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HULK
The Hulk - USA - 2003

Genre : fantastique
Réalisateur : Ang Lee
Acteurs : Eric Bana, Jennifer Connelly, Nick Nolte
Directeur de la photographie : Frederick Elmes
Musique : Danny Elfman
Durée : 140 mn
Distributeur : UIP
Date de sortie : 2 juillet 2003

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Synopsis :
Le chercheur David Banner tente de mettre au point pour le compte de l'armée un sérum d'invulnérabilité. Contrecarré dans ses recherches par ses supérieurs, il décide de tester sa formule lui-même. Lorsque naît son fils Bruce, il sent tout de suite que celui-ci est porteur d'un pouvoir de destruction effrayant, qu'il tente d'annuler en exposant l'enfant à une dose massive de rayons gamma. Une vingtaine d'années plus tard, Bruce vit chez sa mère adoptive, et a tout oublié du drame de sa jeunesse. Il mène des recherches sur la régénération des cellules en compagnie de la charmante Betty Ross, fille du militaire ayant chapeauté les expériences de Banner père. Suite à un accident dans le laboratoire, Bruce est à nouveau exposé aux rayons gamma, ce qui libère le potentiel destructeur qui sommeillait en lui. A la moindre contrariété, il se transforme en Hulk, immense colosse vert doté d'une force herculéenne, guidé uniquement par sa rage et détruisant tout sur son passage. Poursuivi par l'armée, le monstre n'a pourtant qu'une seule envie : retrouver Betty. Mais c'est alors que réapparaît le père de Bruce, bien décidé à profiter lui aussi du pouvoir de son fils…

En vert et contre tout

Dès le début, Hulk faisait peur. Non pas que nous nous complaisions à jouer les oiseaux de mauvaise augure, mais le choix de Ang Lee pour mettre en scène l'adaptation des aventures du personnage créé par Stan Lee et Jack Kirby en 1962 était aussi excitant qu'effrayant. Excitant parce que Lee vient du cinéma dit " d'auteur ", et s'est révélé par le passé un remarquable gestionnaire de personnages et d'émotions (Ice Storm, Raison et sentiments, Garçon d'honneur). On pouvait donc attendre un traitement psychologique à la hauteur du drame vécu par le personnage de Bruce Banner. Effrayant parce qu'il est évident que si le réalisateur sino-américain a hérité du projet, c'est suite au carton mondial de Tigre et dragon. Hors, ce que les exécutifs hollywoodiens semblent avoir oublié (ou jamais su), c'est que le principal responsable de la réussite des scènes de combat du film de Lee n'est pas ce dernier, mais bel et bien Yuen Woo-ping, célébrissime chorégraphe et réalisateur hongkongais. La question était donc simple : si l'on ne doutait pas que Lee allait savoir exploiter la dramaturgie inhérente au personnage de Hulk, le doute restait présent quant à la gestion des scènes d'actions, qui nécessitaient un traitement à base de puissance dantesque et de violence brute. Mais à la sortie de la projection, une seule et unique question virevolte dans nos cerveaux encore mal remis du spectacle : " Hein ? Ai-je vraiment vu ce que j'ai vu ? ". Car l'évidence est là : Hulk est un sommet de n'importe quoi mal ordonné, un fourre-tout où chaque bonne idée sur le papier se transforme en un plan foireux, où chaque audace (ou pétage de plombs) se solde pour le spectateur par un rire nerveux et/ou incrédule. Et nos craintes s'avèrent malheureusement fondées : Ang Lee n'était VRAIMENT pas l'homme de la situation.

Ne pas confondre "comics" et "comique"

Premier (et énorme) problème : confondre bande dessinée et cinéma. Hulk est issu d'un comic book américain. Et au cas où vous ne le sauriez pas, Lee va vous le faire savoir, et pas qu'un peu ! Une BD est composée de vignettes et de cadres ? Le film le sera aussi ! Les premières 45 minutes du métrage, servant de base pour la suite de l'histoire (génèse de Hulk, sa naissance, sa jeunesse…), sont montées à base de plans cadrés " BD ", de split-screen envahissants tentant de se la jouer à la 24 et d'enchaînements de plans " comicesques ". Seulement voilà, ce procédé devient vite systématique et superficiel, au point qu'il étouffe littéralement toute émotion, tout enjeu, rendant totalement inintéressante une partie pourtant cruciale du récit. Ang Lee ne raconte pas une histoire, il nous crie au visage : " regardez comment j'ai tout compris à la BD ! ". Et nous d'avoir envie de lui répondre : " euh, oui, mais là, c'est un film, quoi… ". C'est sur ce point que la différence se fait entre un réalisateur ayant ingurgité le langage BD et sachant le rendre cinématographique (Guillermo del Toro, Sam Raimi…), et un metteur en scène appuyant bêtement et lourdement le trait, sans avoir compris que la synérgie devait se faire à un autre niveau. Cette référence constante au 9ème art au détriment du 7ème se poursuit de façon encore plus gênante pendant le dernier quart du métrage, où débute alors une adaptation live d'Akira ! Base souterraine, plate-forme motorisée, énormes tuyaux courants sur les murs, flash-back introspectif, déchaînement organique et explosion nucléaire à la clé ! C'est pas sympa d'avoir glissé des pages du manga de Katsuhiro Otomo dans l'exemplaire de Hulk de Ang Lee ! Plus sérieusement, on ne peut que douter du bien-fondé d'un tel emprunt, qui intègre à l'adaptation d'une bande dessinée donnée des pans entiers d'une autre, même si certaines thématiques peuvent cohabiter. Le manque d'inspiration des scénaristes, pourtant bien flagrant tout au long du film, atteint ici des sommets.
Mais le pire reste tout de même de n'avoir pas su exploiter les principaux thèmes de Hulk : la dualité homme/animal et la particularité d'un être foncièrement bon habité par un double dont la rage destructrice n'a d'égale que la force herculéenne. Jamais correctement explicités (sauf lorsque Lee expose la relation entre la part animale de l'homme et la nature), ces enjeux ne peuvent même pas s'appuyer sur le jeu des acteurs pour exister. L'interprète de Bruce Banner, Eric Bana (pourtant excellent dans Chopper et La Chute du faucon noir), semble se demander pendant tout le métrage si, oui ou non, il a mis un caleçon ce matin en se levant. Il traverse les séquences sans jamais réussir à faire ressentir les profondes blessures et fissures de son personnage. On en vient rapidement à regretter feu Bill Bixby, interprète de Bruce Banner dans la série télé, qui avait su retranscrire le profond isolement mental résultant d'une telle dualité. On tente alors de se raccrocher au drame oedipien contenu dans la relation entre Banner fils et son père (Nick Nolte), mais là encore, le traitement est d'une maladresse confondante, notamment dans un final commençant comme une pièce de théâtre hyperréaliste faisant irrémédiablement penser à du Patrice Chéreau (Chéreau dans Hulk ! Et pourquoi pas Casimir dans Rêves de cuir ? Quoique…) et se clôturant par un affrontement brouillon et illisible, qui ne parvient pas à capitaliser sur les enjeux de cette relation filiale (quête du pouvoir, le père assimilé au mâle dominant d'une meute). Bref, vous l'aurez compris, le traitement de l'histoire n'est pas loin du ratage complet, et il ne nous reste guère que les scènes d'action pour ne pas se sentir totalement floué. Sauf que non.

Mal de chien

Comme nous le disions plus haut, il était primordial de donner aux accès de fureur du géant vert une violence rageuse et percutante, afin d'appuyer le coté bestial de l'alter ego énervé de Banner. En ce sens, quelques séquences parviennent à nous secouer les tripes, notamment grâce à un phénoménal travail sur le son. Quant à l'image, le traitement est assez inégal. Hulk lui-même bénéficie d'un excellent boulot de la part des studios d'ILM : la texture de sa peau est très naturelle, son intégration dans les décors ne heurte jamais la pupille. En revanche, son animation est malheureusement très inégale. Il suffit de le voir courir comme Beep-Beep dans le désert pour être affranchi. Mais plus encore que le point de vue technique, ce sont les situations mises en image qui coincent. Si l'affrontement dantesque entre Hulk et l'armée est plutôt impressionnant (contre des hélicoptères, des tanks, des avions) et donne à entrevoir ce qu'aurait dû être le film, celui entre le héros et trois chiens " hulkisés " est partagé entre le jouissif (la violence des coups portés est réellement impressionnante) et le ridicule ab-so-lu. Pourquoi ? Trois raisons : les chiens ! Mais qui a donc pu concevoir ces monstres, et pire encore, qui a pu dire : " oui, c'est très bien, ce sera dans le film " ? Il faut voir ces quadrupèdes boursouflés au design totalement " toonesque ", qui ne parviennent qu'à provoquer le rire. Le pompon revenant au désormais mythique caniche blanc, qui, une fois transformé, ressemble à… un caniche blanc bodybuildé encore plus pitoyable, avec petite moumoutte bouclée sur la tête ! A ce niveau de n'importe quoi, c'est carrément l'hallucination ! Et comme le ridicule ne tue pas, on en reprendra volontiers : ici un gros plan sur la chaussette de Banner qui se déchire (wahou ! dingue !) lorsqu'il se transforme, là une séquence où un personnage soufflé par une explosion est projeté vers l'écran et se fige en l'air, sa silhouette étant alors délimitée par un épais liseré blanc, dans une pose digne des meilleurs heures de X-Or (c'est pas grave, c'est de la BD !). Incroyable, et même fascinant dans la quête du mauvais goût ultime…

Et la tendresse, bordel ?

Hulk est donc un mirage, une hallucination cinématographique. A ce titre, le film est même un évènement, dans le sens ou rarement (jamais ? Ah, si, on me souffle Howard The Duck), un sujet aussi délimité narrativement (on parle là de l'adaptation de l'un des héros les plus populaires de la bande dessinée américaine et mondiale) n'aura abouti à un tel enchaînement de concepts ineptes, de tentatives grotesques ou d'initiatives foireuses semblant sortir d'un esprit drogué et/ou malade. Et, oui, après la déception (l'immense déception !), c'est bien la tendresse qui pointe le bout de son nez. Car ni adaptation réussie, ni daubasse commerciale, Hulk est un film difforme (protéiforme, même) qui à force d'accumuler les tares parvient à s'ancrer durablement dans l'esprit, et à se classer dans la catégorie " truc de fou furieux tendance 'portnawak ", qu'on ressortira un de ces jours du placard avec une gourmande culpabilité, ne serait-ce que pour continuer à se dire : " mais c'est quoi ce truc ? ".

Laurent Duroche

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