LE JOUR D'APRES
The Day After Tomorrow - USA - 2004
Genre : film catastrophe Réalisateur : Roland Emmerich Acteurs : Dennis Quaid, Jake Gyllenhaal,
Ian Holm Directeur de la photographie : Ueli
Steiger Musique : Harald Kloser Durée : 120 mn Distributeur : UFD Date de sortie : 26 mai 2004 > Portfolio > Liens Internet /
bande-annonce
Synopsis
:
Le réchauffement progressif de la planète devrait dans
un futur incertain entraîner des bouleversements climatiques
catastrophiques. Ce sont les conclusions du climatologue Jack Hall,
qui ne semblent pas émouvoir outre mesure le gouvernement américain.
Mais lorsque les relevés de températures s'affolent
et que la ville de Los Angeles est dévastée par des
tornades meurtrières, le doute n'est plus permis : une nouvelle
ère de glaciation menace notre planète
Dans le sens du vent
Qu'attendre
de Roland Emmerich ? L'homme qui a fait du président américain le
sauveur de l'humanité dans son avion de chasse de plusieurs millions
de dollars dans Independence Day, l'homme qui a transformé
Godzilla, le symbole du cataclysme atomique déclenché par
les américains à Hiroshima et Nagasaki, en une créature enfantée
par les français et venue détruire les buildings des gentils new-yorkais…
Cet homme là fait peur dès qu'on l'annonce derrière une caméra,
partagé qu'il semble être entre un cynisme effrayant et une dévotion
totale aux codes de la bonne conduite made in USA. De fait, on pensait
déjà savoir ce qu'allait nous réserver Le Jour d'après :
des scènes de destruction impressionnantes, un scénario bateau narrant
les destinées de personnages séparés luttant contre l'adversité
dans un élan fraternel émouvant, un plan sur un drapeau américain,
un sauvetage de chien… Verdict ?
I Love Spielberg
Coupable
! Non, on rigole, mais pas loin quand même… En fait, Emmerich semble
avoir décidé d'effectuer un changement dans la continuité. En clair,
cinématographiquement, c'est toujours pareil (on ne change pas une
équipe qui gagne, diront les plus magnanimes), idéologiquement,
on s'achète une conscience. Cinématographiquement, donc, rien ne
change, à part les saisons. Ici, justement, on parle d'un hiver
précoce et plutôt dévastateur, ce qui occasionne comme toujours
chez l'ami Roland des scènes de dévastation à grande échelle qui,
il faut bien le dire, assurent plutôt bien du côté spectacle. Les
ingénieurs des SFX se sont surpassés, notamment pour la séquence
de destruction de L.A. par des tornades, qui, on s'en doute, doit
plus sa réussite aux magiciens de la synthèse qu'à Emmerich lui-même.
Dommage que ce morceau de bravoure intervienne si tôt dans le film,
ne laissant que des miettes par la suite. Car la tension retombe
rapidement après cette scène, et n'atteint plus jamais de pareil
pic. Emmerich est lui trop occupé à " faire comme " Spielberg pour
s'occuper du spectateur. Après le raz-de-marée ayant ravagé New
York, le personnage de Dennis Quaid part en effet à la rescousse
de son fiston, afin de rajouter quelques péripéties au tout. S'ensuit
une scène décalquant plus ou moins la séquence de Jurassic Park
2 où les héros sont dans un camion suspendu dans le vide, à
la merci d'une vitre se brisant peu à peu. Emmerich photocopie le
tout sous l'œil blasé du spectateur qui n'a que faire du personnage
mis en péril, présenté en 3 plans et 4 lignes de dialogue. Plus
tard, à l'occasion d'une course poursuite entre le fiston et des
loups dans un bateau prisonnier des eaux en plein New York (ça a
l'air confus comme ça, mais en fait non), c'est toujours Jurassic
Park que démarque le réalisateur, en lorgnant sur la séquence
où les raptors investissent la cuisine, lors du premier volet de
la trilogie dinosauresque. Encore une fois, la copie est bien moins
prenante que son modèle… Le Jour d'après n'offre pas grand-chose
d'autre que ces passages au suspens mou et au dynamisme de mémé
arthritique, qui remplissent à peine le cahier des charges Emmerichien
(c'est dire !). La grosse déception du film étant tout de même qu'il
n'y a pas de sauvetage de chien, ce qui manque quand on regarde
un Emmerich…
Bowling for Emmerich
En
revanche, Le Jour d'après rompt avec la tradition proaméricaine
qu'a jusque là respectée à la lettre (il en a même écrit quelques
consignes, le bougre) le sieur Roland. Ca commence avec une scène
de congrès météorologique où la position des Etats-Unis par rapport
aux grandes questions environnementales est vigoureusement dénoncée.
On lève un sourcil, on rejette un coup d'œil sur le dossier de presse
pour vérifier le nom du réalisateur... Ben non, c'est bien un Emmerich.
Une erreur, sans doute. Et pourtant, cette tendance plutôt mise
en veilleuse tout au long du film se répète plus tard lors d'une
séquence mémorable montrant une vague d'émigration clandestine des
habitants d'Amérique du nord vers le Mexique, qui ferme ses frontières
pour l'occasion (demandant l'annulation de ses dettes pour les rouvrir
!). Le monde à l'envers, savoureusement croqué par un cinéaste chez
qui autant d'audace étonne ! Heureusement, fidèle à sa traditionnelle
légèreté et à sa finesse sans égale, Emmerich nous assène en conclusion
du film un discours hallucinant du vice-président US disant en substance
: " ben heureusement que le tiers-monde est là pour assurer la pérennité
de l'espèce humaine, et nous les méchants riches, on a vraiment
été salauds de les ignorer et de les affamer " ! Il faut le voir
pour le croire. Un tel revirement de morale ne peut que laisser
pantois le spectateur encore traumatisé au souvenir d'un Mel Gibson
perruqué courant au ralenti avec un drapeau américain dans... la
main. Toujours est-il qu'on est désormais curieux de voir le prochain
essai du cinéaste afin de savoir si cette volte-face n'est qu'une
réaction aux derniers évènements internationaux (Emmerich/Michael
Moore, même combat ?), ou si le réalisateur d'Independence Day
a simplement joué le jeu du gentil garçon ennamouraché de sa patrie
d'adoption afin de mieux contre-attaquer par la suite, conforté
par une situation bien implantée dans le milieu… Alors Roland, cynique
d'un jour, ou cynique de toujours ?