Genre : fantastique Réalisateur : Mathieu Kassovitz Acteurs : Halle Berry, Robert Downey
Jr., Charles S. Dutton, Penélope Cruz Directeur de la photographie : Matthew
Libatique Musique : John Ottman Durée : 100 mn Distributeur : Columbia Tristar Date de sortie : 07 janvier 2004 > Portfolio > Liens Internet /
bande-annonce
Synopsis
:
Spécialiste en psychologie criminelle, Miranda Grey travaille
au pénitencier psychiatrique pour femmes Woodward, dirigé
par son mari Douglas. Un soir, en rentrant chez elle, Miranda rencontre
une étrange jeune fille sur la route, et perd connaissance.
Elle se réveille dans une cellule de l'établissement
où elle officie, accusée du meurtre de son mari, lequel
a été sauvagement assassiné à la hache
Fantômes à vendre
Comment
ne pas être intrigué, voire excité, par Gothika ? Production
Dark Castle, structure créée par Robert Zemeckis et Joel " Matrix
forever " Silver et spécialisée dans le cinéma de genre à tendance
horrifique, le film a la lourde tâche de succéder à La Maison
de l'horreur, 13 fantômes et Le Vaisseau de l'angoisse…
Bref que des bouses provoquant plus le rire involontaire que la
peur la plus profonde. Mais pour une fois, Silver semble avoir un
minimum d'ambition artistique, puisqu'il fait appel à notre Mathieu
Kassovitz national pour mettre en images le script de Sebastian
Gutierrez. Et même si Kasso n'a pas encore de réel chef d'œuvre
à son actif (encore qu'Assassin(s) n'en soit pas loin), nul
ne peut nier que la garçon possède un réel talent de cinéaste. Qu'allait-il
bien pouvoir nous faire avec les pépettes de Silver et le cadre
ultra dirigiste des plateaux hollywoodiens ?
Woody Allen Ghost Story
Ben
pas grand-chose. A vrai dire, Gothika est d'abord, et avant
tout, une vraie déception. Pire, le métrage apparaît comme une récréation
pour Kassovitz, qui nous l'a presque jouée à la Woody Allen : prends
l'oseille et tire-toi ! Avec plus de nuances, la vision de Gothika
laisse à penser que le réalisateur français a tout simplement profité
de l'aubaine (structure fixe déléguant les problèmes à d'autres,
équipe ultra qualifiée, budget solide - le double des Rivières
pourpres) pour s'amuser, expérimenter, mais en aucun cas pour
livrer un film ambitieux ou définitif. Personne ne pourra le lui
reprocher, tant il est de notoriété publique que vouloir créer une
oeuvre personnelle et différente quand on fait son premier film
à Hollywood relève de la lutte à la Don Quichotte. Mais ce fait
n'excuse pas quelques flagrantes faiblesses, à commencer par l'histoire.
Le script de Gothika ressemble à ce qu'auraient écrit M.
Night Shyamalan, Hideo Nakata (réalisateur de Ring)
et Richard Matheson (auteur à l'origine d'Hypnose)
un soir de cuite : une histoire de fantôme vengeur comme on en a
déjà vues beaucoup. Ce qui est d'autant plus dommage au vu du déroulement
du film, qui parvient à nous faire douter de l'issue de l'histoire
pendant une bonne moitié de métrage. Malheureusement, c'est pour
mieux déboucher sur un dénouement excessivement convenu.
Pour le fun
Alors
que reste-t-il à Gothika ? Des acteurs, en premier lieu.
Et même un miracle : Halle Berry sait jouer la comédie ! Si l'actrice
nous avait laissé entrevoir son potentiel (et bien plus) dans A
l'ombre de la haine, ses récentes prestations n'avaient convaincu
personne, que ce soit dans X2 ou Meurs un autre jour.
Mais dans Gothika, elle parvient à faire vivre un personnage
assez casse-gueule, puisqu'au final uniquement défini par sa fonction
: une Alice médecin passant de l'autre côté du miroir en intégrant
les rangs de ses patients psychotiques. Autre bonne surprise, la
prestation de Penélope Cruz qui casse son image en incarnant une
psychopathe loin des personnages de femmes fatales que collectionne
la grande amie de Tom Cruise. Enfin, les toujours solides Charles
S. Dutton et Robert Downey Jr. (dont on attend impatiemment The
Singing Detective) donnent l'épaisseur et l'ambiguïté indispensables
aux seconds rôles d'une telle histoire. C'est uniquement sur eux
que Kassovitz semble se reposer pour donner un semblant de relief
à l'intrigue. Car de son coté, le metteur en scène s'amuse, se fait
plaisir, multiplie les références gourmandes (la tentative d'évasion
de Halle Berry calquée sur celle de Linda Hamilton dans T2,
la caméra traverse les vitres en faisant " fchhht " comme dans Panic
Room), et nous offre du coup plusieurs séquences particulièrement
réussies. On pense aux assauts subis par Berry lors de la douche
collective, puis plus tard dans sa cellule, à la transformation
schizo de la même Berry devant le miroir… Autant de scènes qui parviennent
réellement à installer une ambiance sombre et mortifère tout en
réservant leur lot de chocottes. Au même titre, plusieurs séquences
de dialogues démontrent une intelligence de mise en scène indéniable,
que ce soit dans le placement des acteurs dans l'espace ou dans
le choix des axes et mouvements de caméra. De plus, Kassovitz tire
intelligemment parti de l'admirable photo de Matthew
Libatique (Requiem For A Dream), qui donne du liant à l'ensemble
et parvient à raccommoder ces éclats disparates. Car c'est bien
là que réside le véritable drame de Gothika : nous laisser
entrevoir par endroits le film d'exception que nous aurions pu voir,
si ses participants respectifs avaient voulu jouer le jeu à fond
au lieu de livrer un produit certes plaisant (et même surprenant
parfois), mais désespéramment vain dans sa finalité. Pour le coup,
on attend impatiemment le DVD afin de se livrer à des séances de
sauts de chapitres acharnées. Mais on attend encore plus Babylon
Babies, prochain métrage de Kasso adapté d'un livre bien barré
de Maurice G. Dantec, qui devrait permettre au cinéaste de renouer
avec la passion et de nous offrir plus qu'un exercice de style :
un vrai et bon film.