Film parallèle
Peu de films peuvent se vanter de mériter leur statut, souvent usurpé, de film culte. Avec sa distribution express au début des années 80, sa quasi-disparition du marché de la vidéo, son casting improbable, la présence de Danny Elfman à la musique et son côté complètement fou, Forbidden Zone ne l’a pas volé.
Pas de doute que les fans de Tim Burton et de son compositeur attitré vont bondir immédiatement sur la sortie de ce DVD inattendu de Forbidden Zone. Et en un sens ils ont bien raison. Grand fan du métrage, Burton en a irrémédiablement gardé des traces et le travail de Danny Elfman n’a eu de cesse de revenir irrémédiablement à ces origines. Des élans mélancoliques du score aux délires pop des chansons, on s’amuse forcément à reconnaître de-ci de-là un peu de Batman Returns ou de Charlie et la chocolaterie, sans oublier forcément son autre comédie musicale L’étrange Noel de Monsieur Jack, le rouquin génial poussant rarement la chansonnette. Ici dans le rôle d’un diable un brin lubrique, Elfman fait des merveilles et montre une présence scénique insoupçonnée. Même ses reprises de standards de Cab Calloway ou Joséphine Baker fascinent par leur mélange habile entre sonorités datées et une pointe de modernité (années 80, certes). Un travail dont il ne porte pas seul la paternité puisque Forbidden Zone fut à la base entièrement tourné à la gloire du Mystic Knights of the Oingo Boingo (qui deviendra par la suite plus sobrement Oingo Boingo et enregistrera des morceaux aussi mythiques que le générique de Code Lisa), troupe de plus d’une dizaine de personnes mélangeant performances et morceaux musicaux un brin désuets.
Acid Magic Circus
Un univers bigarré et décalé qu’intensifie la mise en scène de Richard Elfman (petit frère de… qui réalisera par la suite avec moins de succès Shrunken Head ou Modern Vampires), mélangeant allègrement séquences live classiques, pixélation, animation traditionnelle, décors en carton-pâte, avec une énergie et une bonne humeur communicative. Véritable ode à la différence, voire à la monstruosité, le film est conçu autour d’images totalement folles où un majordome à tête de grenouille sodomise un petit garçon joué par un homme de cinquante ans, où une princesse se balade tout du long seins nus, où Hervé Villechaise (le nain de L’ile Fantastique) se transforme en homme à femmes... Chaque instant transpire ainsi d'une folie que l’on pourrait presque qualifier de saine, tant elle donne un sentiment de liberté des plus rafraichissantes. Un style et une thématique peu étonnants quand on sait que le scénariste / réalisateur Matthew Bright (l’excellent Freeway, Ted Bundy) faisait lui aussi partie de la bande, auquel il faut ajouter Susan Tyrell (La Chair et le sang, Cry Baby) et le trop rare Joe Spinell (Maniac). Un joyeux bordel en somme, toujours au bord de l’hystérie, qui sous ses dehors d’hommage à l’esthétique cartoon des années 30 offre un spectacle incroyablement inventif et vivant, parfois bancal, mais toujours éclatant.
Nathanaël Bouton-Drouard |