Petit scarabé deviendra grand
Alors que les dessin animés japonais semblent avoir définitivement disparu des grands écrans français (si l’on excepte les dernières productions Ghibli), l’éditeur Kaze, via le distributeur Eurozoom, semble bien décidé à s’installer comme la dernière lueur d’espoir pour les fans. Dernier exploit en date, la sortie sur nos écrans du sympathique Brave Story, qui devrait réussir à faire oublier la morosité de ce début d’année.
Formé par d’anciens du studio Gainax (Evangelion, Gunbuster), le studio Gonzo n’aura mis en définitive qu’une petite dizaine d’années à s’imposer comme l’une des références du marché nippon. Après quelques succès comme Full Metal Panic ou Gankutsuou, il était assez logique qu’il s’intéresse de plus en plus à l’aventure cinéma. Un premier essai avec Origine qui se soldait par une semi-déception devant un spectacle sympathique mais brouillon et particulièrement naïf. Produit dans la foulée, avec l’aide de Fuji Tv et la Warner, Brave Story remonte largement la pente. Adapté du roman de Miyuki Miyabe (disponible chez Pocket Jeunesse), le film affiche clairement un budget de grosse production familiale : design mignon tout plein, animation somptueuse, nombreux éléments en 3D, effets visuels dans tous les sens… Une surenchère qui convient parfaitement à cet univers d’heroic fantasy au carrefour du Seigneur des Anneaux et d’Alice au pays des merveilles où l’on croise dragons, hommes chats, hommes lézards, chevaliers au grand cœur, sorciers maléfiques et déesses bienveillantes.
Vision d'ailleurs
Une illustration toute japonaise, humour et grand sentiments compris, qui reprend forcément l’aspect voyage initiatique du roman (déjà adapté en manga et disponible en français chez Kurokawa), en présentant le voyage parallèle de deux jeunes garçons de notre monde qui tentent de retrouver la déesse de la Destinée afin d’annuler, chacun à sa manière, leur expérience traumatique familiale. Un message forcément omniprésent dans les dialogues et qui entérine l’idée que ce métrage est encore une fois conçu à l’attention d’un public de préados. Cette optique est loin d'apparaître comme un défaut, tant en général cette partie du public est laissée de côté par les sociétés de production, et confère à Brave Story une petite touche particulière, entre éléments « kawai » et séquences spectaculaires à souhait. Un vrai spectacle qui n’hésite pas à se calquer sur la structure des jeux de rôle sur consoles, poussant notre jeune héros à mettre la main sur des gemmes pour atteindre son but, à changer de classe en prouvant sa bravoure, à s'acoquiner avec un dragon et à venir à bout d’une quête parallèle.. Des emprunts assez amusants mais qui soulignent aussi la petite insuffisance du métrage qui, en deux heures bien tenues, a parfois un peu de mal à garder une narration fluide et à cacher les impasses faites sur certains passages du roman. Il n’en reste pas moins que Brave Story est un réel ravissement pour les yeux, en grande partie dû aux envolées lyriques du réalisateur Kôichi Chigara (déjà remarqué sur l’excellente série Last Exile), qui sans oublier d’ouvrir un peu les perspectives des spectateurs, réussit parfaitement sa mission divertissante.
Nathanaël Bouton-Drouard |