Genre : SF-action Réalisateur : Andy et Larry
Wachowski Acteurs : Keanu Reeves, Larry Fishburne,
Carrie-Anne Moss, Hugo Weaving Directeur de la photographie : Bill
Pope Musique : Don Davis & divers Durée : 127 mn Distributeur : Warner Date de sortie : 5 novembre 2003 > Portfolio > Liens Internet /
bande-annonce
Synopsis
:
Plongé dans un simili coma, Neo se trouve sous l'emprise du
Mérovingien dans un lieu secret, à l'extérieur
de la Matrice. Guidés par l'Oracle, Trinity et Morpheus décident
de lui venir en aide. Pendant ce temps, Smith se propage toujours
à travers la Matrice, multipliant ses Moi avec une soif intarrissableles,
et les sentinelles continuent leur percée vers Zion, rendant
la bataille inévitable...
Régressions
Avouons-le sous la torture : derrière
ses défauts inébranlables (première heure campy
et ennuyeuse, personnages antipathiques, manque de rythme flagrant,
scènes d’action perfectibles et dénuées
d’enjeux immédiats, cliffhanger télévisuel,
ou encore désintégration pure et simple de certaines
icônes), Matrix Reloaded ne vieillit pas
si mal. A première vue culotté et frustrant, voire
un tantinet prétentieux, le parti pris des frères
Wachowski de se concentrer avant tout sur le sous texte métaphysique
se sera avéré payant au fil des lectures successives,
atteignant un point d’orgue avec l’apparition de l’Architecte,
séquence tellement riche et opaque que personne n’aura
pu la digérer en un unique visionnage.
Questions.
Volontairement en retrait
par rapport au spectateur, l’appelant systématiquement
(par paresse ?) à rassembler lui-même les pièces
du puzzle, Matrix Reloaded avait su engendrer un
buzz sans précédent sur les forums cinéphiles
du monde entier, détracteurs et adorateurs cherchant de concert
à percer le mystère de cette trilogie étrange.
Fruit d’une ambition thématique disproportionnée
en regard des standards hollywoodiens, Reloaded posait bien un millier
de questions sur son éventuelle mythologie : Zion serait-elle
une matrice dans la matrice ? Neo serait-il une nouvelle génération,
une évolution de programme ? Le Mérovingien serait-il
un Elu déchu, et Persephone une déchiffreuse d’émotions
humaines à la solde de l’Architecte (d’où
le baiser volé à Neo) ? L’Oracle aurait-elle
poussé Neo et Trinity à s’aimer afin que l’Elu,
en contact avec la source de la Matrice, puisse partager l’essence
de ses sentiments avec les machines, et ainsi les rendre plus humaines
? Les Machines voudraient-elles donc être humaines ? Mais
bon sang… Quel est le rôle de Smith dans tout ça
?!
Réponses ?
Si
des réponses il y a bel et bien au sein de Matrix
Revolutions, autant dire que les pronostiqueurs les plus
imaginatifs vont être déçus. Structuré
de la même manière que Le Retour du Jedi,
dont il apparaît comme une version adulte, Revolutions
consacre sa première demi-heure à démêler
les interrogations de son prédécesseur et à
en résoudre les principaux enjeux. L’Oracle, Seraph,
le Merovingien et Persephone, quatre personnages emblématiques
du second épisode, sur lesquels planaient le plus d’interrogations,
sont les premières victimes de cette ouverture concentrée,
leurs motivations et rôles respectifs étant expédiés
à la va-vite, sans que jamais l’explication n’enthousiasme
ou n’étonne. Pire, le changement physique de l’Oracle
(dû au décès de l’actrice Gloria Foster)
est balancé en un « ne me demandez pas pourquoi, je
ne comprends pas non plus » particulièrement croustillant,
et les pouvoirs de Neo dans le monde réels ne sont jamais
expliqués autrement que comme une nouvelle manifestation
de son aura messianique.
Si l’ensemble des révélations ne trahit aucune
incohérence, les choix narratifs et thématiques des
Wachowski déçoivent par leur facilité et leur
évidence, là où Reloaded s’acharnait
à compliquer la moindre recette. Si l’opus 2 était
une anti-suite, une séquelle extraterrestre prenant le risque
d’être haï par les amateurs de l’original
(un tel choix demandait une certaine dose de courage), cet opus
3 s’apparente à la descendance la plus attendue, voire
la plus timorée que l’on puisse envisager. Quasiment
absentes de Reloaded, les références
au premier épisode sont ici légion, de l’Oracle
préparant des cookies dans son vieil appartement à
la copie carbone d’un plan mémorable, où Neo
observait la vie s’écouler au sein de la matrice depuis
la vitre d'une voiture, pour la première fois depuis sa libération.
Décevant dans sa chorégraphie et son manque d’ambition,
l’affrontement final entre Neo et Smith accumule également
les citations au-delà du raisonnable.
Humanité menacée
On
ne peut attaquer les Wachowski pour vouloir boucler la boucle par
l’image. La superficialité des liens entre le premier
Matrix et cette (ces) suite(s) apparaît cependant
encore plus nette, comme si les frères, incapables de retrouver
l’essence et les préoccupations du premier épisode
(où sont donc passés les humains encore branchés
à la Matrice ?!), avaient essayé de façonner
leur continuité en un feu d’artifices. En l’état,
entre les références continuelles de Reloaded
à Animatrix et les renvois perpétuels
de Revolutions à Enter the Matrix,
la « trilogie » cinématographique a bien du mal
à se suffire à elle-même, d’autant que
sa conclusion oublie volontairement de se soucier de l’avenir
des hommes, préférant sonder l’esprit en pleine
évolution de ces satanés programmes. Bien sûr,
le choix est osé, mais il renforce surtout un déséquilibre
déjà constaté dans les animés The
Second Renaissance, entièrement dévoués
à la cause des machines. Si l’on ajoute à cela
une visualisation désormais ouverte, champ lexical religieux,
chœurs angéliques et signes de croix en images de synthèse
à l’appui (!), de la thématique biblique, difficile
de voir en l’humanité de Revolutions
autre chose qu’une caricature éhontée, bouffie,
voire stérile. Pas étonnant, dès lors, que
la meilleure séquence du film repose sur les épaules
de Smith / Bane, lors d’un duel fascinant contre Neo dans
le monde réel, justifiant largement le choix de Ian Bliss
en tant qu’imitateur du jeu de Hugo Weaving.
Armaggeddon
Cette
humanité, les Wachowski semblent de toute façon peu
s’en soucier, tant les personnages disparaissent sous les
assauts techniques répétés du film. Outre les
noms cités plus haut, on notera la transparence absolue de
Lawrence Fishburne / Morpheus, simple figurant dans la guerre à
laquelle il s’est préparé toute sa vie. Les
auteurs auront préféré s’intéresser
à l’insipide Kid, héros du dernier volet d’Animatrix
et vedette invitée de Matrix Reloaded.
Alors, oui, Matrix Revolutions est un blockbuster
énorme, dont certaines séquences comptent parmi les
plus complexes jamais posées sur pellicule. La bataille de
Zion en est l’exemple le plus frappant, les infographistes
et modélistes ayant accompli un travail titanesque, au perfectionnisme
sidérant. Sous cet amas d’effets visuels, les hommes
peinent cependant à exister, leur maigre petit corps disparaissant
sous la carcasse de gigantesques exosquelettes, affrontant des monstres
d’acier friands de destructions massives. Ajoutez à
cela une photographie crépusculaire et un intérêt
prononcé pour les douilles fumantes jaillissant aux quatre
coins de l’écran, vous obtiendrez vingt minutes de
métal hurlant, d’explosions cataclysmiques, de rides
en terres dévastées et d’échanges de
feu compulsifs, à réveiller un mort. Les mouvements
de caméras adoptant visiblement le point de vue des sentinelles
(ou de leurs tentacules ; ça tourne dans tous
les sens !), difficile de saisir tous les rebondissements de ce
morceau de bravoure « ultime, élevant tellement la
barre que la barre n’existe plus » (dixit Joel Silver),
estimé, tout de même, à 60 millions de dollars.
En attendant que les Champs de Pelennor du Retour du Roi
remettent un peu d’ordre dans tout ça, on vous laisse
seul juge de cette démonstration technologique de pointe,
pensée par des gamins bien décidés à
exploiter leurs nouveaux joujoux jusqu’au dernier dollar.
La conclusion vous paraîtra sans doute paradoxale, mais bon
sang, les monologues sans fin de Reloaded nous
manquent…