What a wonderfull world !
Films coups de poing, modèles de mise en scène, les précédents Park Chan-wook nous avaient préparés à tout… sauf à ça. Je suis un cyborg apporte ainsi beaucoup de lumière après une vision noire et absurde du monde, et s'impose comme une nouvelle réussite pour l’un des auteurs les plus marquants de ce début de millénaire.
En quatre longs-métrages (et deux courts), Park Chan-wook s’est surtout fait connaître pour des récits d’une rare violence, des histoires de vengeance destructrice sur fond de réalité sociale et politique de la Corée moderne. Un plongeon dans un monde crépusculaire et sans pitié constamment à la limite de la folie. Maintenant sa trilogie de la vengeance achevée (Sympathy for Mister Vengeance, Old Boy et Lady Vengeance), Chan-Wook semble être enfin apaisé, et pour preuve : I’m a Cyborg but that’s Ok est une comédie romantique. Pas tout à fait comme peuvent l’entendre les anglosaxons mais le récit, touchant, suit deux jeunes gens un peu paumés qui vont finir par s’apprivoiser. Avec une nuance toute particulière, puisque tous deux sont particulièrement atteints et habitent un sympathique asile coréen : Young-goon est persuadée d’être une cyborg et Il-soon est un cleptomane dont la pire crainte est de rétrécir et de disparaître.
Planête schizo
Forcément cela complique pas mal de situations rocambolesques… notamment lorsque la demoiselle refuse de se nourrir de peur de rouiller de l’intérieur. Un jeu du « à qui sauvera qui » en somme, que le cinéaste illustre sans aucune condescendance mais avec un amour constant pour la différence et la liberté de ces sentiment, faisant un peu penser par la fraîcheur de l’écriture au non-moins réussis My Sassy Girl. Franchement émouvant (même pour un légionnaire), Je suis un cyborg prend directement à la gorge pas sa douce poésie où les délires des uns deviennent réalité filmique, voire se mélangent les uns aux autres dans des visions kitsches et colorées (un homme persuadé d’être attaché à la mort par un élastique, une autre se voit en chanteuse suisse dans une pub Milka…). Une douce folie communicative, souvent drôle et toujours source d’idées de mise en scène virtuose et jouissive. Un film qui fait beaucoup de bien par où il passe (après nous avoir pourri la vie avec ses tragédies, ce n’est que justice), d'autant qu’il illustre intelligemment l’incommunicabilité des êtres… ici transcendée par un couple un peu fêlé.
Nathanaël Bouton-Drouard |