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I, ROBOT
USA - 2004

Genre : science-fiction
Réalisateur : David Proyas
Acteurs : Will Smith, Bridget Moynahan, Bruce Greenwood
Directeur de la photographie : Simon Duggan
Musique : Marco Beltrami
Durée : 120 min
Distributeur : UFD
Date de sortie : 28 juillet 2004

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Synopsis :
En 2035, les robots sont les machines à tout faire des hommes, et se sont implantés dans le quotidien. Leur bon fonctionnement est garanti par un système de lois qui les empêche de faire du mal à un humain et les soumets entièrement à ces derniers. Pourtant, lorsque le policier Del Spooner doit enquêter sur la mort du créateur de ces lois, ses soupçons s'orientent sur un des nouveaux modèles de la société NSR…

Sur la lame du rasoir

On désespérait de voir Alex Proyas revenir aux commandes d'un projet d'envergure, lui qui après The Crow en 94 et Dark City en 98 (l'un des meilleurs films fantastiques des 90's, tout de même), n'avait signé que le toujours inédit - mais sympathique paraît-il - Garage Days, comédie sur fond de musique. Ce retour, il l'effectue sur une des plus grosses machines de l'été hollywoodien, une adaptation de l'univers robotique d'Isaac Asimov, avec Will Smith dans un rôle de flic du futur à la vanne facile et à la pirouette matrixienne. Délicat mélange, n'est-il pas ? La première bande-annonce avait fait très peur, orientant le projet vers un Men In Black-like, là où l'on attendait le suspens robotique d'Asimov allié à la noirceur de l'univers de Proyas. Et même si un second trailer est venu quelque peu corriger le tir, le doute était là, vicieusement ancré dans nos cervelles traversées par des questions aussi existentielles que : Alex Proyas a-t-il renoncé à son identité pour nous pondre un énième actioneer sci-fi bourrin et décérébré ?

Aïe, robot…

Les 15 premières de I, Robot nous font abonder dans ce triste sens. Will Smith se réveille d'un cauchemar révélant un drame antérieur qui le hante (pff), prend sa douche tous muscles dehors (pffff), et chausse ses baskets Converse avec au passage un gros plan sur le logo de la marque (" z'avaient qu'à mettre le numéro de téléphone de Converse aussi " aurait soufflé notre rédac' chef). On cherche Alex Proyas dans cet enchaînement de plans sans âme, sans finesse, sans passion. On ne le trouve pas. Pas tout de suite du moins. Car ce n'est que progressivement, et parfois, il faut le dire, maladroitement, que I, Robot dévoile ses qualités, tout en surfant sur la vague de ses défauts. Le scénario, d'abord, écrit par Akiva Goldsman (les deux Batman de Shumacher, Le Droit de tuer, Lost In Space… que du bon !) s'encombre d'une structure trop classique et fainéante, qui handicape dans un premier temps les qualités de filmeur de Proyas. De même, les concepts visuels élaborés par Patrick Tatopoulos, designer plutôt inspiré en temps normal (Pitch Black, Les Chroniques de Riddick, Stargate), ne sont pas assez marqués pour permettre au réalisateur d'imprimer une patine visuelle clairement définie au film. Même les robots sont assez ratés, étrange mélange entre les mechas du segment The Second Renaissance d'Animatrix et un I Mac futuriste (d'où le titre, I, Robot, peut-être ?). Enfin, le nom de Isaac Asimov n'apparaît ici que comme caution science fictionnelle, puisque l'univers et les idées de sa saga des robots ne sont qu'à peine effleurés. Normal, quant on sait que le métrage de Proyas est en fait né d'un script étranger aux travaux du romancier, intitulé Hardwired.

Le pied dans la porte

Il fallait donc à Proyas un sacré talent pour parvenir à tirer vers le haut un film aussi lourdement handicapé. Et il lui restait tout de même un problème majeur : Will Smith, dont le personnage n'est jamais totalement exploité. Pourtant affublé d'une particularité qui pouvait le rendre passionnant et complexe, Del Spooner demeure en effet pendant les trois quarts du métrage une réplique exacte du personnage de Will Smith dans Bad Boys. Autant dire que c'est découragé que l'on assiste à la mise en place de l'histoire, qui se traîne pendant une demie heure dans une routine exaspérante. Pourtant, le miracle à lieu. Par petites touches, Proyas se réapproprie le film, y injecte quelques pincées de noirceur et de férocité par le biais de scènes d'action sévèrement burnées (la poursuite dans le tunnel, l'attaque du commissariat), et se permet des audaces visuelles directement héritées des expérimentations formelles les plus barges du cinoche asiatique (la caméra devient par moments aussi folle que celle de Ryuhei " Versus " Kitamura, tournant dans tous les sens autour des acteurs sans autre volonté que de nous éclater la rétine). Dans ces moments-là, Proyas semble se venger du final de Dark City qu'il voulait aussi apocalyptique qu'un manga, mais qui faute de moyens n'atteignit jamais ce résultat. Tous ces passages survitaminés agissent comme des coups de coude que Proyas donnerait à ses fans, pour leur indiquer qu'il n'a pas renoncé, mais qu'ilse conforme en apparence au moule hollywoodien pour acquérir une autonomie qui lui permettrait de faire SON cinéma, de A à Z. Jamais prétentieux (Proyas est conscient qu'il ne peut faire aussi bien que Blade Runner ou Ghost In The Shell sur le même sujet, et n'essaye même pas), I, Robot devient peu à peu un blockbuster décomplexé qui ne vous volera pas vos euros. Les plus grincheux (on a les noms !) peuvent y déceler la mort d'un cinéaste prometteur, on préfère y voir une tentative d'infiltration de Hollywood de la part d'un réalisateur qui ne devrait pas tarder à rejoindre Sam Raimi, Peter Jackson et Guillermo Del Toro dans le cercle des " geeks tous-puissants ". On prend les paris ?

 

Laurent Duroche

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