à une tête volante grande comme un poing, on reste bouche bée !
Regard noir
Autre bon point, que l’on n'espérait pas forcément, le discours particulièrement sombre du film. Si le sorcier Sumatra décide de prendre les trois esprits des enfants sous son aile, son dessein n’est ni clair, ni bien-pensant pour autant. Il organise une vengeance, mais avant que les trois esprits en forme de têtes volantes passent à l’action, Sumatra ne leur demande aucunement leur avis et se réjouit du fait qu’il leur faille perdre toute humanité pour y parvenir. Dans ce scénario, rien n’est donc jamais manichéen. Réducteur de têtes, presque en sous-texte, évoque ainsi le caractère inhumain de la violence et de la vengeance. Un regard vertueux qui nous rappelle donc qu’il s’agit bien d’une œuvre destinée aux ados, toutefois l’une des plus timbrées de ces trente dernières années. Le film date de 1994. Il convient de se souvenir de cette période comme celle d’une aubaine pour tout réalisateur attiré par le fantastique. L’avènement des effets spéciaux numériques, alors à la portée de presque toutes les bourses, aura permis nombre de comédies surnaturelles qu’il était impensable de réaliser quelques années plus tôt. Réducteur de têtes jouit de cet enthousiasme, palpable à chacun de ses plans, malgré quelques légères baisses de rythme. Un pouvoir de fascination et un attachement certain sauront ainsi assaillir, quinze ans plus tard, tous ses nouveaux spectateurs !
Hendy Bicaise |