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LE DERNIER SAMOURAI
USA - 2003

Genre : Epopée
Réalisateur : Edward Zwick
Acteurs : Tom Cruise
Directeur de la photographie : John Toll, A.S.C.
Musique : Hans Zimmer
Durée : 144 mn
Distributeur : Warner Bros
Date de sortie : 14 janvier 2004

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Synopsis :
1876. Hanté par les massacres d'indiens auxquels il a participé, le vétéran Nathan Algren est engagé par le jeune empereur du Japon, qui veut former ses troupes aux techniques de combat occidentales. Menés par le charismatique Katsumoto, des Samouraïs s'opposent à ces réformes et défient vaillamment les nouvelles armées Meiji. Lors d'une bataille décisive, Algren est fait prisonnier par les Samouraïs. Plongé dans leur monde durant plus d'une année, il finira par rejoindre leur cause...
Les doigts dans le Zen

Les plus optimistes attendaient fermement ce Dernier Samourai, excités à l'idée d'enfin retrouver l'auteur de Glory à la tête d'un projet similaire. Les autres, sans doute plus lucides, ne se lassaient pas de pointer du doigt les inénarrables Légendes d'automne, A l'épreuve du feu et Couvre-feu, derniers fleurons d'une filmographie enlisée depuis près de deux décennies dans une parfaite inanité artistique.

On n'osera avancer que Le Dernier Samouraï représente ce que Edward Zwick nous a offert de moins consommable. Sous la torture, nous reconnaîtrons même la bonne foi du staff technique et artistique dans sa globalité, chacun ou presque semblant prêt à sacrifier son âme sur l'autel du dit métrage. Oui, effectivement, la photographie est belle, les décors sont inattaquables, les costumes étincellent et les acteurs jouent juste, Ken Watanabe en tête. Une poignée de séquences éveillent même une once de début d'intérêt, tel cet affrontement inattendu (et espéré, vue l'abysse de ce qui a précédé) entre les samouraï et une poignée de ninjas. Le maître des lieux ne tardera pas, hélas, à nous rappeler que l'on ne se trouve pas devant un film d'Akira Kurosawa, Hayao Miyazaki, ou même John McTiernan.

Stéréotypes

A l'origine brodé par un John Logan élevé au petit Joseph Campbell illustré, dans une sincère quête d'anthropologie et d'héroïsme, le projet Last Samurai se verra réécrit quasi intégralement par Edward Zwick, soucieux de s'approprier les enjeux du récit. A la finesse thématique et au jusqu'au-boutisme guerrier attendus répondront alors une paresse scénaristique rare, le cinéaste souhaitant arpenter le chemin de Witness et Danse avec les loups sans pour autant masquer ses emprunts. Si l'ombre de Peter Weir et Kevin Costner plane sur Le Dernier Samouraï, leurs aptitudes respectives n'en transpercent néanmoins à aucun moment le cinémascope. Tourné sans aucune imagination, en une alternance soporiphique entre panoramiques et plans rapprochés, la rencontre de l'homme occidental avec la culture zen de l'orient n'est ici qu'un cumulus de stéréotypes et de clichés, ayant l'audace de réduire la barrière du langage à un futil ressort comique (l'américain au japonais : "t'es pas beau tu sais" ; la japonaise au yankee : "tu sens bien mauvais").

En dépit du bon sens

Long, lent et excessivement fade, Le Dernier Samouraï se permet enfin des aberrations visuelles fulgurentes. Soucieux d'étirer au mieux les quelques miettes de spectacle éparpillées par ses techniciens au fil du métrage, Edward Zwick entreprend par exemple de filmer un combat au ralenti, avant de le rejouer illico en flashback du point de vue du protagoniste. "Subtilement" annoncée durant près de trois bobines ("too much mind !"), l'évasion mentale du héros lors du duel justifiait effectivement une mise en valeur du réveil et de l'introspection du héros. Mais pourquoi diable nous avoir laissé admirer en amont toute la chorégrahie de l'affrontement ? Un montage sec, éliptique voire subliminal n'aurait-il pas mieux convenu au souhait du metteur en scène ? Truffé de pareilles incohérences, le film ne cesse d'annuler ses rares bonnes idées. Quant aux inévitables batailles, celles-ci résonnent comme un vulgaire caprice d'enfant : jaloux du beau dessin d'un certain camarade de classe, Zwick tente, dans le rush de la post-production, d'égaler les forces en présence du Gouffre de Helm. Croyant épater la galerie, le cinéaste commande à ses légions d'infographistes un seul et unique plan de "Massive" (logiciel simulant des armées de plusieurs dizaines de milliers de soldats), bête panoramique gauche / droite sur la mêlée jurant sensiblement au coeur d'un océan de gros plans. Ainsi isolé, le trucage ne sert strictement à rien et se voit comme le nez au milieu du visage. Qui sait, si Edward Zwick avait vu Le Retour du Roi avant de sortir son film, peut-être aurait-il inséré un éléphant en images de synthèse dans les rangs des samouraïs...

Alexandre Poncet


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