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La beauté des ténèbres
Après
ces deux classiques de la SF que sont Alien et Blade Runner,
Ridley Scott a eu envie de quitter ces univers sombres et technologiques.
Il décide que son prochain long-métrage sera un conte de fées. Après
avoir caressé l'idée d'adapter Tristan et Iseult, il décide
de créer une histoire nouvelle, inspirée des livres de contes qu'il
a lu étant enfant. A l'aide de l'écrivain William Hjortsberg (dont
l'un des livres fût adapté par Alan Parker : Angel Heart),
il invente cette histoire somme toute très classique de lutte entre
la lumière et les ténèbres. En fait, tout Legend n'est qu'un
livre d'images. C'est d'ailleurs ce qui lui a été reproché par les
critiques (et qui lui est encore reproché) : Legend ne serait
"que" ça. Mais la vérité est ailleurs : Legend "est" ça.
Avec cette idée en tête, on comprend mieux que les personnages n'aient
pas de background, peu de profondeur. Aucun livre d'images, aucun
conte n'a jamais établi la psychologie de ses personnages en expliquant
leur passé (il n'y a qu'à se référer à Blanche-Neige et les sept
nains de Disney que Scott cite abondamment dans son film et
son commentaire audio). Ils sont là, à l'instant où se passe l'histoire,
pour se dissoudre ensuite dans l'inconscient collectif. Leur existence
ne sert que le récit, n'est là que pour faire fonctionner la symbolique
de tout conte. En l'occurrence, Legend est plus une fable
sur la tentation, la corruption de l'innocence, que la description
d'une lutte manichéenne. Il apparaît même assez clairement que le
film de Scott est tout entier empreint de religion, de chrétienté.
L'histoire n'est elle pas celle d'Adam et Eve, de la femme pécheresse
qui menaça l'Eden en accomplissant un acte interdit ? Les licornes
elles-mêmes ont longtemps été des symboles religieux, sans parler
de l'aspect de Darkness, incarnation du Diable…
A
la lumière de cette lecture du film, on trouve plus de cohésion
au métrage de Ridley Scott (cohésion encore accentuée par ce director's
cut fidèle à l'idée du réalisateur), qui n'a pas seulement respecté
son idée de base dans ses aspects narratifs. Il porte un livre d'images
à l'écran, images il y aura donc. Et quelles images ! C'est simple,
de la première à la dernière seconde, Legend n'est que beauté,
un foisonnement visuel de tous les instants, qui emplit chaque coin
de l'écran. Des décors (tous artificiels, le film ayant été entièrement
tourné en studio) à la lumière, des costumes aux maquillages, tout
n'est que délice pour les yeux. Mais pour capturer l'essence d'une
telle beauté, il fallait que Scott établisse une mise en scène à
la hauteur. Là encore, le pari est réussi. Il rend à merveille l'atmosphère
éthérée d'un forêt magique, par des filtres judicieux, des mouvements
de caméras amples, des ralentis majestueux… Il sait aussi faire
naître une sensation d'oppression entêtante dans le repaire de Darkness,
grâce à des cadrages étouffants et précis, et encore une fois au
moyen d'une lumière fabuleuse. Il est clair que le réalisateur a
su s'entourer d'une équipe artistique extrêmement talentueuse pour
concrétiser sa vision. Si l'ensemble fait beaucoup penser à La
Belle et la bête de Cocteau (et pour cause, Scott l'a projeté
à toute l'équipe avant le tournage), on peut aussi y voir l'influence
du fantastique japonais, avec par exemple le Kwaidan de Kobayashi,
même si le réalisateur de Legend n'y fait jamais allusion.
Mais
au sein de cette mine de belles images, il y aune pépite qui brille
plus fort que les autres, d'une noirceur paradoxalement éclatante.
C'est bien sur Darkness, le méchant du film, l'un des plus beaux
monstres que l'on n'ait jamais vu à l'écran (avec les aliens - tiens
donc - et le Balrog de La Confrérie de l'anneau). Le maquillage
totalement hallucinant de Rob Bottin (The Thing de Carpenter)
donne à ce personnage une aura immédiate. Majestueux, menaçant,
il est séducteur tout en étant profondément effrayant. Mais le plus
grand mérite de Bottin est d'avoir conçu un costume prosthétique
intégral permettant cependant à l'acteur d'exprimer pleinement son
jeu, ce que l'immense Tim Curry (The Rocky horror picture show)
ne se prive pas de faire. Sans lui, Darkness n'aurait été qu'une
enveloppe vide, certes belle, mais creuse. Grâce à lui, le mal a
pris forme à l'écran, dans toute son ambiguïté et sa splendeur.
Il est un peu à l'image du film et des reproches qui lui ont été
fait : beau mais creux, alors que manifestement, il n'est point
creux. Il faut juste savoir où chercher et laisser le contenu s'exprimer…
Laurent Duroche
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Image :
Il
n'y a désormais qu'une seule raison de conserver notre zone 2 :
le montage européen est différent (plus court que le director's
cut, mais plus long que le montage US). En ce qui concerne la qualité
technique, préférez lui la présente édition. C'est bien simple,
le transfert du montage de Scott est tout simplement parfait. Les
couleurs sont su-bli-mes, la compression est sans défaut, avec des
arrières plans ultra sables et précis. Le transfert n'était pourtant
pas gagné d'avance, au vu de l'ambiance visuelle éthérée, et de
la variété des couleurs dominantes suivant les scènes. Mais tout
est parfait. Le bonheur. Un bonheur que l'on ne retrouve pas sur
la version US du second disque, puisque l'encodage est plus grossier,
avec une définition moins pointue et des couleurs moins chatoyantes.
Mais qui ira encore regarder cette version, si ce n'est les fans
du groupe Tangerine Dream (dont la musique fût imposée à Scott pour
le montage US, en lieu et place du splendide score de Jerry Goldsmith)
?
Son :
Pour le director's cut, trois pistes sonores sont disponibles : DTS, Dolby Digital 5.1 et Surround. La première est bien sur la plus performante, avec une spatialisation réussie, misant plus sur les ambiances que sur les effets arrières (présents tout de même). De plus, le mixage réussi parfaitement à faire cohabiter les dialogues et la musique très présente de Goldsmith. Enfin, les basses sont lourdes et généreuses, aptes à faire trembler le sol et les murs de votre salon. On trouve à peu de choses près les mêmes qualités sur la piste D.D. 5.1, si ce n'est que les basses y sont un peu moins présentes, et que l'ensemble est un poil moins dynamique. Mais cela reste de très bonne facture. Enfin, la piste surround fait ce qu'elle peut, et compte tenu de son origine, elle s'en tire plutôt bien, avec une bonne dynamique. Du bon boulot. La version courte ne dispose que d'une piste, surround elle aussi, qui reste assez honnête.
Interactivité :
Signalons que si les deux versions du film sont sous-titrées en
français, aucun bonus ne connaît la même faveur (zone 1 oblige).
Cependant, si vous vous débrouillez un peu en anglais, vous devriez
pouvoir capter l'essentiel sans trop de problème.
On
commence avec le gros morceau de cette interactivité : le documentaire
de 51 minutes intitulé "Creating a myth : the making of Legend".
Faisant appel à la quasi-totalité des postes clés du film (à part
Tom Cruise, totalement absent de cette édition), ce segment s'attache
à retracer tout l'historique du film en compagnie de Scott, de Rob
Bottin, du scénariste, de monteur du chef op', des acteurs… Un historique
qui ne fût pas de tout repos, puisque Scott décida de tourner le
film en studio, n'ayant pu trouver de forêt assez "cinégénique".
C'est donc dans les mythiques studios Pinewood, en Grande Bretagne,
sur le "James Bond set", que fût recrée la luxuriante forêt de Legend.
Un décor immense, permettant à la caméra de tourner sur 360 degrés
sans révéler quoi que ce soit d'étranger au film. Rempli d'animaux
(dans le commentaire audio, Scott révèle que les pigeons n'arrêtaient
pas de se cogner dans le faux ciel), ce plateau gigantesque permit
à Scott d'éclairer ses bois exactement comme il l'entendait, ce
qui donne au film ce cachet visuel si particulier. Malheureusement,
le plateau Bond fut dévasté par un incendie, trois jours avant la
fin des prises de vues dans ce décor. La réaction de Scott lorsqu'il
apprend la nouvelle ? Aller jouer au tennis… On le voit, ce documentaire
apporte beaucoup d'informations sur le tournage, grâce notamment
à des documents d'archives nombreux, riches en images de tournage,
dont un essai de mouvement de caméra bluffant, un plan de grue nous
faisant traverser toute la forêt sans cut. Mais en raison de l'incendie,
cela n'a pas pu être tourné… Scott revient aussi sur les difficultés
qu'a connu le film avec ses distributeurs, et avoue qu'il n'aurait
jamais du permettre l'"ablation" du score de Goldsmith - splendide
- en faveur de la musique du groupe Tangerine Dream - totalement
hors-sujet. Le documentaire permet donc vraiment d'avoir une vue
d'ensemble sur la genèse du film, même si quelques points manquent
au tableau (Cruise, plus de précisions sur les problèmes avec les
distributeurs, les inspirations visuelles, etc…). Cela gâche légèrement
le plaisir que l'on éprouve à sa vision, mais vraiment très légèrement.
L'autre friandise appréciable, c'est bien sur le commentaire audio
de Ridley Scott, que l'on sait depuis longtemps maître en la matière
(ses interventions sur les éditions d'Alien, Gladiator
et Hannibal sont passionnantes). Ici encore, le cinéaste
tient un discours assez intéressant sur le film, aussi bien d'un
point de vue narratif que technique. Il révèle par exemple que le
personnage du "boucher" dans l'antre de Darkness est directement
inspiré du Leatherface de Massacre à la tronçonneuse, que
le jeune acteur incarnant l'elfe Gumb, David Bennent (Le Tambour),
a été doublé en raison de son accent allemand, qui a fait dire à
un exécutif du studio que ce personnage était un nazi ! Scott trouvait
pourtant que cet accent s'insérait parfaitement dans l'histoire,
en tant que conte profondément européen. Le cinéaste donne aussi
une petite leçon aux cinéastes actuels lorsqu'il explique qu'aujourd'hui,
l'effet spécial de la fée voletant un peu partout coûterait 200
000 dollars en images de synthèse, alors qu'il l'a fait avec une
canne à pêche et une petite lampe… Et Scott de pousser un retentissant
"Hello ?", laissant apparaître sa perplexité sur le fonctionnement
actuel des studios et d'Hollywood… Dommage que parfois, il ne fasse
que commenter ce qui se passe à l'écran, ce qui fait un peu tomber
le rythme, et que plusieurs remarques du réalisateur soient redondantes
avec le doc (phénomène malheureusement inévitable), mais dans l'ensemble,
c'est un vrai plaisir que d'écouter le monsieur.
On
enchaîne avec la section "Lost Scenes", contenant deux séquences.
La première est une ouverture alternative appelée "four goblins"
(10 mn), nous faisant découvrir un nouveau personnage : Tic. Cette
séquence a longtemps été réputée perdue, avant qu'une cassette vidéo
n'apparaisse en 2001. De mauvaise qualité visuelle et sonore, pas
tout à fait complète (quelques plans manquent à l'appel), elle est
de moins bonne facture que le début actuel du film. Scott a fait
le bon choix. L'autre séquence s'intitule "faerie dance" (2 mn 45),
et se présente sous un jour un peu particulier : la scène a été
perdue, et seule subsiste la bande son ! Celle-ci défile donc accompagnée
de plans du storyboard et de photos prises sur le plateau, nous
permettant de nous faire une idée assez précise de l'aspect de la
séquence.
On découvre ensuite trois séquences en storyboard : la première
("Lili and the unicorns") est plus là pour nous montrer que Scott
reste assez fidèle à son matériau d'origine. La seconde ("Jack's
challenge") est presque une scène coupée, dans le sens où elle montre
un segment qui n'a pas été tourné pour des questions de budget :
à l'origine, Jack devait, pour récupérer son armure et ses armes,
se battre contre un géant à deux têtes ! Sympathique, tout comme
l'est la dernière séquence, qui nous révèle une mort alternative
pour Darkness ! "Downfall of Darkness" nous montre en effet que
ce dernier aurait du être transpercé par une licorne avant d'être
projeté dans un gouffre. Nous est aussi révélé qu'à l'origine, Lili,
une fois séduite par le monstre, devait se transformer en femme-chat
!
Le dernier "gros" bonus c'est bien sur la présence
de deux pistes sonores isolées ! La première, sur
le director's cut, nous permet d'écouter le score de Jerry
Goldsmith, agrémenté de passages musicaux inédits.
Sublime ! La seconde, présente sur la version salle US, est
la partition de Tangerine Dream, assez jolie au demeurant, mais
trop éloignée de l'univers du film.
Enfin,
on trouvera le clip vidéo de Brian Ferry "Is your love
strong enough ?", assez kitsch sur la longueur, 2 bandes annonces
plus 4 spots TV, trois galeries de phots avec plus de 180 documents,
les classiques filmo-biographies, et une comparaison film/storyboard
en bonus DVD-rom. Au final, cette édition ultime porte parfaitement
son nom ! Qualité technique, profusion des bonus
La
seule chose manquante, c'est peut-être un angle d'attaque
un peu plus incisif concernant la création du film et ses
aléas, et bien sur, la présence de Cruise, dont on
aurait aimé connaître l'avis sur cette "uvre
de jeunesse". Mais ces défauts sont largement compensés
par le packaging, absolument somptueux, qui achève de faire
de ce DVD une acquisition indispensable pour les amoureux de belles
choses
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