Fantômes et mystères
En 1963, Robert Wise révolutionne le film de fantômes et de maisons hantées, avec sa terrifiante Maison du Diable. Un an plus tard, Antonio Margheriti, cinéastique typique de l'âge d'or du cinéma bis italien, s'attaque avec Danse Macabre au même thème.
Partant sur un postulat classique à l’extrême, le film s’écarte cependant avec beaucoup d’astuce des poncifs du genre. Grâce à un scénario très intelligent, doté de dialogues particulièrement travaillés, qui plongent sans peine le spectateur dans l’Angleterre de la fin du xixe siècle, le film se pare d’emblée d’une ambiance bien particulière. Ambiance rehaussée par la qualité du travail sur le noir et blanc, jouant autant sur les lumières – la majorité du film voit les personnages s’éclairer à la bougie ou via des lampes – que sur leur absence – notamment lorsque seuls les visages des personnages, témoins incapables d’avoir prise sur ce qu’ils voient, apparaissent dans un cadre de ténèbres.
La qualité évidente de la photographie ne doit pas faire oublier le soin apporté à la mise en scène, jouant de très jolie façon sur la façon dont se mêlent présent et passé, dans une lente descente vers l’enfer et la folie qui attendent de leurs griffes le pauvre journaliste qui a décidé de passer la nuit dans la demeure hantée.
Pépite brute du passé
Bien entendu, comme dans toute réalisation d’horreur d’une certaine époque, les effets faisant bondir à l’époque sont passés, pour ne pas dire dépassés. L’utilisation de la musique, non pas une mise en ambiance, mais bel et bien une représentation des sentiments des personnages et des actions entreprises à l’image, prête ainsi à sourire, de même que les bruitages outranciers, tout comme le – rare – surjeu de certains acteurs en certaines situations.
Malgré tout, et grâce à une palette de talents de l’époque (la superbe Barbara Steele, Georges Rivière, etc.), Danse Macabre parvient encore à convaincre et, à défaut de créer de la frayeur, à passionner. Le film joue avec talent sur le double mythe de la maison hantée et du vampire, sans en galvauder aucun. Au contraire, il en tire les essences les plus intéressantes, grâce à un usage modéré et inventif, soutenu par la qualité de l’ambiance qui sous-tend l’ensemble du film et par une qualité de gestion de l’espace remarquable.
Fourmillant de trouvailles et d’idées pour mêler passé et présent, tout en représentant la descente dans la folie d’un homme confronté à une situation impossible (à se demander si Kubrick ne s’en est pas inspiré pour son Shining), Danse Macabre mêle amour et horreur dans une mouvance typiquement romantique, jusqu’à son magnifique final. Et il parvient même, dans certains de ses aspects, à se parer d’une modernité de ton et d’idées, transformant un simple film de fantômes en une œuvre intemporelle.
Dimitri Pawlowski |