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MALEFIQUE
France - 2003

Genre : horreur
Réalisateur : Eric Valette
Acteurs : Gérard Laroche, Philippe Laudenbach, Clovis Cornillac, Dimitri Rataud
Directeur de la photographie : Jean-Marc Bouzoux
Musique : Eric Sampieri
Durée : 90 mn
Distributeur : Mars distribution
Date de sortie : 07 mai 2003

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Synopsis :
Emprisonnés pour de nombreuses années, Carrère, chef d'entreprise condamné pour escroquerie, Marcus, transsexuel en voie de féminisation, Pâquerette, jeune attardé mental à l'appétit vorace et Lassalle, vieux philosophe accusé du meurtre de sa femme, découvrent dans la poussière de leur cellule un livre abandonné par un ancien détenu, Danvers, qui était visiblement parvenu à quitter les lieux au début du siècle en pratiquant la magie noire…
Noir, c'est noir !

Après une dizaine de tentatives de cinéma fantastique plus ou moins désastreuses, on était prêt à tourner la page, amer et déçu de n'avoir pu grignoter une part comestible de la nouvelle vague horrifique mondiale. Tout vient à point à qui sait attendre : Maléfique rattrape le coup in extremis et nous promet un avenir cinématographique plus clément ou, justement, plus sombre.
Ecrit par les auteurs des Guignols de l'info et mis en scène par le réalisateur attitré de leurs sketches, Maléfique est une révolution bien supérieure au controversé Nids de Guêpes de Florian Emilio Siri, en cela que sa nationalité n'entame jamais son appréciation (l'indulgence à laquelle on avait fini par s'habituer est ici bannie par la maîtrise du projet) et que l'originalité de son sujet empêchera quiconque de se référer à un modèle américain (n'en déplaise à Siri, on avait bien Assaut en tête !). Hommage limpide à Howard Philip Lovecraft et son Necronomicon, Maléfique instaure dès l'ouverture une atmosphère malsaine et opaque, grâce à des décors sales, une photographie superbement granuleuse (super 16mm oblige) et de lents travellings quadrillant l'espace à l'envi, en de longs plans séquences chorégraphiés d'une main experte. Le talent d'Eric Valette, jamais tape-à-l'œil et systématiquement mis au service de son huis clos, illumine la moindre image de Maléfique, jouant sur l'alternance entre suggestion à effets proprement démoniaques (musique splendide pour le budget, montage millimétré, maquillages gore à tomber par terre). Bien que contrebalancée par un humour jamais déplacé, car émanant naturellement des situations, la peur panique qui imprègne la pellicule est bien palpable, et l'horreur des événements partagée de front avec le public. Tous pays confondus, cela faisait longtemps qu'on n'avait vu œuvre s'accrocher si fermement au premier degré de sa narration.

Jusqu'au bout de l'horreur

Respectant le point de vue de protagonistes à la fois détestables et tragiques, la mise en scène d'Eric Valette favorise ainsi l'étouffement, la douleur de l'emprisonnement. De l'autre côté des murs de cette geôle décrépie, l'inconnu personnifié dans les pages du livre veille, menace, et frappe au moment le moins opportun, dans un déluge d'abominations se jouant de nos frayeurs les plus viscérales. Film d'horreur jusqu'au-boutiste et rigoureux, Maléfique se fiche bien de la couleur du drapeau qui l'a vu naître. Et que l'on soit français, chinois, indou ou turc, il sera toujours aussi difficile de rester indifférent à sa noirceur universelle.

Alexandre Poncet

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