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KILL BILL : Vol. 1
USA - 2003
Note au printemps 2004, à la sortie de Kill Bill : Vol. 2

Genre : 4ème film de Quentin Tarantino
Réalisateur : Quentin Tarantino
Acteurs : Uma Thurman, Lucy Liu, Vivica A. Fox, Sonny Chiba, David Carradine
Directeur de la photographie : Robert Richardson
Musique : The RZA, et chansons d'origines diverses.
Durée : 111 mn
Distributeur : TFM Distribution
Date de sortie : 26 novembre 2003

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Synopsis :
Une respiration, un visage déformé par les coups. Le noir s’est teinté de blanc et de contrastes, un visage apparaît. C’est une femme qui visiblement vient d’être battue : une main tenant un mouchoir tente avec "amour" d’effacer les traces des coups portés. Le personnage reste dans l’ombre, mais la broderie du morceau de tissu maculé de sang laisse entrevoir quatre lettre : B.I.L.L. A peine la femme a-t-elle le temps de lui dire que c’est son bébé qu’elle porte que le mouchoir a disparu et qu’une arme à feu l’a remplacé. Le coup part. Mais la mariée, "The Bride", n’est pas morte. Elle passe quatre ans dans le coma et à son réveil, n’a plus qu’une idée en tête : tuer Bill et ceux qui l’ont massacrée le jour de son mariage.

Chef d'oeuvre frustrant

Kill Bill, le quatrième film de Tarantino, occupe notre cœur de fans depuis des mois au rythme de palpitations détonantes, laissant présager un monument cinématographique incroyable. On ne compte plus les bonnes et les fausses nouvelles, les rumeurs plus ou moins fondées, les bandes-annonces nous entraînant dans trois directions cinématographiques différentes, une bande originale incroyable, immédiatement suivie du bouquet final : un film scindé (coupé ? déchiré ?) en deux parties. Le propos n’est pas d’en décortiquer la montée en puissance, ou de souligner l'aspect marketing de l'ensemble (bien moins important que dans d’autres films), mais de mettre en exergue le décalage entre ce que Tarantino nous laissait présager, et ce qu’est au final Kill Bill. Le cinéaste a si bien manœuvré que notre esprit s’est laissé emporter dans des contrées que Kill Bill Volume 1 ne fait qu’effleurer. C’est avant tout un remarquable prologue à l’intérieur duquel Tarantino "iconise" chaque personnage dans un univers étouffant, froid et malsain. Il ne reste pas grand-chose de la première bande-annonce (mars 2003), et de ce montage frénétique qui laissait supposer un film jouissif dans ses combats, furieux dans son discours, et une représentation des personnages délicieusement "héroïque".

Mythes de sang

Tarantino ne s’écarte pas du précepte de départ de vengeance, et se focalise sur ses personnages et leur réputation. Bill est au centre d'un cercle de sang dont The Bride élimine méticuleusement, un par un, les éléments, se rapprochant ainsi de sa cible. Bill est une main ornée d’une bague tenant un mouchoir brodé à son nom, cette même main qui brandit une arme à feu, un sabre et caresse un visage. C’est aussi une voix dont le timbre et la diction ne laissent passer aucun trouble. The Bride est l’ange exterminateur qui suit une logique de vengeance, que rien ni personne ne semble pouvoir arrêter. Elle n’a jamais peur, ne laisse transparaître aucune, ou si peu, d’émotions, et plus elle avance vers son destin, plus sa solitude est grande. Tarantino ne fait s’exprimer ses personnages que dans un langage esthétique intime. Une chambre d’hôpital, un grenier, le coffre d’une voiture. Les extérieurs sont rares et propices à appuyer l’isolement de The Bride. Ainsi la scène où elle apparaît chevauchant une moto dans une ville : il fait nuit et elle est casquée. Quand elle est dans un restaurant bondé, elle est seule accoudée au bar. Quand elle rencontre un personnage clé de l’histoire, c’est la langue qui est une barrière. Le seul élément avec lequel elle entretient une relation affective forte, la seule chose sur laquelle elle peut compter, se fier, c’est son corps : elle est réveillée par une piqûre de moustique, elle a la notion du temps passé rien qu’en regardant la paume de ses mains, elle retrouve ses sensations corporelles en lui parlant. Et c’est ce même corps meurtri, mutilé, qui sera l’instrument de sa vengeance. Et ceux des ses ennemis deviennent ses trophées. On ne peut que se raidir à la représentation que Tarantino fait de The Bride. Il ne nous laisse pas le loisir de s’attacher à elle, de la connaître. Il va jusqu'à utiliser un "bip" sonore pour qu’on ne puisse entendre son nom quand un protagoniste le prononce. La vengeance qui est au cœur de l’intrigue n’est reconstituée que par le prisme du personnage (le montage n’est pas linéaire), favorisant un peu plus cette iconisation et la réputation des personnages comme véritable moteur narratif du propos de Kill Bill Volume 1. Ainsi, le passé de O-Ren Ishii (Lucy Liu), une des Vipères Assassines, est raconté par The Bride lors d’une séquence de japanimation, complètement justifiée dans la narration. Quand ce n’est pas l’utilisation du ralenti et de la musique qui assoit un peu plus cet aspect. La partition musicale n’est pas seulement un habit soigné utilisé par Tarantino pour donner du rythme ou de la texture à ses images, mais est également un véritable acteur de l’intrigue, qui élève un peu plus ses personnages au rang de mythes.

Souffle coupé

On n’en saura pas plus dans ce premier volume sur les tenants et les aboutissants de cette implacable vengeance déterminée par le personnage principal. Tarantino ne brouille pas les pistes, il n’en donne pas. Qui est Bill ? Pourquoi a-t-il voulu éliminer The Bride ? Qui est-elle ? Une seule chose est sûre : ceux qui ont participé à son élimination la respectaient. Tarantino a décidé d’arrêter son film à un moment où la situation prend une nouvelle tournure. Un cliffhanger malin qui laissera pas mal de monde sur sa faim. Seulement si le choix de la coupe est judicieux, il ne fait pas pour autant plaisir. Il est clair que dans l’état actuel, Kill Bill Volume 1 est l’énorme prologue d’un ensemble qui n’est pas encore défini. Un véritable ovni cinématographique qui empêche définitivement de donner un avis tranché sans avoir vu le volume 2. On a quand même l’impression d’avoir été foutu à la porte de la salle pour une raison extérieure au film (un spectateur criant "au feu" aurait semblé moins incongru). Difficile de croire que le film ait été pensé et écrit par Taranino de la sorte (contrairement à la trilogie du Seigneurs des Anneaux ou Matrix, Kill Bill est un ensemble, constituant un seul et même film, coupé en deux pour en permettre une plus grande exploitation commerciale). C’est un peu comme si on vous demandait de donner votre avis sur Reservoir Dogs alors que la projection s’est arrêtée au moment où Mr Blonde se fait dessouder par Mr Orange. Bien malin à ce stade qui peut dire qui est le traître, et que Reservoir Dogs est bien plus qu’un simple polar noir classique. Paradoxalement, on en sait bien plus sur les ambitions du réalisateur de Kill Bill en regardant les bandes-annonces. Nous nous garderons bien de définir plus en amont ce que Tarantino est en train de nous faire (même si Kill Bill l’intégrale laisse présager un grand moment de cinéma), pour s’orienter sur sa forme et son traitement.

Noir et blanc

La mise est en scène est parfaitement épurée, et ce que Kill Bill perd en démesure dans l’approche des scènes d’action, il le gagne en intensité. Les combats au sabre sont proprement hallucinants de réalisme. Chaque coup donné tranche, chaque plaie saigne abondamment. Chaque victime souffre et crie. L’expression "bain de sang" prend ici tout son sens. Ce plaisir jouissif ressenti dans un blockbuster traditionnel (Commando par exemple) est ici bien plus nuancé. On n'a pas vraiment envie de rire. La violence agresse, castratrice au sens littéral. Chaque éviscération, décapitation, ou sectionnement de membre est montré comme tel. Tarantino a bien essayé par le passage de la couleur au noir et blanc d’en atténuer la portée (et certainement du même coup la vindicte de la MPAA - commission de censure américaine), mais c’est au détriment d’une justification simple et nette. D’autant que certains plans en noir et blanc dans le film sont en couleurs dans les bandes-annonces. Et il est fort probable que ces scènes soient en couleur dans la version diffusée au Japon. L’approche que le cinéaste a du noir et blanc au départ n’est singulièrement pas la même quand il s’agit de LA scène de combat. On souhaiterait que ce soit l’unique reproche que nous puissions faire concernant la censure, mais la séquence de l’hôpital et l’affrontement entre The Bride et O-Ren Ishii ont visiblement subies des coupes franches. Pour le reste, que ce soit au niveau du casting (Uma Thurman livre peut-être ici sa meilleure prestation), du montage, de la lumière et de la mise en scène, Tarantino fait un sans faute. Kill Bill Volume 1 est un prologue d’une incroyable richesse tant sur le fond que sur la forme, qui assoit définitivement le réalisateur comme l'un des plus grands cinéastes de sa génération. Que le printemps va être long à venir.
Au jour d’aujourd’hui, si l'on devait émettre une opinion sur KB Volume 1 sans avoir la possibilité de voir le volume 2, il apparaîtrait que Tarantino a réalisé l'un des chefs d’œuvre les plus frustrants de l’histoire du cinéma. Un long-métrage d’une maîtrise et d’une densité inattendues, qui à défaut de révéler les tenants et les aboutissants de son histoire, offre des combats d’anthologie et une fusion musique/images inespérée. On en ressort groggy, avec l’envie quasi immédiate d’y retourner au plus vite.

Cedric Melon

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