Genre : Thriller Réalisateur : John Woo Acteurs : Ben Affleck, Uma Thurman,
Aaron Eckhart, Joe Morton Directeur de la photographie : Jeffrey
L. Kimball A.S.C. Musique : John Powell Durée : 118 mn Distributeur : UIP Date de sortie : 25 février
2004 > Portfolio > Liens Internet /
bande-annonce
Synopsis
:
Ingénieur de renom recyclé en super espion industriel,
Michael Jennings accepte de subir pour chaque contrat, en échange
d'un chèque de paye substantiel, un effacement partiel de la
mémoire. Il se réveille néanmoins blousé
de son dernier contrat, durant lequel s'est écoulé plusieurs
années : aucun argent ne lui a été remis, juste
une enveloppe comprenant des objets insolites : clef, lunettes de
soleil, billes de plomb, bague, etc. Bientôt poursuivi par la
police et ses employeurs pour des raisons qu'il ignore, Jennings n'a
d'autre choix que de recomposer le puzzle de sa vie...
Checkpoint ?
Pour
un Volte / Face, il nous avait fallu subir Chasse
à l'homme, Broken Arrow et Les
Repentis, pour un Windtalkers, Blackjack
et Mission : Impossible 2. Confronté à
l'échec cinglant au box office de sa dernière oeuvre
personnelle (sacrée réussite au passage, particulièrement
dans son director's cut), John Woo allait logiquement renouveler
le cycle auquel il nous avait habitués depuis son exil hollywoodien.
Nous nous étions préparés, à l'annonce
d'un thriller post-Minority Report mettant en vedette
Ben Affleck, à revivre sereinement l'épreuve M:I-2,
afin d'y piocher les restes épars du génie de Woo.
La frustration allait en être plus supportable. Evidemment,
on ne s'attendait pas à un tel vide qualitatif sur deux longues
heures de projection ! Le constat s'impose : Paycheck
est un film indigent, sans doute le plus mauvais et le plus désincarné
que nous ait jamais livré son auteur. Non pas que Woo ait
confié son âme aux executives de la Paramount ; l'artiste
semble ici bien trop peu concerné par son travail pour qu'une
telle éventualité puisse être appréhendée.
Rien, dans la mise en image comme dans la direction d'acteurs (Ben
Affleck, on était habitué, mais tout de même,
Uma Thurman !) ne dépasse le cadre de la paresse, voire du
renoncement pur et simple. Regroupés dans la dernière
demi-heure du film, les gunfights semblent imposés par le
studio au réalisateur, dans l'unique but d'enrichir la bande-annonce
de plans d'artillerie "à la John Woo" et d'explosions
choc. Peu étonnant alors que les morceaux de bravoure trahissent
dans leur ensemble une gestion plus qu'approximative de l'espace,
une première dans la carrière du cinéaste.
L'accumulation injustifiée de mexican stand-offs (adversaires
debout face à face, se braquant mutuellement avec un flingue)
et l'envol d'un pigeon au ralenti à un moment particulièrement
insolite confirment cette idée : derrière l'alibi
d'une imagerie "d'auteur", Woo n'y croyait pas la moindre
seconde !
Le Check ne paie pas
Jeu de piste nettement inspiré des jeux d'aventure de Lucasarts
sortis dans les années 80 / 90 (un objet de l'inventaire
résoud une énigme précise ; une très
bonne idée en soi), Paycheck doit surtout
son ratage à un script inouï. Inénarrable dans
son obstination à invalider chacun des rebondissements qui
ont précédé, le dernier acte est un festival
d'âneries et d'incohérences comme on en a rarement
vus. A voir Ben Affleck s'infiltrer dans le laboratoire des vilains
dans le but de détruire une machine de sa création,
réaliser qu'il avait mis l'objet hors d'état de nuire
avant de se faire effacer la mémoire, décider de le
réparer sans raison apparente avant de le pulvériser
à rebours, selon un processus aussi complexe qu'inutile (un
coup de clef anglaise, ça le faisait aussi), on serait en
droit de soulever quelques interrogations sur la sobriété
des initiateurs.
Cet exemple parmi d'autres
(une jolie bourde dès les premières images : en 2010,
notre héros multi-millionnaire enregistre toujours ses matchs
de football sur un magnétoscope !) ne fait qu'alimenter la
gêne ressentie tout au long du métrage : à l'évidence,
John Woo ne s'est toujours pas relevé du four Windtalkers
et l'accueil plutôt tiède que le public américain
a réservé à Paycheck risque
d'ébranler encore un peu plus ses repères. L'espoir
subsiste toutefois : l'homme a annoncé il y a quelques semaines
la préproduction de Land of Destiny, avec
Nicolas Cage et Chow Yun Fat et écrit par les scénaristes
de Volte / Face.