Genre : Epopée Réalisateur : Edward Zwick Acteurs : Tom Cruise Directeur de la photographie : John
Toll, A.S.C. Musique : Hans Zimmer Durée : 144 mn Distributeur : Warner Bros Date de sortie : 14 janvier 2004 > Portfolio > Liens Internet /
bande-annonce
Synopsis
:
1876. Hanté par les massacres d'indiens auxquels il a participé,
le vétéran Nathan Algren est engagé par le jeune
empereur du Japon, qui veut former ses troupes aux techniques de combat
occidentales. Menés par le charismatique Katsumoto, des Samouraïs
s'opposent à ces réformes et défient vaillamment
les nouvelles armées Meiji. Lors d'une bataille décisive,
Algren est fait prisonnier par les Samouraïs. Plongé dans
leur monde durant plus d'une année, il finira par rejoindre
leur cause...
Les doigts dans le Zen
Les plus optimistes attendaient fermement ce Dernier Samourai,
excités à l'idée d'enfin retrouver l'auteur
de Glory à la tête d'un projet similaire. Les autres,
sans doute plus lucides, ne se lassaient pas de pointer du doigt
les inénarrables Légendes d'automne,
A l'épreuve du feu et Couvre-feu,
derniers fleurons d'une filmographie enlisée depuis près
de deux décennies dans une parfaite inanité artistique.
On
n'osera avancer que Le Dernier Samouraï représente
ce que Edward Zwick nous a offert de moins consommable. Sous la
torture, nous reconnaîtrons même la bonne foi du staff
technique et artistique dans sa globalité, chacun ou presque
semblant prêt à sacrifier son âme sur l'autel
du dit métrage. Oui, effectivement, la photographie est belle,
les décors sont inattaquables, les costumes étincellent
et les acteurs jouent juste, Ken Watanabe en tête. Une poignée
de séquences éveillent même une once de début
d'intérêt, tel cet affrontement inattendu (et espéré,
vue l'abysse de ce qui a précédé) entre les
samouraï et une poignée de ninjas. Le maître des
lieux ne tardera pas, hélas, à nous rappeler que l'on
ne se trouve pas devant un film d'Akira Kurosawa, Hayao Miyazaki,
ou même John McTiernan.
Stéréotypes
A
l'origine brodé par un John Logan élevé au
petit Joseph Campbell illustré, dans une sincère quête
d'anthropologie et d'héroïsme, le projet Last
Samurai se verra réécrit quasi intégralement
par Edward Zwick, soucieux de s'approprier les enjeux du récit.
A la finesse thématique et au jusqu'au-boutisme guerrier
attendus répondront alors une paresse scénaristique
rare, le cinéaste souhaitant arpenter le chemin de Witness
et Danse avec les loups sans pour autant masquer
ses emprunts. Si l'ombre de Peter Weir et Kevin Costner plane sur
Le Dernier Samouraï, leurs aptitudes respectives
n'en transpercent néanmoins à aucun moment le cinémascope.
Tourné sans aucune imagination, en une alternance soporiphique
entre panoramiques et plans rapprochés, la rencontre de l'homme
occidental avec la culture zen de l'orient n'est ici qu'un cumulus
de stéréotypes et de clichés, ayant l'audace
de réduire la barrière du langage à un futil
ressort comique (l'américain au japonais : "t'es pas
beau tu sais" ; la japonaise au yankee : "tu sens bien
mauvais").
En dépit du bon sens
Long, lent et excessivement
fade, Le Dernier Samouraï se permet enfin
des aberrations visuelles fulgurentes. Soucieux d'étirer
au mieux les quelques miettes de spectacle éparpillées
par ses techniciens au fil du métrage, Edward Zwick entreprend
par exemple de filmer un combat au ralenti, avant de le rejouer
illico en flashback du point de vue du protagoniste. "Subtilement"
annoncée durant près de trois bobines ("too much
mind !"), l'évasion mentale du héros lors du
duel justifiait effectivement une mise en valeur du réveil
et de l'introspection du héros. Mais pourquoi diable nous
avoir laissé admirer en amont toute la chorégrahie
de l'affrontement ? Un montage sec, éliptique voire subliminal
n'aurait-il pas mieux convenu au souhait du metteur en scène
? Truffé de pareilles incohérences, le film ne cesse
d'annuler ses rares bonnes idées. Quant aux inévitables
batailles, celles-ci résonnent comme un vulgaire caprice
d'enfant : jaloux du beau dessin d'un certain camarade de classe,
Zwick tente, dans le rush de la post-production, d'égaler
les forces en présence du Gouffre de Helm. Croyant épater
la galerie, le cinéaste commande à ses légions
d'infographistes un seul et unique plan de "Massive" (logiciel
simulant des armées de plusieurs dizaines de milliers de
soldats), bête panoramique gauche / droite sur la mêlée
jurant sensiblement au coeur d'un océan de gros plans. Ainsi
isolé, le trucage ne sert strictement à rien et se
voit comme le nez au milieu du visage. Qui sait, si Edward Zwick
avait vu Le Retour du Roi avant de sortir son film,
peut-être aurait-il inséré un éléphant
en images de synthèse dans les rangs des samouraïs...