Genre : SF-action Réalisateur : Andy et Larry
Wachowski Acteurs : Keanu Reeves, Larry Fishburne,
Carrie-Anne Moss, Hugo Weaving Directeur de la photographie : Bill
Pope Musique : Don Davis & divers Durée : 138 mn Distributeur : Warner Date de sortie : 16 mai 2003 > Portfolio > Liens Internet /
bande-annonce
Synopsis
:
Alors que Zion est sur le point d'être attaqué par une
armée composée de plus de 250 000 machines sentinelles,
bien décidées à éradiquer une fois pour
toute l'espèce humaine, Néo, Morpheus et Trinity retournent
dans la matrice consulter l'oracle. Il est encore temps pour l'élu
d'arrêter la guerre contre les machines.
La matrice a besoin d'un anti-virus
La
Matrice a besoin d'un anti-virus Autant être clair dès le départ,
The Matrix Reloaded est une déception. Trois ans après la
révolution tant visuelle que cinématographique qu'à constitué Matrix,
cette suite tant attendue est loin de répondre à toutes nos attentes.
Au fur et à mesure que les images défilent et que l'histoire se
met en place, nos ambitions s'étiolent à la vitesse grand V pour
n'être finalement pas plus épaisses qu'une peau de chagrin. On s'accroche
misérablement à ce qu'on a pu en dire avant, ou à ce qu'on a pu
en voir dans la bande annonce. Souvenir ému du premier, un rebondissement
savoureux et quelques scènes qui donnaient vraiment envie de s'y
frotter... Mais même ces morceaux de bravoure numériques s'avèrent
décevants. A bien y réfléchir on se demande même si le fait de faire
une trilogie était bien la véritable ambition des frères Wachowski.
Ils ont poussé tellement loin leur concept de départ, avec un scénario
d'une grande richesse, que lorsqu'à la fin du premier épisode, Néo
peut modifier à souhait la matrice, on se dit qu'il est bien difficile
d'envisager une suite avec enjeu un plus important et novateur.
Cameron avait su trouver la formule, d'un alien il passait à des
centaines, d'un T 800 il passait à un T 1000. Les frères Wachowski,
eux, passent d'un agent Smith à 100. Mais sortir de sa besace une
flopée d'ennemis plus puissants, capables de rivaliser avec les
nouveaux pouvoirs de l'élu, n'est pas suffisant. Les scénarii d'Aliens
et de Terminator 2 apportaient un plus à l'intrigue. Dans
Matrix Reloaded, ce n'est qu'un simple mot prononcé par Keanu
Reeves, engoncé dans son cache poussière noir, qui sert de base
tout : "upgrade". Ce qu'après coup on qualifiera nous de surenchère.
Difficile en effet de s'accrocher à cette simple idée pour justifier
deux heures dix huit de long métrage. Surenchère d'effets spéciaux
insufflés dans unemachine
qui a bien du mal à démarrer, pour ensuite tourner à vide. Ce n'est
pas la quantité industrielle de dialogues et monologues, absolument
imbitables, distillés un peu partout dans le film, qui viennent
étayer un tant soit peu la bâtisse Reloaded qui ne repose
que sur les fondations du premier épisode. On n'y apprend pas grand-chose
de nouveau ; un rebondissement dans le dernier quart d'heure et
un cliffhanger (que Joel Silver qualifiait de si insupportable qu'il
aurait motivé la sortie du troisième opus à simplement six mois
d'intervalle pour ne pas trop faire souffrir un public aux abois)
ne constituent qu'un pétard mouillé
Régression
Matrix
Reloaded, en choisissant de surenchérir à de nombreux égards
par rapport au premier, ne fait qu'accentuer ses défauts et échoue
à insuffler un nouveau souffle à l'ensemble. Les moments ou Morpheus
expliquait à Néo la matrice, son rôle et son destin, pouvaient paraître
parfois un peu longs, mais tellement nécessaires, voir indispensables
pour l'enjeu même de l'histoire et de ses personnages. L'action
démesurée qui en résultait n'était que l'expression visuelle de
ce qui était dit, sans qu'on puisse douter une seule seconde de
sa crédibilité. Ces personnages enfin accomplis au terme du premier
Matrix, n'ont plus grand-chose à nous apprendre et ne font
qu'ergoter dans Matrix Reloaded, le film n'ayant comme enjeu
qu'une hypothétique attaque de Zion par les machines, et qui n'est
pas présenté autrement que dans l'expectative. Les véritables apports
narratifs n'interviennent que dans le quart d'heure de la fin. En
lieu et place d'un discours nourricier sur lequel nos attentes auraient
pu s'articuler, se substitue tout un tas de considérations philosophiques,
de réflexions posées, sur le pouvoir, la raison de tel ou tel choix,
ou la quête de vérité, et auxquelles les frères Wachowski tentent
d'apporter un semblant de réponse.
Sexe et religion
Le
début du film, comme X-Men 2, est une scène d'action qui
non seulement démontre bien les progrès technologiques en matière
d'effets spéciaux, mais aussi la volonté des deux frères de nous
en mettre plein la vue. Mais cette technologie, bien que très impressionnante,
n'est d'une part pas tout à fait au point, et d'autre part n'est
nulle part justifiée ou argumentée comme étant indispensable à l'intrigue
ou à un quelconque ressort dramatique. Et pour cause, il n'y en
a pas, ou si peu… Entre deux "bullet time" en mouvement, les protagonistes
se retrouvent autour d'une table, devant une tribune, un conseil
ou une estrade pour palabrer. Neo est devenu une espèce de demi-dieu,
vénéré par les gens de Zion. Cette atmosphère de vénération, d'admiration
et même parfois de haine, en font un personnage à résonance biblique.
Cet aspect quasi-christique de Néo était déjà présent dans le premier
volet de la trilogie, et devenir carrément évident dans le second.
Alors oui, c'est l'occasion de découvrir zion, magnifiquement décorée,
aux inspirations multiples et variée de 50 ans de cinéma de science-fiction.
Mais quand Morpheus monte à la tribune devant un parterre de fidèle,
et prononce un discours au ras des pâquerettes, comme le ferait
le gourou d'une secte de seconde zone, on se pince pour ne pas rire.
Non pas que Lawrence Fishburne ne soit pas convaincant, mais ce
qu'il dit est si peu crédible dans le contexte établi qu'il en devient
risible. Et comme si cela ne suffisait pas, s'ensuit une scène hallucinante
où Néo et Trinity font l'amour en même temps que toute la salle,
échauffée par les propos qui viennent d'être tenus (on leur annonce
quand même qu'ils vont sûrement tous claquer, comme stimulus sexuel
on a vu mieux). La foule, magnifiquement éclairée, se " lâche "
(au ralenti la plupart du temps) sur fond de musique techno,dans
une espèce de partouze soft (avec la volonté évidente des deux frères
de ne pas filmer les comédiens nus, préférant y substituer des figurants
en t-shirt mouillé) pendant trois bonnes minutes. C'est long, ça
ne présente pas beaucoup d'intérêt, et on pourrait même parfois
se croire dans le dernier clip de David Charvet (ce qui est quand
même un comble).
En attendant la révolution
On
alterne ensuite les allées et retours entre la matrice et Zion,
un peu comme entre rêve et réalité, pour finalement découvrir une
troisième alternative. Les frères Wachowski brouillent si bien les
cartes qu'on n'y comprend plus rien. Le film est construit comme
une espèce de jeux vidéo non-interactif, et on passe de niveau en
niveau sans trop comprendre le pourquoi du comment. Le milieu est
l'occasion d'un affrontement épique, qui se distingue par son nombre
de participants, sa durée, et par de nouveaux angles de caméra,
mais qui encore une fois ne repose sur rien. La scène d'action finale
aurait pu remporter tous les suffrages, tant dans sa conception
que dans sa mise en forme généreuse. Mais coincée entre deux longs
discours imbitables, elle n'est que le reflet du film tout entier
: vide de sens. Matrix Reloaded en tant que tel, est un film
d'action pur et dur, qui tente pompeusement de se donner une justification
philosophique qui ne repose sur rien. Autant Matrix avait
réussi ce pari de difficile d'habilement argumenter sa réflexion
pour y introduire la démesure de l'action, autant Matrix Reloaded
propose une orgie d'effets spéciaux qui ne repose que sur des redites
insipides du premier, où visiblement les frère Wachowski avaient
tout dit. Que faut-il attendre de Matrix Revolution ? On
se gardera bien d'émettre le moindre avis à ce sujet, même si la
bande annonce de ce troisième opus est déjà visible sur le net,
tant celle du deux avait été vecteur de promesses non-tenues. Le
plus paradoxal dans ce second épisode, c'est que la scène
qui nous a le plus marqué, le plus remué, on la doit à Lambert Wilson,
tout simplement jouissif. C'est bien la seule excellente surprise
de Matrix Reloaded.