Epée de Damoclès
Depuis la sortie de son thriller malin, Saw, lequel a malheureusement donné naissance à une suite de bouses infâmes (signées par un certain Bouseman, allez comprendre !), James Wan n'a pas connu beaucoup de chance. Ses deux réalisations suivantes (Dead Silence et le présent Death Sentence) ne semblent pas ainsi avoir été particulièrement soutenues pas les distributeurs, avec un nombre de copies limité et une absence totale de promo. Reste le DVD pour tenter de rattraper le coup…
Sorti à quelques mois d’intervalles avec le A vif de Neil Jordan, le troisième long-métrage de James Wan partage avec lui un même amour du film d’autodéfense des années 70. Un genre censé démontrer la déliquescence de la société américaine, la réaction du citoyen lambda face à la violence environnante et le manque de réponses des représentants de la justice : flics et juges en ligne de mire. Un genre qui prenait une apparence réactionnaire pour démontrer (dans le meilleur des cas) l’escalade de la violence et la vengeance comme destructeur d’identité. Wan connaît parfaitement la chanson et ne cache plus ses amitiés démocrates et son mépris du second amendement (donnant le droit de posséder une arme pour se défendre). Une thèse déjà vue, mais de nouveau utile aujourd’hui, admirablement servie par un Kevin Bacon sur le fil du rasoir et un John Goodman effrayant en vendeur d’arme du ghetto. De plus en plus habile avec sa camera, le cinéaste livre donc un film de genre aux scènes d’action particulièrement efficaces et maitrisées, trouvant son point de rupture dans une superbe scène de poursuite en plein jour.
Machoires brisées
Réaction ultra-violente du gang face à au meurtre de l’un des leurs, ce long plan-séquence montre une réelle maestria, que ne renierait pas Brian de Palma (le Maître de cet exercice), tout en soulignant la mise en place progressive d’une surenchère dont on ne peut plus enrayer la mécanique implacable. Réalisation impeccable, photographie toujours aussi splendide (voir Saw et Dead Silence)... Le métrage tombe pourtant souvent dans les défauts du genre : drame pathos à grand renforts de ralentis, dialogues craignos, gang caricatural qui du coup fait parfois sombrer l'ensemble dans le ridicule. Clairement influencé par le comics book The Punisher, Death Sentence lui emprunte une violence ultra graphique mais aussi un aspect irréel, voire grotesque, qui tolère difficilement les travers hollywoodiens à raz-les-pâquerettes. Du coup, malgré la bonne volonté du jeune réalisateur, son message ne passe pas forcément toujours bien a contrario du sublime A vif. Diantre que ce James Wan est prometteur… mais à force de nous faire attendre, il va passer du côté des déceptions.
Nathanaël Bouton-Drouard |