HARRY
POTTER
ET LE PRISONNIER D'AZKABAN
USA - 2004
Genre : Fantastique Réalisateur : Alfonso Cuaron Acteurs : Daniel Radcliffe, Emma
Watson, Rupert Grint, Gary Oldman, Sir Michael Gambon, Alan Rickman,
Emma Thompson, David Thewlis Directeur de la photographie : Michael
Seresin Musique : John Williams Durée : 140 mn Distributeur : Warner Bros. Date de sortie : 2 juin 2004 > Portfolio > Liens Internet /
bande-annonce
Synopsis
:
Harry Potter, treize ans, poursuit son enseignement à l'école
des sorciers de Poudlard. Sa troisième année se déroule
toutefois sous le regard menaçant des Détraqueurs, gardiens
cruels de la prison d'Azkaban d'où vient de s'échapper
Sirius Black, valet supposé du seigneur des ténèbres
Voldemord. Assassin par procuration des parents de Harry, Black serait
à sa recherche....
Le Sorcier et l'Enfant
Après une absence des écrans d'une année et
demi, durant laquelle J.K. Rowling a pu achever une cinquième
aventure de son petit sorcier, Harry Potter vient reconquérir
son public dans les salles obscures sous l'égide - Dieu merci
! - d'un tout nouveau réalisateur. Auteur du brillant La
Petite Princesse, de De Grandes Espérances
avec Ethan Hawke et Gwyneth Paltrow et de I Tu Mamma Tambien,
nommé à l'oscar du meilleur film étranger en
2001, le mexicain Alfonso Cuaron semblait tout désigné
pour mener cette saga cinématographique chancelante à
l'échelon supérieur. Familier du travail avec les
enfants, du conte fantastique, des adaptations littéraires
et des effets spéciaux, Curaon transforme effectivement l'essai
là où Colombus marquait contre son camp ; exposé
des faits.
Repères affectifs
Sous
le regard de Columbus, l'ouverture des deux premiers opus oubliait
scandaleusement de lier l'univers des sorciers à nos existences
de "Moldus", préférant introduire l'élément
fantastique dans le quotidien même des gens "normaux"
sans que ceux-ci ne s'en étonnent outre mesure. Ainsi, afin
d'empêcher Harry de recevoir sa lettre de Poudlard, les Weasley
s'exilaient en famille sur une île déserte minuscule,
battue de tout côté par des vagues titanesques. De
la réalisation et la direction d'acteurs grandguignolesque
découlait une distanciation affective permanente, le jeune
sorcier n'étant à aucun moment assimilable à
un garçon de onze ans ordinaire. Le premier tour de force
de Cuaron réside précisément ici : du plan
séquence titre bercé par la contine lancinante de
John Williams (Harry lisant des formules magiques sous sa couette,
puis faisant semblant de dormir lorsqu'entre son oncle), à
l'arrivée de la tante Marge, filmée caméra
à l'épaule (Harry dévoilant sa toute première
rébellion adolescente), le réalisateur va s'évertuer
à cadrer vrai, à diriger authentique (l'oncle et la
tante Weasley, jadis purs outils comiques, révèlent
ici leur peur de perdre leur emprise sur le jeune garçon),
dédiant à l'univers des Moldus une mise en scène
logiquement opposée à celui des sorciers. Cinq minutes
de projection, et l'on est déjà dedans.
La Magie du Hors Champs
Puis vient l'exposition du monde fantastique, plus particulièrement
de Poudlard. Tandis que Colombus limitait le champ d'évocation
de ses lieux en alternant schématiquement plans fixes généraux
vomissant du figurant et plans rapprochés s'attardant sur
chaque détail plutôt que de les laisser exister, Cuaron
adopte une approche tridimensionnelle et multiplie les prises de
vue improbables (la scène du miroir, héritée
de Robert Zemeckis), panottant sur une infinité d'idées
et de saynettes avant de les reléguer au hors-champs, donc
à l'imagination du spectateur. Plébiscité et
actif, celui-ci s'implique d'autant mieux que les écoliers,
autrefois engoncés dans des uniformes stricts et impersonnels,
voire intemporels, se vêtissent et s'amusent désormais
comme des jeunes de leur âge.
Spectacle Discret
Reste
enfin le spectacle, argument selon lequel beaucoup jugeront de la
valeur réelle du métrage. Or, si l'on excepte le vol
majestueux de l'Hyppogriffe Buck, une courte et pluvieuse partie
de Quidditch et un magnifique affrontement de loups, Harry
Potter 3 n'est ni un film d'aventure, ni un thriller dans
la lignée de La Chambre des Secrets. Certes,
la présence menaçante des Détraqueurs, prétexte
à des séquences graphiquement marquantes (le train,
le Quidditch, le lac gelé) et le mystère entourant
Sirius Black assurent leur lot de frissons, mais Le Prisonnier
d'Azkaban tient davantage sur l'évolution intimie
de ses protagonistes que sur un suspense quelconque. De fait, de
par leur concept (on vous en laisse la surprise), les vingt dernières
minutes annihilent dans l'oeuf la notion même de rebondissement.
Chez Colombus, les erreurs de réalisation et de montage auraient
rapidement provoqué l'ennui (le bougre était bien
parvenu à nous dévoiler le monstre de La Chambre
des Secrets avant que Harry soit lui-même en mesure
de le voir) ; chez Cuaron, l'exercice sur le point de vue évoque
les meilleurs moments de Retour vers le Futur 2
et nous invite à assembler de concert les pièces du
puzzle, à partager le plaisir simple d'une belle mise en
scène.
Bien sûr, les éternels détracteurs trouveront
encore matière à redire, notamment en la présence
d'une séquence de révélation totalement ratée
ou de diverses chutes de rythme. Attachant et enchanteur, Le
Prisonnier d'Azkaban n'en reste pas moins une réussite,
parfois relative à l'héritage de Colombus, parfois
purement étincellante. Réalisateur désigné
de la prochaine Coupe de Feu, Mike Newell a du
pain sur la planche...